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01/12

Q&R – Pourquoi les Philippins protestent-ils contre les funérailles de héros de l'ancien président Marcos ?

L'agitation était à son comble, au sein du mouvement social progressiste des Philippines. Le 18 novembre 2016, l'ancien président et dictateur Marcos a été inhumé en héros, malgré la vive opposition du peuple. Les partenaires de M3M eux aussi étaient aux premières loges de ce mouvement de résistance : « Marcos n'avait rien d'un héros ! » 

Les faits

Le 18 novembre, l'ancien dictateur Marcos était enterré au « cimetière philippin des héros ». L'événement avait lieu au cours d'une cérémonie très fermée, où toutes les mesures de sécurité avaient été prises. Plus d'un millier de policiers entouraient le lieu d'inhumation afin que la cérémonie ne fût pas interrompue par des manifestants en colère. Pendant ce temps, l'armée saluait la dépouille du dictateur de 21 coups de canon.

Pourquoi le peuple est-il en colère ?

Pendant 21 ans, le président Ferdinand Marcos a régné d'un poing de fer sur les Philippines. En 1986, il était destitué suite à d'énormes protestations populaires, le « People Power ». En compagnie de toute sa famille, il s'exilait à Hawaï, où il décédait en 1989. Durant ses années de pouvoir, il avait détourné plus de 10 milliards de dollars des caisses de l'État. Marcos laissait derrière lui un pays exsangue et pauvre, caractérisé par d’innombrables violations des droits de l'homme : 70 000 personnes avaient été arrêtées, 34 000 torturées, 3 240 assassinées et 800 autres avaient disparu sans laisser la moindre trace.

Pourtant, les présidents venus au pouvoir après Marcos n'ont jamais été particulièrement marqués par sa politique déplorable. Bien vite, son épouse Imelda Marcos était renvoyée aux Philippines. Alors qu'elle était accusée de corruption et d'évasion fiscale, elle parvenait toutefois à échapper à toute condamnation grâce à une justice des plus laxistes. En 1992, elle se portait même candidate à la présidence, mais sans succès.

En 1993, la dépouille de Marcos revenait aux Philippines. Le président de l'époque, Ramos, un neveu de Marcos, avait autorisé le rapatriement, mais avait refusé d'organiser des funérailles nationales.

Dès lors, Imelda Marcos et ses enfants mettaient tout en œuvre pour revenir au pouvoir. Sa fille aînée devenait gouverneur de la province d'Ilocos Norte et Ferdinand Marcos Jr allait occuper pendant six ans un siège de sénateur.

En octobre 2016, l'actuel président Duterte annonçait que Marcos allait être inhumé au champ d'honneur des héros. Ce faisant, il remerciait ouvertement la famille Marcos du soutien financier qu'elle lui avait accordé durant sa campagne électorale.

Qui proteste contre les funérailles de héros ?

Les partenaires philippins de M3M (Gabriela, Council for Health and Development, Advocates for Community Health et Ibon Foundation) se sont joints aux milliers de manifestants. Le 25 novembre, répandus dans tout le pays, ils descendaient dans les rues pour protester contre les funérailles de l'ancien dictateur.

À Manille, en dépit des lourdes pluies et d'une lourde campagne d'intimidation en ligne, plus de 15 000 personnes se rassemblaient au parc national Rizal. Des protestations du même genre avaient lieu dans plus de 30 villes et communes importantes de tout l'archipel.

Les protestations réunissaient plusieurs générations. Aussi bien celles qui, dans les années 1980, avaient œuvré à l'expulsion de Marcos que les plus jeunes – surtout des étudiants – qui était partis de leurs écoles pour aller participer aux manifestations. C'est surtout la jeune génération qui devait affronter les intimidations via les médias sociaux. Mais ici, l'un des étudiants a eu une réponse catégorique : « Non, nous ne nous laisserons pas intimider par des informations mensongères, nous connaissons notre histoire ! Marcos est responsable de ce qui s'est passé avec notre pays. Nous, les jeunes, sommes ceux qui doivent vivre avec les conséquences de ses pillages. Notre pays prospère et digne nous a été volé ! »

Comment le mouvement social perçoit-il la suite des événements ?

Le mouvement social progressiste reste très critique à l'égard de la décision de Duterte d'autoriser ces funérailles. Nos partenaires continuent à organiser et sensibiliser le peuple afin qu'il puisse lutter pour ses droits. De la sorte, ils espèrent ne plus jamais devoir subir un dictateur comme Marcos. Cela signifie qu'ils tiennent particulièrement à l’œil aussi l'actuel président et que, lorsque c'est nécessaire, ils expriment leurs critiques à propos de sa politique. Les nombreuses violations des droits de l'homme tolérées par Duterte dans sa « guerre contre la drogue » restent un énorme problème. Entre-temps, des milliers de personnes ont déjà été assassinées, sans la moindre forme de procès loyal. Les partenaires de M3M critiquent également la politique économique de Duterte qui, sur bien des plans, poursuit la politique néolibérale de son prédécesseur, le président Aquino.

Pourtant, le mouvement social progressiste espère aussi pouvoir continuer à collaborer avec le président Duterte autour de certains thèmes au sujet desquels il adopte toutefois un point de vue plus progressiste. Ainsi, sa politique extérieure indépendante, la reprise des pourparlers de paix avec le Front démocratique philippin, la libération de prisonniers politiques et la désignation de ministres progressistes au sein de son gouvernement. 

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