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06/01

ALCADEV, des meurtres extra judicaires dans les montagnes

Depuis 2004, la zone d'activité d' ALCADEV est fréquemment envahie par des millitaires qui forcent les habitants à partir et s'installer dans un “centre d' évacuation”. 

Dans les montagnes de Mindanao, près de la ville de Tandag, ALCADEV (Alternative Learning Center for Agriculture and Development) est un collège perdu dans les montagnes. Le seul de la région qui propose un enseignement secondaire aux communautés indigènes. Plus de 110 étudiants le fréquentent quotidiennement. L' enseignement est basé sur la culture indigène (lumads) , l'agriculture et les matières scolaires plus classiques : sciences, histoire …

Mais la région est sujette à des évacuations fréquentes orchestrées par les forces armées philippines et des groupes paramillitaires en lien avec des compagnies minières. Depuis 2004, (création d ALCADEV), la montagne est fréquemment envahie par des millitaires qui forcent les habitants à partir et s'installer dans un “centre d' évacuation”.

Les centres d'évacuations sont des gymnases communaux. Les conditions de vies y sont très difficiles et les familles sont extrêmement démunies (manque d'eau, de nourriture, …). Lors de la dernière évacuation en septembre 2015, les lumads sont restés près de 1 an dans le centre d'évacuation de Tandag. Ils ont pu regagner les montagnes il y a seulement trois mois.

Les raisons de cette évacuation sont diverses. Selon les millitaires, l'évacuation est en réaction à la présence du NPA dans les communautés et l'école. Le NPA (New People's Army) est la branche armée du parti communiste. Elle est illégale aux phillipines et est considerée comme un groupe terroriste rebelle. Selon le gouvernement, ALCADEV est un centre de formation du NPA. “Ils disent qu'ici, les enfants apprennent à démonter des armes et à se battre. C'est faux bien sûr. C'est parce que nous apprenons aux enfants qu'ils ont des droits et qu'ils doivent défendre leurs terres que nous sommes ciblés” (Ronald, enseignant à ALCADEV).

Le 1 septembre 2015, un groupe paramillitaire est entré dans la communauté lumad de Han Ayan et y a executé trois personnes influentes dans les communautés lumads: le directeur de l'école, le chef de MAPASU (organisation représentant les communautés lumads) et un dato (ancien du village). Ces meutres ne sont pas des cas isolés. De nombreuses atteintes aux droits de l'homme sont commis depuis plusieurs années par des groupes paramillitaires, principalement dans les endroits les plus isolés.

Quelles sont les vraies raisons de ces évacuations?

Les montagnes de Mindanao où vivent principalement les lumads, sont extrêmement riches en matières premières: bois, or, charbon, … De multiples compagnies minières étrangères veulent s'installer sur ces terres afin de pouvoir en extraire le minerai. Mais les lumads sont contre. Les mines à grande échelle ont un impact extrêmement négatif sur l'environnement et les compagnies détruisent tout sur leur passage.

Pour les Lumads, la terre est leur vie. Ils sont nés sur cette terre ancestrale, elle abrite le corps de leurs ancêtres et sera le berceau des générations futures. Pour eux, il est hors de question d'abandonner cette terre à des compagnies avides de profits. Ils font donc de la résistance, s'organisent entre eux et s'unissent contre cette enemi commun. Cela n'est pas du goût des riches multinationales qui convoitent le terrain et qui payent des groupes paramillitaires et des officiers pour envoyer leurs soldats évacuer la montagne. “Lors de l'évacuation de 2008, les voitures des millitaires étaient maqrquées du signe d'une compagnie minière, ce sont elles qui les financent“.

Mais les lumads n'abandonment pas. Malgré de multiples évacuations, il font en sorte que leurs devises résonnent encore dans les montagnes de Mindanao : la terre est notre vie - Land is our life.

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