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15/12

Des milliers de Philippins dans la rue pour la Journée des droits de l'homme

Le 10 décembre 2015, à l'occasion de la 6e Journée internationale des Droits de l'Homme, des milliers de Philippins sont descendus dans la rue. Ensemble, ils scandaient : « Justice pour toutes les victimes des violations des droits de l'homme sous le gouvernement Aquino ! »

Nous voulons développer une société où chacun pourra se bâtir une existence digne et où chacun aura les mêmes possibilités de s'épanouir pleinement.

Un message clair au Président

Les manifestants avaient réalisé une grande poupée en papier mâché de leur Président, représenté sous forme d'un monstre dans une cage. Au cours de la manifestation, la poupée a été brûlée. Le mouvement populaire voulait ainsi montrer clairement qu'il tient le Président pour responsable de toutes les violations des droits de l'Homme qui ont lieu sous son régime.

Depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président, l'organisation des Droits de l'homme Karapatan a recensé 294 assassinats politiques, 293 tentatives d'assassinat, 125 victimes de tortures, 27 disparitions politiques et au moins 60 155 personnes déplacées de force par des interventions militaires. Ce faisant, le gouvernement vise toutes les personnes qui émettent des critiques à l'égard des grands projets miniers et énergétiques et qui se dressent contre les grandes plantations industrielles.

Gabriela, une organisation des femmes philippines avec qui M3M collabore, explique : « Comme ç'a été le cas avec les précédents gouvernements, les violations des droits de l'homme ne cessent de s'accroître. Une technique souvent utilisée, les violences sexuelles à l'égard des femmes. C'est ainsi que le gouvernement essaie d'opprimer leur combat contre la militarisation au sein des communautés.»

Esclave des États-Unis

De même, les autres partenaires de M3M – le Council for Health and Development (CHD), Advocates for Community Health et Ibon Foundation – ont participé aux protestations à Manille. Ils dénonçaient non seulement les violations des droits politiques et civiques, mais affirmaient également que le gouvernement Aquino violait les droits économiques, sociaux et culturels de la population.

« Aujourd'hui, le président Aquino est presque à la fin de son mandat. Après cinq ans sous sa direction, il est clair que ce gouvernement est directement responsable des mauvaises conditions socioéconomiques dans lesquelles la majorité de la population philippine doit survivre. Le gouvernement a opté pour une politique néolibérale de « libre marché » qui fait que les multinationales étrangères peuvent piller le pays tout en permettant à une petite élite de familles philippines seulement de s'enrichir. Nous sommes donc loin d'un véritable développement économique. Cette politique destructrice est encore renforcée par les accords économiques internationaux conclus par les autorités.

Le gouvernement suit les directives des États-Unis afin de pouvoir s'adapter au néolibéralisme extrême de l'Accord de partenariat transpacifique (PTP). En vertu de cet accord, l'État philippin laissera dominer la majeure partie de sa politique intérieure par de grandes puissances économiques étrangères, comme les États-Unis et le Japon.»

Le Philippin plongé dans la pauvreté par la politique néolibérale

Ibon estime qu'en ce moment, environ 12,3 millions de Philippins sont sans travail. Ce grand nombre en a contraint beaucoup à chercher du travail à l'étranger.

Vu que 80 % des terres cultivables sont aux mains des grands propriétaires terriens, la majeure partie des petits paysans (c'est-à-dire l'écrasante majorité de la population) sont sans terre. Le programme de réforme agraire de l'actuel gouvernement a rendu plus facile encore le vol des terres par les multinationales étrangères.

L'exploitation minière à grande échelle provoque encore plus de dégâts aux petites communautés paysannes et aux populations autochtones, qui sont confrontées en permanence à la militarisation et doivent plier bagage pour céder la place aux grands projets miniers.

Quelques 66 millions de Philippins vivent avec moins de 2,41 euros par jour et 7,3 millions de familles vivent dans des bidonvilles disséminés un peu partout dans le pays.

Il s'avère que, pour bien des Philippins, le droit à la santé est un rêve lointain. L'organisation partenaire Ibon en explique la cause : « Les autorités philippines ont toujours traité la santé comme une 'marchandise', gérée par un système centré sur le marché, sans mesures de protection ni réglementations. De ce fait, les soins de santé curatifs ont monopolisé l'attention. Les soins de première ligne (généralistes, travail social et aide d'urgence) et la prévention ont disparu à l'arrière-plan. Ainsi donc, les coûts de la santé ont grimpé en flèche et les soins de santé élémentaires sont devenus de moins en moins accessibles. »

La lutte sociale reste une nécessité

Le CHD est convaincu de l'importance de continuer à mener des actions contre la politique de privatisation menée par l'État. En raison de ce choix politique, les services sociaux comme les soins de santé sont utilisés comme de vulgaires sources de profit par de grandes entreprises privées.

Le mouvement social philippin prend parti pour le peuple et lutte pour plus de justice sociale. Les nombreux assassinats, intimidations, disparitions et abus en tous genres de l'armée ne l'arrêteront pas : « Les inégalités sociales, économiques et politiques sont de plus en plus graves.

Mais le mouvement populaire continue à lutter pour les droits économiques, sociaux et culturels. Cela va bien au-delà des seules questions d'emploi et de revenu. Nous voulons développer une société où chacun pourra se bâtir une existence digne et où chacun aura les mêmes possibilités de s'épanouir pleinement, une société où personne ne sera opprimé. Grâce aux victoires du mouvement social, nous pouvons encore fêter un peu cette Journée internationale des droits de l'homme », déclare Ibon.

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