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08/06

Le nouveau Directeur Général de l'OMS va-t-il pouvoir faire face aux besoins des défis sanitaires globaux ?

L'Organisation Mondiale pour la Santé a un nouveau dirigeant : le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus est le premier Africain à devenir Directeur Général de cette organisation. On a pu entendre des paroles riches de promesses. Aletha Wallace, une volontaire de M3M, était là à Genève pendant l'élection, elle en donne une analyse selon le point de vue de la société civile.

La forte majorité des voix pour Tedros montre que selon toute vraisemblance, le Sud dans son ensemble a voté pour lui

A la réunion du Conseil d'Administration de l'OMS en janvier 2017, il y avait une short list de trois candidats pour la position de Directeur Général (DG) : le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Dr. David Nabarro et le Dr. Sania Nishtar. Et c'est finalement le Dr. Tedros qui a été choisi en tant que nouveau dirigeant de l'organisation ON à l'issue de l'élection du mardi 23 mai 2017.

Elu au suffrage secret, le Dr. Tedros dirigera l'OMS pour les cinq prochaines années. Il a été élu avec 133 votes. Il faut souligner que, pour la première fois dans l'histoire de l'organisation, plusieurs pays ont pris part au vote. Étant donné l'énorme majorité des voix en sa faveur, beaucoup estiment que le Dr. Tedros est le candidat qu'il faut pour diriger l'OMS à ce stage crucial de son histoire, alors que la pression est grande pour que l'organisation retrouve sa crédibilité, sa légitimité et sa capacité à assumer un rôle dirigeant dans la politique sanitaire mondiale.

“L'OMS que nous souhaitons et la direction dont l'OMS a besoin”

En prévision de cette Assemblée cruciale de l'OMS cette année, avec l'élection d'un DG, des organisations de la société civile ont envoyé un message fort à propos de “l'OMS que nous souhaitons et la direction dont l'OMS a besoin”. Des organisations de la société civile, dont le Mouvement pour la Santé du Peuple, se sont abstenues de soutenir quelque candidat que ce soit. La société civile ne joue aucun rôle direct dans l'élection du DG. Néanmoins, les organisations ont exprimé leur souci quant à l'état de l'OMS et leur espoir de voir une transition vers une OMS qui soit indépendante de toute influence du secteur privé et qui retrouve son mandat constitutionnel en tant qu'autorité directrice de la situation sanitaire globale.

La société civile veut une OMS avec un leadership fort et crédible dans le domaine de la santé globale, avec une approche basée sur les droits humains, une OMS qui fasse la promotion de soins de base complets. Des organisations sociales demandent à l'OMS de se positionner clairement en faveur d'une politique de santé publique indépendante de tout philanthrocapitalisme. Elles insistent aussi sur le fait que l'OMS fixe ses priorités en fonction d'une perspective de santé publique globale plutôt que d'être guidée par des intérêts et des priorités de ses donateurs. Les états membres doivent pleinement soutenir le travail de l'OMS par des contributions confirmées pour protéger l'organisation de l'influence d'acteurs privés et pour assurer à l'OMS la possibilité d'agir efficacement pour fixer des normes fondamentales. En tant que défenseur de la santé publique, le DG doit défendre des objectifs de santé publique contre des conflits d'intérêts avec des instances privées. Enfin, le DG doit faire en sorte que l'organisation fasse davantage attention aux facteurs politiques, sociaux, économiques et environnementaux de la santé.

Quelles promesses le Dr. Tedros a-t-il faites ?

Dans son allocution au Conseil de l'OMS après son élection, le Dr. Tedros a déclaré que, vu sa biographie et son background en tant qu'Africain et Éthiopien, il comprenait ce que cela signifie d'être pauvre et de vivre en mode de survie. Il a promis de travailler pour réduire les inégalités et les injustices sanitaires en améliorant les systèmes de santé, et de se consacrer à améliorer la vie des gens. Il a promis de donner une Couverture Santé Universelle, d'apporter une réponse forte aux urgences sanitaires, de renforcer les équipes sanitaires de l'OMS et d'améliorer l'image de l'OMS en tant qu'organisation de niveau mondial. En bref, ses priorités seront d'offrir la santé à tous en promouvant l'accès à des soins de qualité et aux médicaments.

Pour réaliser les objectifs sanitaires il faut faire face aux déterminants sociaux et économiques de la santé, ce qui nécessite un leadership politique et innovant. Dans ce domaine, le Dr. Tedros s'est engagé à se concentrer sur la promotion de la santé et la prévention des maladies et à mettre en place un système sanitaire complet pour réaliser les objectifs d'un développement durable. Il s'engage à relever les défis de la santé mentale, des maladies non communicables et de l'alimentation, qu'il a décrites comme un tueur silencieux. En outre, il a plaidé pour une représentation égale sur les plans géographique et de genre au sein des travailleurs de l'OMS et s'est engagé à placer la responsabilité et la transparence au cœur du travail de l'OMS pour gagner la confiance à travers les résultats.

Le Dr. Tedros a souligné qu'il a pu voir de ses propres yeux ce que cela signifie de redonner de l'espoir aux désespérés et qu'il dispose d'un leadership politique et technique pour diriger l'OMS. Pour finir, il a déclaré qu'il s'agit des gens et non du fait que l'on vive dans le monde développé ou en développement, et s'est dit “prêt à servir”.

La société civile espère que le Dr. Tedros concrétisera ses promesses de campagne et que l'OMS et lui-même prendront au sérieux l'appel du DG sortant d'”être à l'écoute de la société civile”.

Analyse de background par le Mouvement populaire pour la Santé:

Lors des élections de cette année, c'est la première fois que l'Assemblée tout entière a voté par bulletin secret – auparavant, seul le Conseil d'Administration élisait le nouveau DG. La forte majorité des voix pour Tedros montre que selon toute vraisemblance, le Sud dans son ensemble a voté pour lui – une alliance tricontinentale virtuelle. Cette majorité massive n'avait pas été anticipée et il est possible qu'elle soit l'expression d'un vote silencieux contre les grandes manœuvres de pouvoir au sein de l'OMS.

L'OMS doit faire face à ce qui est sans doute la plus grande crise depuis sa fondation en 1948. Sa situation financière est délicate, avec un déficit cette année de 500 millions USD – ce qui signifie que beaucoup de programmes de travail ne pourront être menés à bien et qu'il pourrait y avoir des coupes dans le personnel. Depuis des années, l'OMS dépend de fonds de donateurs (principalement provenant de pays riches et de fondations comme la Bill and Melinda Gates Foundation) plutôt que de fonds assurés provenant des pays membres. Le résultat en est que près de 80% des fonds de l'OMS sont actuellement liés à des programmes choisis par les donateurs. Des programmes de travail vitaux pour le mandat de l'OMS en tant qu'organisation normative sont sous-financés lorsqu'ils entrent en conflit avec les intérêts des grands donateurs – surtout les pays riches du Nord. En conséquence, le rôle de l'OMS en tant que leader dans le domaine de la santé publique a été supplanté par des instances intergouvernementales telles que la Banque Mondiale et l'est de plus en plus par de grandes fondations telles que celle des Gates. L'efficacité de l'organisation est ainsi remise en question, particulièrement après son échec à contenir l'épidémie d'ebola en Afrique Occidentale en 2014.

Tels sont les défis auxquels Tedros doit faire face suite à son élection. Alors qu'on voit que le Sud a voté contre la domination des grands pouvoirs, souvent via des manoeuvres en coulisses, il reste à voir si cette unité pourra être maintenue lorsque l'OMS aura à débattre de différentes questions dans lesquelles Nord et Sud s'opposent fréquemment.

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