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21/10

L’armée philippine envahit l’hôpital Fabella

À Manille, l’une des maternités les plus accessibles est menacée par la privatisation. L’hôpital doit céder sa place à un centre commercial. Tandis que nos partenaires mènent campagne depuis plusieurs mois déjà, l’armée est subitement intervenue fin octobre pour confisquer le matériel médical et intimider les mouvements populaires. Mais ils ne se sont pas laissés faire.   

Il s’agit d’une nouvelle victoire pour les mouvements populaires.

En juin, nous avions partagé le cri d’alarme de nos partenaires avec les donateurs et sympathisants de M3M, qui ont donné 6.161€ pour soutenir cette campagne. Il y a quelques semaines, l’organisation de femmes Gabriela a été invitée par la ministre de la santé publique. La ministre Ubial a alors promis de ne pas ignorer purement et simplement les revendications des mouvements sociaux, et qu’aucun équipement ne serait évacué de l’hôpital Fabella, aussi longtemps que les travailleurs ne seraient pas d’accord avec la privatisation. C’est pourquoi les activistes ont été d’autant plus surpris fin octobre, de voir la confiscation du matériel médical par des soldats armés.

La privatisation n’est pas la solution

De nombreux pays, parmi lesquels les Philippines, appliquent la recette néolibérale de la privatisation des soins de santé, des services sociaux, de l’enseignement et d’autres services publics. Pourtant, cette politique est beaucoup critiquée. La situation sanitaire des Philippines se détériore dramatiquement de par la privatisation. Les factures d’hôpital explosent, ce qui rend les soins de santé de base trop chers pour la majorité de la population. Le budget public pour la santé est en chute libre, ce qui a pour effet de diminuer fortement la qualité des soins dans les hôpitaux publics. Entretemps, les cliniques privées inabordables progressent, elles qui ne doivent pas s’en tenir à des tarifs fixes et attirent le personnel qualifié au détriment des hôpitaux publics. Nos organisations partenaires ne sont pas d’accord avec cette politique et mobilisent la population pour réclamer des soins de santé plus accessibles.

Les intimidations se succèdent

Il y a quelques mois, la direction de l’hôpital Fabella a tenté d’évacuer tout le matériel vers un hôpital spécialisé en pneumologie, situé à 9 km. Mais les activistes de la santé ont barricadé l’entrée, ce qui a empêché le déménagement.

Cette fois, les choses sont allées encore plus loin et l’armée a été mobilisée pour donner plus de force aux intimidations. Les soldats ont pénétré dans l’hôpital mitraillette au poing et ils ont sorti le matériel médical à l’extérieur où un véhicule militaire les attendaient.

Selon le mouvement « Save Fabella », l’armée a été mobilisée pour cette mission dans un seul et unique but: « Ils veulent intimider les activistes de la santé qui s’opposent à la privatisation. Mais nous ne nous laisserons pas faire! »

Un contre-pouvoir populaire fort

Les mouvements populaires ont réclamé un document officiel afin de vérifier la légalité de cette invasion, et grâce auquel ils pourraient se tourner vers la ministre de la santé publique pour la confronter aux promesses qu’elle leur avait faites à peine quelques semaines auparavant.

Il est ensuite apparu que ce n’est pas la ministre mais le directeur de l’hôpital, Dr Esmeraldo Ilem, qui était à l’origine de l’ordre donné à l’armée. Les activistes ont forcé le directeur de l’hôpital à entrer en dialogue avec eux. Ilem n’a pu faire autrement qu’annuler l’ordre donné à l’armée et demander aux militaires de ramener le matériel à l’hôpital.

Le mouvement « Save Fabella » examine maintenant s’il peut introduire une plainte contre la direction de l’hôpital et contre la ministre Ubial, pour abus de pouvoir en raison du déploiement de soldats en vue du transfert du matériel hospitalier, sans autorisation adéquate.

Il s’agit d’une nouvelle victoire pour le mouvement « Save Fabella », au sein duquel nos partenaires philippins Gabriela et Council for Health and Development (CHD) prennent le leadership pour s’opposer à la fermeture de l’hôpital, mais aussi à la vague générale de privatisation des hôpitaux publics dans le reste des Philippines.  

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