21/12/10

“La communauté internationale est en partie responsable du malaise actuel à Gaza”

Interview avec Dr. Yousef Mousa, directeur de l'Union of Health Work Committees à Gaza

Union of Health Work Committees (UHWC) est l’une des organisations partenaires d’intal. Il s’agit d’une ONG palestinienne qui gère un hôpital et divers centres de santé afin de pourvoir certaines régions marginalisées de la Bande de Gaza en soins de santé. Inge Neefs a visité l’hôpital et y a interviewé le Dr Yousef Mousa, directeur général de UHWC, à propos de la situation actuelle à Gaza.

Photo's: Inge Neefs et Anne Paq/Activestills.org

Comment percevez-vous la situation à Gaza, deux ans exactement après la guerre ?

Dr Mousa : « Beaucoup de choses sont restées telles quelles à Gaza. Dans le Nord, les infrastructures dévastées marquent encore le paysage. Il n’y a pas d’après-guerre, les gens subissent un traumatisme permanent. Israël affirme avoir assoupli les frontières, mais elles restent scellées pour les Palestiniens, pour l’importation de matériel de construction, et pour toute forme d’exportation. Seuls un système d’égouttage et quelques écoles de la UNWRA (l’agence des NU pour les réfugiés palestiniens) ont été reconstruits après une autorisation israélienne. Le reste du matériel de construction est introduit à Gaza par les tunnels de contrebande et est vendu au triple du prix normal. »

« Gaza n’est pas une question humanitaire, que ce soit clair. Nous sommes en présence d’un problème politique ! Nous ne voulons pas demander l’aumône. Il faut ramener tous les problèmes économiques et sociaux à un conflit politique qui trouve ses racines dans le passé, mais qui persiste dans le présent. Tout est affaire de politique. La communauté internationale porte une responsabilité importante dans ce problème. La Déclaration Balfour annonçait les prémices de la situation actuelle. Israël, port d’attache pour les Juifs de par le monde, fut créé sur des territoires palestiniens confisqués et nous avons fait l’objet d’une agression démesurée. La communauté internationale est en partie responsable du malaise actuel en Palestine, mais nous avons besoin d’elle pour pouvoir vivre libres dans notre pays. En ce moment, il y a six millions de réfugiés palestiniens ; les troubles dureront aussi longtemps que leur droit de retour au pays ne sera pas garanti. »

Quels sont les principaux problèmes pour l’UHWC aujourd’hui ? 

 

Dr Mousa : « A cause du blocus, l’importation de fournitures médicales subit des ralentissements interminables. Nous ne disposons que d’un stock limité de médicaments et nous manquons d’anesthésiants pour les opérations. Le personnel a besoin de formation et d’experts étrangers, mais le blocus nous isole et rend l’accès à Gaza difficile pour les étrangers. Parce que nous nous adressons à des groupes marginalisés, nous offrons nos services gratuitement, mais à cause des problèmes politiques internes, nous ne recevons d’aide financière ni du Fatah à Ramallah, ni du Hamas ici. Notre dette s’élève à 400 000 dollars. Tout le système des soins de santé souffre du morcèlement politique. L’aide financière va à celui qui soutient le bon pouvoir, or la santé se doit de rester neutre, sans affiliation politique. Et entretemps, l’aide étrangère a aussi diminué. »

« L’état de santé à Gaza est complexe : nous avons les maladies des pays développés, comme le cancer et le diabète, et celles des pays sous-développés, comme l’anémie et la malnutrition, mais à cause d’Israël, nous avons aussi une foule de personnes avec un handicap physique. Ceux-ci ont besoin d’un traitement continu, alors que nos services médicaux sont déjà surchargés. Notre état de santé régresse : la mortalité infantile, par exemple, a grimpé en deux ans de 22 à 25 pour mille. »

Comment les gens de l’extérieur peuvent-ils s’investir pour une paix équitable en Palestine ?

Dr Mousa : « La société civile en Europe a hélas une compréhension plus avancée de notre situation que ses dirigeants politiques, nous ne nous sentons soutenus que par les citoyens. J’invite tout un chacun à venir à Gaza et découvrir que nous ne sommes pas un peuple de terroristes comme Israël et de nombreux médias occidentaux nous caractérisent. Ceux qui sont venus ici et qui ont perçu la réalité de leurs propres yeux sont nos meilleurs ambassadeurs : leurs témoignages peuvent casser les mensonges et briser l’image de « terroristes palestiniens ». Nous sommes des gens simples qui rions quand il y a du plaisir, qui dansons quand il y a de la musique et qui nous rebellons quand il y a injustice. Dans des pays comme la Belgique, on peut entreprendre différentes actions pour nous aider : s’adresser aux médias pour qu’ils éclairent la réalité à Gaza ou mener des actions directes pour rompre le blocus, par des flottilles, par exemple. C’est la meilleure façon de montrer qu’Israël ment lorsqu’il dit qu’il n’y a pas d’occupation à Gaza. Israël est partout et nous a enfermés dans une prison à ciel ouvert. Toute action, n’importe où dans le monde, qui peut exercer une pression sur les politiciens, est importante. »

Lorsque je lui demande s’il souhaite ajouter quelque chose, le Dr Moussa répond par un message vidéo qui reflète une réalité douloureuse pour de nombreux parents en Palestine :

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