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02/05

PHA Bangladesh – Health for all now!

Blog de Quirina, médecin de Médecine pour le Peuple.

En novembre 2018, à Dacca, capitale du Bangladesh, s'est tenue la quatrième édition de l'Assemblée Populaire pour la Santé (PHA). Près de 1500 travailleurs de la santé et activistes progressistes venus du monde entier s'y sont réunis pour échanger leurs expériences dans la lutte pour le droit à une bonne santé pour tous. J'ai eu la grande chance de pouvoir me plonger dans cette atmosphère, en partenariat avec l'ONG belge Viva Salud.

Pour quelle raison toutes ces personnes se sont-elles réunies ? L'histoire remonte à 1978, lorsque, à l'occasion de la “Déclaration d'Alma-Ata” de l'Organisation Mondiale de la Santé, 134 pays se sont mis d'accord pour déclarer que chacun a le droit à une bonne santé. Pour eux, un bon accès aux soins de base était considéré comme la condition sine qua non pour la “santé pour tous”, un objectif qu'ils voulaient atteindre pour l'an 2000. Malheureusement, ils n'y sont pas parvenus : si les soins de santé sont bien de meilleure qualité, il existe toujours de grandes différences pour ce qui est de l'espérance de vie, de la mortalité infantile, de la mortalité des femmes en couches, des suites du changement climatique, etc.

Tout cela a conduit à la création en 2000 du People's Health Movement (PHM) (Mouvement Populaire pour la Santé), qui s'est fixé quelques objectifs en vue de changer quelque chose à cette inégalité et à faire contrepoids au néolibéralisme dominant. Le People's Health Movement estime que tout être humain a droit à l'accès à des soins de santé de qualité et veut relier entre elles les organisations qui partagent ce point de vue. Un plan d'action a été ainsi établi pour libérer l'humanité de la misère et retrouver la direction d'un développement durable (“charte pour la santé”) pour la planète. Malgré cela, quarante ans tout juste après la déclaration originelle d'Alma-Ata, on ne peut hélas toujours pas parler de “santé pour tous”. C'est pourquoi cette quatrième édition a eu lieu car la lutte pour le droit à la santé est toujours d'actualité.

Personnellement, j'ai eu l'occasion de prendre la parole à l'assemblée au nom de Médecine pour le Peuple pour expliquer de quelle façon nous voulons apporter notre modeste contribution à l'objectif de la “santé pour tous”. J'ai pu dire que pour nous aussi, la santé est un droit de base et raconter comment nous offrons des soins de base à nos patients.

Le droit à la santé signifie également que les gouvernements ont le devoir de garantir ce droit. Pour illustrer mes propos, j'ai parlé de nos actions autour du modèle kiwi et de prix accessibles pour les médicaments. Ce qui est important dans cette lutte que nous menons pour montrer au gouvernement ses responsabilités, c'est que nous faisons tout cela ensemble : avec toute l'équipe, mais aussi avec les patients, les sympathisants, etc. C'était très positif de constater le grand intérêt que les participants internationaux ont montré pour nos actions et notre fonctionnement en général. Il y a eu de nombreuses questions sur la façon dont on pourrait introduire ce type d'organisation dans d'autres pays.

Gonoshasthaya Kendra

Après l’assemblée, j'ai eu l'occasion de visiter quelques installations sanitaires. C'étaient surtout des organisations qui s'efforcent d'offrir des soins facilement accessibles. Nous avons visité quelques hôpitaux locaux. Tous étaient liés à l'ONG Gonoshasthaya Kendra (GK), ce qui veut dire en bengali “santé pour le peuple”.

Le travail accompli par GK est remarquable. Ils luttent entre autres pour un enseignement de qualité et pour les droits des femmes et ils offrent des soins de santé de base dans plusieurs villages au Bangladesh. Il faut savoir qu'ils ont commencé avec cinquante villages et donc quelque cinquante mille personnes, et aujourd'hui, ils ont trente-quatre centres de soins à travers tout le pays, touchant de la sorte 615 villages et près d'un million de personnes. Les gens peuvent y consulter régulièrement un médecin contre une petite contribution et ont accès à des médicaments gratuits. C'est énorme dans un pays dont 40% de la population n'aurait sans cela aucun accès à des soins de santé de base.

En outre, cette organisation de santé offre également des formations universitaires, comme des études de médecine. Les médecins formés chez eux apprennent dès le tout début à montrer le plus d'humanité possible. Au cours de leur formation, ils doivent suivre un stage dans un des nombreux villages pauvres et y vivre temporairement au sein d'une famille pauvre. En voyant de leurs propres yeux ce que vivre dans la misère signifie, ils sont beaucoup plus ouverts dans leur pratique de médecin et plus sensibles aux questions des inégalités.

La santé, c'est plus que simplement les soins de santé

Gonoshasthaya Kendra (GK), tout comme Médecine pour le Peuple, estime que la santé, ce ne sont pas uniquement des soins facilement accessibles, mais ce sont aussi des conditions de vie et de travail saines. Dans ce contexte, nous avons visité également une usine textile, offrant des conditions de travail aberrantes. La semaine de travail y est de soixante heures (!), soit environ dix heures par jour, et cela, six jours par semaine. Les 6.000 travailleurs confectionnent quelque 48.000 vêtements par jour pour un salaire mensuel d'environ 80 euros, pour GAP, H&M, et des marques françaises et allemandes. Le directeur nous a expliqué fièrement quelles dispositions sociales y ont été introduites au cours des dernières années, ceci entre autres avec l'aide et sous la pression de Gonoshasthaya Kendra (GK). A ma question sur ce que l'on pourrait encore améliorer, sa réponse immédiate a été que la productivité peut encore être augmentée. On voit clairement que cet homme raisonne d'une façon totalement différente et que pour lui les bénéfices sont plus importants qu'une gestion humaine.

Au sein de l'usine même, on a pu en outre voir différents indices d'une surveillance stricte : il y avait des contrôleurs qui circulaient sans cesse au milieu des travailleurs et travailleuses et leur répétaient de travailler plus rapidement et plus minutieusement, on a vu aussi un tableau indiquant le nombre de personnes présentes, etc. Il y a certes eu quelques changements dans la bonne direction mais il me semble qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Lutter ensemble pour la santé !

Ce que j'ai retenu en priorité de ces visites, de l'assemblée et de mon séjour au Bangladesh en général, c'est un sentiment puissant de solidarité, de combativité et un sentiment positif que nous pouvons changer les choses et que nous pouvons nous battre ensemble pour un monde meilleur, dans lequel la santé pour tous serait une réalité. J'ai rencontré énormément de personnes formidables et eu beaucoup de discussions enrichissantes.

C'était aussi très impressionnant de voir réunis tous ces mouvements du monde entier. Alors que je croyais que nous sommes tous si différents, c'était très inspirant et bon de voir combien de personnes partagent les mêmes idées, avec un seul objectif : “la santé pour tous, maintenant”. Et dans cela, je m'y retrouve à 100%.

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