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19/10

Une militante sud-africaine de la santé, particulièrement motivée, parcourt la Belgique

Pendant une semaine, Linda Mashingaidze-Shuro a été l'invitée de M3M. Voici le rapport et les impressions de cette militante de la santé particulièrement engagée à propos de son « Tour de Belgique ».

Votre campagne « Protection sociale pour tous » montre que la solidarité est bel et bien présente, ici.

La campagne « protection sociale pour tous » est en cours. Fin septembre, M3M a invité la militante sud-africaine de la santé, Linda Mashingaidze, a effectuer une « tournée » chez bon nombre d'organisations. Linda est coordinatrice régionale du People's Health Movement (PHM) [1] en Afrique et elle a une expérience citoyenne impressionnante sur le plan des mobilisations pour la santé et contre les privatisations. Dans l'interview de Linda avant son retour en Afrique du Sud, vous avez déjà pu lire comment elle percevait la protection sociale. Nous étions naturellement très curieux aussi de savoir ce qu'elle pensait de la Belgique. Vous l'apprendrez dans le présent rapport.

Linda a partagé ses expériences très motivantes avec des organisations belges, elle a rencontré des collaborateurs de Médecine pour le Peuple à Hoboken, un groupe d'étudiants en médecine engagés de Comac et des assistants sociaux à Louvain, elle a pris la parole devant des salles combles à ManiFiesta et à l'Institut de Médecine tropicale à Anvers et elle a également été conférencière à l'atelier « Trade, investment and health : an agenda for action » (Commerce, investissement et santé : un agenda d'action) de la Plate-forme d'action Santé et Solidarité.

Ne vous inquiétez pas : Il y a également eu du temps libre pour une petite journée à Bruges et un gros paquet de frites.

ManiFiesta, le festival de la solidarité

Linda venait à peine d'atterrir qu'elle avait déjà son premier rendez-vous : ManiFiesta. Lors de ce festival à Bredene, elle était l'une des oratrices sur la protection sociale. « Il y avait vraiment beaucoup de monde – plus de 13 000 personnes – chacun avec sa propre lutte, allant du changement climatique à la protection sociale. C'est très motivant de voir comment des groupes organisés se rassemblent par solidarité avec l'engagement des uns et des autres. Pour moi, c'était intéressant de pouvoir transmettre mes expériences lors du débat sur la protection sociale. Moi-même, j'ai beaucoup appris sur le contexte belge et j'ai pu faire la connaissance de bon nombre d'acteur, comme les mutualités, les syndicats et pas mal de gens des universités.

La protection sociale est un important défi, en Afrique. Cela signifie que les gens, à tout le moins, doivent avoir accès à un emploi décent, à un revenu, à la nourriture et à certains services de base, comme les soins de santé. Dans nos campagnes, nous essayons de mettre tous ces aspects en lumière. »

Rencontre avec des militants belges

Durant la semaine qui a suivi, Linda et moi-même avons entrepris un véritable Tour de Belgique. Nombre de nos organisations partenaires étaient vraiment impatientes de rencontrer Linda par curiosité, entre autres, de la façon dont les mouvements sociaux en Afrique abordent la lutte pour le droit à la santé.

Mardi soir, à l'initiative de Comac, Linda a donné une conférence au campus de médecine de l'ULB, à Bruxelles. C'est surtout la discussion avec les étudiants qui l'a le plus marquée : « J'ai appris que vos étudiants sont plus ouverts à des sujets ayant trait à la santé, mais qui vont plus loin que le simple fait de guérir. L’interaction était très agréable : nous avons parlé entre autres de la façon dont les processus mondiaux ont un effet sur la santé.

C'est ainsi, par exemple, que cela s'est passé à propos de l'aide au développement en Afrique. Quand nous regardons le volume des donations financières, elles semblent énormes mais, dans la pratique, nous pouvons parler d'une perte nette. Il faut savoir que, via les déséquilibres commerciaux injustes, les recettes finissent par atterrir dans les mains des entreprises et autorités occidentales. L'actuelle fuite des cerveaux vers le Nord qui s'opère avec les travailleurs médicaux africains bien formés en est un exemple. »

Le lendemain, Linda a pris la parole face à un auditorium bien rempli de l'Institut de Médecine tropicale d'Anvers. Pendant sa conférence, elle a entretenu les étudiants de l'importance de la participation communautaire : les causes des problèmes de santé ressortent plus rapidement quand la population est impliquée.

Bon pour la motivation

Jeudi après-midi, nous étions invitées à la réunion d'équipe de la maison médicale de Médecine pour le Peuple (MPLP) de Hoboken et, le soir, chez les travailleurs médicaux du PTB à Louvain. Après sa présentation, les collaborateurs ont parlé des diverses campagnes de MPLP. Linda était manifestement très impressionnée par leur groupe de travail :

« Oui, c'est motivant de voir comment, dans un contexte de privatisations à outrance, dans lequel certains ne recherchent que le profit, d'autres s'engagent activement afin de garantir l'accès aux soins de santé à leur communauté. C'était vraiment un groupe super. C'était également très intéressant de faire le lien entre les campagnes d'ici et celles en Afrique.

Ces médecins progressistes prennent vraiment le temps de se consacrer à leurs patients, de sorte qu'ils ne se contentent pas de leur parler de leur maladie ou de leurs douleurs, mais aussi de leur situation à la maison et au travail, dans le but d'en aborder les causes sous-jacentes via des campagnes politiques concrètes. Par exemple, ce que fait PHM au Ghana est du même ordre. Via des consultations à la population, on a d'abord répertorié les causes structurelles du choléra. De larges mobilisations ont ensuite mis tout en œuvre pour les aborder carrément. »

Vendredi, Linda a soutenu l'appel du Réseau européen contre la privatisation et la commercialisation de la santé et de la protection sociale en vue d'une participation communautaire accrue en partageant ses expériences au cours de l'atelier « Trade and investment agreements and health : An agenda for action » (Les accords sur le commerce et les investissements et la santé : Un agenda d'action).

« Nous pouvons gagner si nous collaborons »

C'est avec une certaine satisfaction que Linda a un regard rétrospectif : « Cette semaine a été un échange important. Tout le monde était enthousiaste à propos du travail de PHM en Afrique, mais j'ai beaucoup appris moi aussi. J'ai découvert comment des mouvements sociaux en Belgique s'organisent et luttent pour le droit à la santé. Votre campagne « Protection sociale pour tous » prouve par exemple que la solidarité est vraiment présente, ici. Nous pouvons gagner si nous travaillons ensemble. »  

Notes

1 Le People's Health Movement est un réseau international pour le droit à la santé et qui représente surtout le mouvement de la base issu du Sud. PHM lutte pour des soins de santé de base les plus répandus possible et entend améliorer les déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé. Ces dernières années, Linda a travaillé pour le People's Health Movement South Africa et, depuis octobre 2009, elle est coordinatrice de PHM pour toute l'Afrique. Avant de s'installer en Afrique du Sud, elle travaillait pour le Community Working Group on Health (Groupe de travail communautaire autour de la santé) du Zimbabwe.

 

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