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08/11

Un Mario surexcité...

Un retour de vacances est toujours un peu particulier...

Mario me met sous le nez le rapport de Richard Falk, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés.

Et me voilà de retour au bureau après quelques semaines de repos. Un retour de vacances est toujours un peu particulier. Le premier collègue que je croise au bureau est un Mario surexcité. Si au début je pensais que son excitation était due à mon retour, j’ai vite déchanté. 

Il me demande en effet si je me souviens de Heleen, jeune médecin, qui avait rendu visite à notre partenaire palestinien Health Work Committees, il y a deux ans. A son retour elle avait, avec notre partenaire intal, interrogé les actionnaires de Dexia lors de leur Assemblée générale : « Chers actionnaires, » disait-elle, « je voudrais vous poser une question par rapport à Dexia Israël. Mais il faut d’abord que je partage mon expérience sur place. Votre banque soutient la violation des droits de l’Homme dans les territoires occupés. C’est la réalité. Un mercredi matin, nous attendions de passer le énième checkpoint israélien pour arriver au village de Ni’lin. Ni’lin se trouve juste à côté de Modi’in Illit, une colonie financée par votre banque. Comme c’est le cas de beaucoup de colonies, la région autour est entièrement occupée par des Israéliens et rendue inaccessible aux Palestiniens. S’il y a des terres fertiles, celles-ci seront généralement annexées afin de pouvoir engranger des bénéfices pour les colonies. Des bénéfices qui remboursent vos prêts. Ils s’en prennent aussi à l’infrastructure routière et aquifère des Palestiniens. La population de Ni’lin doit faire des détours énormes, de plusieurs heures, pour arriver à l’hôpital le plus proche à Ramallah. En plus, elle doit souvent attendre dans l’espoir, parfois vain, de pouvoir passer les checkpoints et les barrages routiers. De nombreuses femmes ont déjà accouché à un checkpoint, de nombreux hommes y sont morts. »

Heleen dénoncait aussi le mur de l’apartheid construit officiellement afin de « protéger » les colonies : « Le mur a été construit en 2004-2005. Il est bien possible que l’argent utilisé venait de votre banque. Le mur coupe la population de ses terres agricoles et de son emploi dans d’autres villes. Bien que l’agriculture soit la source de revenu principale pour les Palestiniens, leurs terres sont souvent occupées ou détruites. Parfois dans l’unique but de les harceler ! L’impact pour leur santé est terrible quand vous n’avez ni revenu, ni éducation, ni hôpitaux. Dans certains villages, il n’y a pas non plus d’accès à l’eau potable. Les habitants doivent se débrouiller avec l’eau de pluie ou acheter de l’eau en bouteille. »

Néanmoins la Fondation Dexia prétend qu’elle veut « contribuer à un monde plus solidaire ». La question de Heleen était alors assez simple : « Quand allez-vous transformer ces principes en actions ? Quand allez-vous arrêter de soutenir ces violations des droits de l’Homme ? »

Je n’avais bien évidemment pas oublié Heleen. Du coup, Mario me met sous le nez le rapport de Richard Falk. Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés, Falk décrit dans son rapport comment le gouvernement belge peut être tenu pour responsable du financement par Dexia de colonies illégales dans les territoires palestiniens. Le gouvernement belge est l’actionnaire majoritaire de Dexia SA. Falk a clairement compris le message de Heleen. Le rapport fait d’ailleurs explicitement référence à intal, partenaire de M3M. Ça, c’est de l’impact... Reste à obliger le gouvernement belge à agir.

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

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