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10/09

Philippines: le peuple apprend par la lutte

En Belgique, le gouvernement fait parfois semblant de vouloir respecter « tous les partenaires sociaux ». Aux Philippines les choses sont bien différentes.

À travers la lutte, le peuple apprend et se renforce.

Si le gouvernement belge fait parfois semblant de vouloir respecter « tous les partenaires sociaux », aux Philippines le côté choisi par le gouvernement ne fait généralement pas de doute. Pour permettre aux entreprises, complexes immobiliers et autres centers commerciaux de s’implanter dans le pays, beaucoup de villages sont complètement rasés. Les familles n’ont pas d’endroit où aller et sont souvent déplacées dans les montagnes, loin de leur travail, ce qui implique un coût en transport supplémentaire qu’ils ne peuvent supporter avec leur maigre salaire. Par exemple, la communauté Big Nay, composée de 60 familles, dans le district de Valenzuela, à Manille, a été totalement rasée le 4 juillet.

Une mère de famille en parle : « Le gouvernement nous a donné 5000 pesos à chaque famille pour qu’on loue une maison. Mais comment voulez-vous vivre lorsqu’un loyer mensuel est de minimum 2000 pesos par mois. On tiendrait tout au plus deux mois. Et après ? Nous avons utilisé cet argent pour nous nourrir. Mon mari, ainsi que beaucoup d’hommes de la communauté, a été licencié de son boulot car il a dû s’absenter de son travail pendant les jours avant la démolition. On ne connaissait pas le jour exact, donc nos hommes ont organisé des tournantes pour être présents dans la communauté le jour où ils viendraient. Nous n’avons donc plus de revenu. Ils ont également démoli notre puits d’eau. Nous devons désormais acheter notre eau, ce qui implique des frais en plus. Ma maison me manque, comment va-t-on faire ? Les personnes qui sont censées nous aider sont celles qui nous ont mis dans cette situation. »

Cette politique gouvernementale a aussi frappé une communauté de pêcheurs à Culasi, sur l’île de Panay. Le gouvernement avait décidé que les pêcheurs et leurs familles devaient quitter leurs habitations pour que différents grands projets s’y installent. Mais les gens ont résisté. Une campagne a été lancée pour obliger le gouvernement local à au moins prévoir un nouveau logement pour les pêcheurs. Avec le soutien de Gabriela, partenaire de M3M, le succès de la mobilisation a eu un effet boule de neige. Bon nombre de personnes qui auparavant subissaient passivement l’oppression ont compris qu’elles n’étaient pas toutes seules et ont osé se joindre à la lutte. Même à Roxas City, une ville au nord de l’île, les gens ont commencé à se révolter contre les projets d’expulsion du gouvernement et la pauvreté. Les fonctionnaires de la ville ont rapidement été obligés d’interviewer les activistes et de prendre en considération leurs revendications.

Mais le changement le plus important est ailleurs. À travers la lutte, le peuple apprend et se renforce. « Cette lutte contre la destruction d’une communauté à Culasi m’a vraiment changée », explique Emma Pedrano. Emma a notamment appris comment diriger un mouvement : « J’ai appris à me défendre face aux puissants, face au gouvernement. Je suis devenue une personne courageuse. Comme femme dirigeante du mouvement, j’ai pu aider les pêcheurs et leurs familles à se former. J’ai perdu toute crainte, j’ose même me lever lors de réunions publiques et exprimer mon point de vue. »

 

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

 

Photo: Alexia Fouarge

 

 

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