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16/09

Le Président des Philippines à Bruxelles

Ce soir, j'ai rencontré le président des Philippines, Benigno S. Aquino III. En visite pendant deux jours en Belgique, il était invité par l'Egmont Royal Institute for International Relations pour une conférence dont le thème était « Philippine relations with the European Union: Shared values and prospects for cooperation ».

Assassinats politiques? La situation était pire avant.

Pas que des admirateurs

Accueillis par les « Nonoy, shame on you » scandés par des militants à l'entrée, le thème de la soirée était donné, en tout cas pour Sophia et Johan du groupe intal Bxl-Philippines et moi.
Nous commençons par nous enregistrer et nous prenons les quelques documents mis à notre disposition. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir les titres : « Stop Torture » et « Time for President Aquino to tackle the Philippines' dirty, open secret ». Une responsable d'Amnesty International avait demandé si elle pouvait laisser un peu de documentation, sans grand espoir... OK, on n'était pas seuls !

Servir son peuple

Vient le discours de M. Aquino. Il commence par dire que les Philippines ont toujours apprécié la Belgique toujours là pour donner un coup de main durant le siècle dernier.
Alors que la corruption et le négativisme qualifiaient selon lui ses prédécesseurs, il affirme que lui a à cœur de « servir ses vrais patrons, le peuple philippin ». Nous serions-nous trompés ?
Alors que ce n'était pas exactement le thème de la conférence, il répète que le slogan de son gouvernement, c'est « non à la pauvreté », que « le gouvernement est du côté des gens », que chaque peso va aux Philippins ». Bon, c'est vrai, parfois il a un peu de mal à lire son discours qu'il découvrait en même temps que nous manifestement.

Eloge de sa politique

Il a parlé également de tous les bienfaits de son gouvernement, pratiques largement critiquées par nos partenaires, telles que les programmes de tranferts de cash conditionnels qui aident les familles dans l'immédiat mais qui n'arrangent pas les systèmes de santé et d'éducation pour ne citer que ceux-là, ou encore l'assurance PhilHealth, tellement chère qu'elle en devient souvent impayable pour les Philippins, qui ont encore plus de mal à accéder à des soins de santé de base.
Il a continué en disant que les Philippins devaient avoir confiance et trouver en eux l'optimisme nécessaire, il faudrait qu'ils aillent le chercher bien loin, quand on voit que les assassinats politiques s'accumulent encore et encore .

Haiyan

Il en vient à Haiyan et prend le temps de nous remercier pour notre aide. C'est vrai que lui était plutôt occupé à voir comment privatiser les dégâts, en offrant les zones sinistrées à de grandes entreprises commerciales pour que la reconstruction puisse également servir d'autres desseins.
Il passe finalement sur la coopération avec l'Europe, disant que c'est un lien humain qui nous unit, que nous sommes complémentaires, « chacun peut compenser les faiblesses de l'autre ». Peut-être pourrions-nous lui faire découvrir la liberté des mouvements sociaux en Belgique ?
Et il termine en disant que la protection des droits de l'homme fait entièrement partie de sa politique.

Protection des droits de l'homme

Ca aurait pu se terminer là. Mais en Belgique, la liberté d'expression est encore légion, et c'est tout naturellement que le directeur de l'Egmont Institute nous demande si nous avons des questions à poser au président. Johan, co-reponsable du groupe intal-Bxl-Philippines, se lance : « Je suis ravi d'entendre que la protection des droits de l'homme fasse partie de votre programme gouvernemental. Car les chiffres ne sont pas bons : 204 activistes tués, 208 autres en prison, 21 cas de disparition, … depuis le début de votre présidence ! Comment comptez-vous vous y atteler ? ». Et le président de lui répondre « La situation était pire avant » (cet argument devrait sûrement consoler les familles des victimes) et de poursuivre : « Il faut d'abord s'interroger sur le pourquoi de ces assassinats. Peut-être qu'un journaliste se fait tuer pour d'autres raisons que son travail d'investigation ». Pourquoi n'y avions-nous jamais pensé ? Et ce serait alors, juste le hasard de la vie que tous ces gens aient un point commun : la promotion d'une vision différente de celle du gouvernement philippin, une vision où les Philippins sont vraiment les vrais patrons...

Et ce n'est pas fini

Il a aussi répondu à une autre question à propos des accords de partenariat économique, nous assurant de sa volonté de les accélérer. Ce qui n'est pas vraiment notre but, au vu des dégâts sociaux qu'une telle politique engendrerait... mais ça, c'est une autre histoire !

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