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05/11

Testez-vous! 10 questions sur la protection sociale

Au cours de la semaine d'action du 6 au 15 novembre, la campagne pour la protection sociale du CNCD-11.11.11 a été mise à l'honneur. Partout dans le pays, des activités de sensibilisation et de collecte de fonds sont organisées. M3M a préparé pour l'occasion un mini-quiz sur le sujet. Restez connectés!

Un petit quiz pour voir de quoi la protection sociale parle vraiment

Question 1. Vrai ou faux ? Recenser et traiter les inégalités coûterait trop d'argent et n'est donc possible que dans les pays qui, avant tout, connaissent une bonne croissance économique.


Source: IBON

Réponse 1.

Faux. Les inégalités dans la santé coûtent très cher à la société. Les aborder permettrait donc d'épargner de l'argent à long terme. Dans l'Union européenne, on perd 1,4 % du produit intérieur brut (PIB) en raison des inégalités dans la santé. C'est presque autant que l'argent consacré à la défense (1,6 %). Cette perte s'explique entrer autres du fait que les malades sont moins productifs, qu'ils contribuent moins sur le plan des impôts et des frais plus élevés pour la sécurité sociale et les soins de santé.

La position inverse, disant que la croissance économique aboutit de toute façon à une hausse de la prospérité, est tout aussi fausse. C'est ce que prouve l'illustration ci-dessus. Malgré une augmentation du PIB, le chômage augmente aux Philippines. La sécurité de l'emploi est un facteur important dans le combat pour la protection sociale et contre l'inégalité.

La subsistance tenace des inégalités ralentit même le développement. Dans le monde, plus de 800 millions d'humains (11 % de la population mondiale) vivent dans des bidonvilles ou des quartiers passablement défavorisés. La réalisation des objectifs sur le plan de la santé est ralentie par un accès défectueux aux soins de santé, pour ces personnes. Dans les régions pauvres, les frais de santé pour les maladies chroniques peuvent rapidement épuiser les moyens financiers des personnes et c'est ainsi que des familles se retrouvent dans la pauvreté. Chaque année, c'est le cas de 100 millions de personnes, ce qui entrave considérablement le développement. Source : Organisation mondiale de la santé (OMS)

 


Question 2. En Belgique, combien de mères meurent-elles durant leur grossesse ou en couches, en comparaison avec les Philippines ?

A 8 par an en Belgique, 8 par jour aux Philippines

B 10 par an en Belgique, 100 par an aux Philippines

C 6 par an en Belgique, 6 par mois aux Philippines


Sources : Données de la Banque mondiale. Carte réalisée par WomanStats Project

[CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Réponse 2. A : 8 par an en Belgique, 8 par jour aux Philippines. D'après les autorités philippines, les accouchements à domicile constituent la principale cause de ce taux élevé de mortalité chez les mères. Ces mêmes autorités affirment que, dans les régions plus démunies, 8 naissances sur 10 ont lieu en dehors d'un hôpital et sans la présence d'un médecin, d'une infirmière ou d'une sage-femme. Pour aborder ce problème, les autorités philippines n'ont rien trouvé de mieux comme solution que d'infliger une amende aux femmes qui accouchent chez elles. Les soins de santé aux Philippines sont toutefois d'accès difficile et, souvent, leur prix est élevé. Pour les mères philippines aux revenus très précaires, accoucher chez elles est donc la pratique la plus courante.

D'après notre organisation partenaire aux Philippines, Gabriela, le problème est celui-ci : « Ce ne sont pas les accouchements à domicile qui sont la cause d'une aussi importante mortalité des mères, c'est surtout l'accès défectueux aux soins de santé élémentaires et aux contrôles prénatals. Cela ne sert à rien de sanctionner des femmes qui accouchent de toute façon chez elles, quand il s'avère que c'est là leur seule option. Au contraire, ça les met encore plus en danger. »

Apprenez-en plus ici

à ce propos.


Question 3. Les organisations sociales doivent avoir voix au chapitre, dans la politique de protection sociale. Le TTIP, l'accord libre-échangiste entre l'UE et les États-Unis, est connu pour l'influence disproportionnée du secteur privé sur les traités. Quel est le pourcentage de sa participation dans les négociations, comparée à celle des organisations citoyennes ?


Réponse 3. 92 % des rencontres entre la Commission européenne et les groupes d'intérêts se sont déroulées avec la participation des groupes de pression (lobbys) des entreprises privées. 4 % à peine des réunions restantes ont eu lieu avec des organisations citoyennes, tels des syndicats et des ONG. Les 4 % qui restent ont eu lieu avec des individus, comme des universitaires, par exemple. Source : CEO.

La Commission européenne consacre dont plus d'attention aux intérêts des groupes privés de lobbying qu'à la voix de ses ressortissants, dont elle a pourtant reçu le mandat pour entreprendre les négociations. Les holdings de l'alimentation industrielle représentent la participation la plus importante à ces rencontres. Cette influence disproportionnée va de pair avec une absence de transparence vis-à-vis de la population. Nous ne savons pas exactement qui prend place à la table des négociations, ni combien d'argent ces groupes industriels investissent dans les activités de lobbying, ni non plus quel est leur apport dans les textes finaux.

La campagne réclame

un apport prioritaire des organisations sociales, quand il s'agit de traités d'intérêt public. C'est cela, la démocratie. Syndicats, mutualités, organisations paysannes, petits indépendants et autres mouvements sociaux sont les mieux au courant des problèmes auxquels les gens sont confrontés, quand il n'y a pas de protection sociale.


Question 4. La lutte contre le changement climatique est importante pour la santé. Dans divers pays, les militants pour le climat sont toutefois victimes de la répression et d'une violence très souvent mortelle. Combien de militants environnementaux a-t-on assassinés chaque semaine, en 2014?


Carte intéractive via Global Witness.

Réponse 4. Selon un rapport de l'ONG Global Witness

, au moins 116 militants environnementaux ont été assassinés, en 2014. Soit en moyenne plus de 2 par semaine. Sans doute le nombre de victimes est-il même plus élevé quand la violence s'exerce dans des régions reculées et qu'elle n'est donc bien souvent pas renseignée. Il n'y a pas qu'en Europe que se déroulent des actions en faveur du climat, comme d'ici peu à Paris. Dans le Sud aussi, de très nombreux militants luttent pour la préservation de leurs terres et contre le pillage des richesses naturelles. Là-bas se posent les mêmes questions qu'ici, à la différence près que, là-bas, on les paie souvent de sa propre vie. De la rareté des informations, Global Witness conclut que ce sont souvent des grands latifundiaires, des hommes politiques et des hommes d'affaires qui se trouvent derrière cette violence. La où les militants luttent pour la préservation de leur environnement, la grosse galette, elle, assassine pour la préservation de ses bénéfices.

La grande manifestation pour le climat, à l'occasion du sommet mondial de l'ONU à Paris (COP21), qui mobilisera des dizaines de milliers d'Européens, constituera une occasion idéale pour attirer l'attention sur la lutte de leurs collègues militants du Sud. Cette année aussi, Stop the Killings le fera en décernant un prix des droits de l'homme.

Pour en savoir plus sur la répression exercée sur les militants écologiques, cliquez ici.


Question 5. La protection sociale n'est pas seulement une histoire Nord-Sud. Combien de Belges vivent-ils sous le seuil de pauvreté ?


Carte : Pourcentage de la population vivant d'un revenu inférieur au seuil de pauvreté en 2014. Source et carte interactive : Eurostat.

Réponse 5: 15,5 %, soit 1 sur 7. C'est inacceptable dans un pays qui se targue d'avoir une excellente protection sociale.

Ces gens n'ont pas des moyens insuffisants pour pourvoir à leurs besoins élémentaires. En outre, ils sont plus sensibles aux contrecoups et ils se retrouvent donc aisément dans une spirale descendante. Par exemple, un belge sur dix reporte une visite chez le médecin pour des raisons financières. Leur état peut très bien s'aggraver et ils n'ont pas droit à une indemnité.

Ce qui surprend, ce sont les grandes différences dans le reste de l'Europe. La troisième revendication de la campagne pour la Protection sociale renvoie à cette problématique : « La Belgique et l'Europe doivent renforcer leur propre politique en faveur de la protection sociale. Ensuite, elles doivent plaider pour un pacte européen qui harmoniserait vers le haut les divers systèmes de protection sociale en Europe. Elles doivent également empêcher que les accords internationaux relatifs au commerce et aux investissements commerciaux, ou encore à l'imposition, nuisent à la sécurité sociale. »

Un exemple d'accord libre-échangiste de ce type est actuellement négocié avec la Commission européenne: le TISA, ou Accord international sur le commerce des services. Apprenez-en plus ici sur l'impact néfaste de ce traité sur la santé.


Question 6. Quel est le pourcentage des dépenses mondiales en soins de santé qui est consacré aux pays du tiers monde, en sachant que ces mêmes pays du tiers monde subissent 90 % de la charge mondiale de la maladie ?

Source et carte interactive: OMS, 2015

Réponse 6. À peine 12 % des dépenses mondiales de la santé sont consacrées aux pays du tiers monde.

Les gens les plus vulnérables et dont les besoins sont les plus grands sont donc ceux qui ont le moins accès aux soins de santé. 80 % de la charge mondiale des maladies chroniques non contagieuses pèse sur les pays à bas et moyens revenus. Source : OMS

La carte ci-dessus montre quelle part du produit intérieur brut (PIB) est dépensée pour la santé. Bien qu'il y ait manifestement une différence dans les dépenses, le seul volet financier ne couvre pas tout le problème. Au moins aussi importante est la façon dont les moyens sont alloués. Le Liban a l'un des systèmes de santé les plus privatisés du tiers monde. Le pays dépense deux fois plus en soins de santé que le Sri Lanka, un pays situé bien plus bas sur l'indice de développement des Nations unies, mais, malgré ses dépenses élevées, la mortalité des enfants et celle des mères y sont respectivement 2,5 fois et 3 fois plus élevées. Le phénomène inverse concerne Cuba et les États-Unis (voir question 10). Une priorité consiste à éloigner la grande inégalité dans les facteurs de la santé, entre autres via des investissements publics dans la prévention, dans des infrastructures convenables et accessibles et dans l'éducation santé.


Question 7. La protection sociale est un droit de l'homme et ses composantes sont reprises dans toute une série de traités internationaux, comme la Charte des droits de l'enfance. Un seul pays n'a pas encore ratifié cette dernière. Lequel ?

Ratificering van het VN-kinderrechtenverdrag

Légende : En bleu foncé : les pays qui ont signé et ratifié. Bleu clair : le pays qui s'est contenté uniquement de signer.

Réponse 7. Les États-Unis. (Source)

Les pays en bleu foncé ont ratifié la Charte des droits de l'enfance. Les États-Unis (en bleu clair) sont le seul pays à avoir signé la charte mais à ne pas l'avoir encore ratifiée. Cela signifie qu'ils ne sont pas liés par les principes de la charte.

La protection sociale est un droit de l'homme qui est reconnu comme tel dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (articles 22 et 25), dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (articles 9 et 10), dans la Convention 102 de l'OIT, dans des traités régionaux des droits de l'homme et dans diverses constitutions nationales.

Reconnaître un droit n'est hélas pas la même chose que le garantir. Alors que bien des pays ont approuvé ces traités des Nations unies, peu en appliquent les principes de façon conséquente. Mais cette base légale est pourtant essentielle pour les mouvements sociaux: ils peuvent interpeller leurs autorités à propos de leurs devoirs. Aussi la première revendication politique de la campagne est-elle que tous les pays reconnaissent le droit à la protection sociale en la faisant figurer dans leurs lois. C'est un premier pas important vers les changements sociaux et cela fait partie de la vision de M3M sur l'empowerment.


Question 8. Aller chez le médecin et se faire soigner est hors de prix, pour bien des personnes. Annuellement, au niveau mondial, combien sont-ils à se retrouver dans la pauvreté en raison de cette cotisation financière directe aux services de santé ? 50 millions ou 100 millions ?


Photo: manifestation aux Philippines contre la commercialisation des soins de santé

Réponse 8. Chaque année, 100 millions de personnes se retrouvent dans la pauvreté parce qu'ils doivent payer des services de santé. (Source : OMS) Une composante essentielle de la protection sociale réside dans le remplacement de ces cotisations individuelles directes par un système basé sur la solidarité et qui protège les gens contre des dépenses désastreuses.

Nous voyons toutefois au niveau international un glissement vers la commercialisation des soins. Celle-ci est caractérisée par des services plus chers et des prix plus élevés pour les traitements et les médicaments. En effet, les services privés veulent réaliser des bénéfices. Pour réaliser un véritable accès universel aux soins de santé, les services de base doivent rester dans des mains publiques.

Plus d'infos sur la commercialisation des soins de santé ici.


Question 9. La Protection sociale pour tous requiert des fonds. De quel montant l'Afrique est-elle privée chaque année en raison de l'évasion fiscale des multinationales ? 60 milliards de dollars ou 6 milliards de dollars ?

Réponse 9. 60 milliards de dollars.

Et ce n'est encore qu'une partie de l'histoire. L'illustration montre comment, chaque année, le continent africain subit une perte nette de 160 milliards de dollars. Les flèches orange montrent les divers processus de bilans commerciaux malhonnêtes qui font que, parmi les faibles moyens destinés à l'Afrique, une grande partie prend la direction des multinationales. Il s'agit de milliards que l'on aurait pu investir dans un accès universel à la protection sociale. La flèche verte représente l'aide qui entre et qui n'a qu'un effet adoucissant sur les pertes colossales.

L'une des quatre revendications de la campagne pour la Protection sociale est celle-ci : « La protection sociale est finançable, même pour les pays les plus pauvres. Notre gouvernement doit tout mettre en œuvre pour que les gouvernements du monde entier affectent des moyens suffisants pour des systèmes de protection sociale solides. Cela implique d’aider les pays en développement à percevoir des impôts de manière plus efficace, à construire des systèmes de cotisations sociales performants, mais aussi en s’engageant sérieusement pour la justice fiscale. Enfin, les gouvernements doivent travailler à la mise en place d’un système international pour le financement de la protection sociale.”

En savoir plus? Le dossier '50 Shades of Tax Dodging' montre en carte le rôle de l'UE dans la crise fiscale globale et examine si les différents pays ont pris les mesures nécessaires pour renvoyer la fraude et l'évasion fiscale au passé.


Question 10: Cuba est huit fois plus pauvre que les Etats-Unis. Quand est-il de la mortalité infantile? Est-elle inférieur, supérieure ou identique?

Sterftecijfer voor kinderen jonger dan 5 jaar. Donkerblauw: 3/1000 geboortes. Rood: 257/1000 geboortes.Bron: Save the Children State of the World's Mothers report (2008 data).

Carte

: la mortalité infantile, < 5 ans. Échelle: blue foncé (3/1.000 des naissances en vie) à rouge (257/1.000 des naissance en vie). Cuba et l'Europe sont blue foncé. Les Etats-Unis turqoise: une mortalité infantile supérieure.
Source: Save the Children State of the World's Mothers report (2008 data).

Réponse 10: Alors que les Etats-Unis sont huit fois plus riches que Cuba, la mortalité infantile à Cuba (4,7/1000 des naissances en vie) est inférieure à celle des Etats-Unis (5,8/1000 des naissances en vie). L’espérance de vie à Cuba est de 78 ans, juste en dessous de la moyenne aux Etats-Unis.(World Bank Data)

Il est remarquable de voir qu'un pays en développement parvient à garantir une bonne santé à ses habitant(e)s. Après 50 ans de couverture universelle des soins de santé, la plupart des Cubain(e)s ont accès à des soins de santé de qualité. La médecine cubaine est fortement axée sur la prévention. Elle est là pour prévenir le risque, prévenir la maladie et les guérir si besoin.

Plus sur le système de santé cubain

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