03/05/13

Argentine: De la crise économique à la crise sociale

Appelée à résoudre la crise qui se préparait au cours des années 90, l'intervention extérieure du FMI et ses politiques néolibérales semblent en avoir aggravé les conséquences économiques et sociales. En réformant le marché du travail et la sécurité sociale au nom du déficit zéro, l'ingérence du FMI a laissé des millions d'Argentins privés de revenus et réduit leur accès aux soins de santé.

En 2006, l'ancien Président argentin Nestor Kirchner remboursa intégralement la dette de son pays envers le FMI, retrouvant ainsi sa souveraineté économique. Ce geste était fortement symbolique, Kirchner accusant l'institution d'être responsable du chaos économique et social dans lequel avait été plongée l'Argentine en 2001. Le FMI avait en effet contraint le pays à réduire les dépenses publiques afin de bénéficier de l'aide financière de l'institution. Le gouvernement argentin n'avait pas eu beaucoup de choix : "[Président] De la Rua found himself under pressure to act. Apart from other considerations, the International Monetary Fund has made social security reform a condition of continued relief of Argentina's international debt. (1)

 

Sauver l'économie Argentine

Le FMI a poussé à la réforme du marché de travail. Parallèlement à la privatisation des entreprises nationales et des services publics, il a conseillé à l'État argentin de réformer ses lois sociales pour encourager les entreprises à s'installer dans le pays, à recruter et à ouvrir des postes, afin de favoriser l'économie argentine et l'emploi. Le gouvernement a donc imposé une plus grande flexibilité aux travailleurs, réduit les charges patronales, et libéralisé le marché du travail. Ces mesures se sont traduites par une réduction de la contribution patronale à la caisse des retraites, l'autorisation de contrats de travail temporaires, la réduction des coûts de licenciement,...

En ce qui concerne le secteur de la santé, le système se divisait jusque-là en trois types de fournisseurs qui assuraient à eux tous une couverture universelle: le système public, les « obras sociales » et le système privé. Les obras sociales, le système majoritairement utilisé et contrôlé par l'État, sont des sortes de mutuelles destinées aux salariés et financées par les contributions patronales et salariales. Le système public, gratuit mais sous-financé et insuffisant, prend en charge les non-couverts.

Le processus de libéralisation en marche depuis le début des années ‘90 diminua progressivement le contrôle de l'Etat sur les obras sociales, et les mit en concurrence en donnant aux salariés la possibilité de choisir celle à laquelle ils désirent s'affilier. Toutes doivent offrir une prestation minimale à faible tarif, et proposer les autres services en contrepartie de cotisations supplémentaires. Selon le FMI, la compétition entre les fournisseurs de services assurerait une utilisation plus efficiente des contributions afin d'éviter le déficit, auparavant financé par l'Etat. Le financement et la gestion du système public ont eux été relégués aux communes et provinces afin de réduire les dépenses publiques nationales.

 

Une crise sociale aggravée

Outre l'efficacité discutable de ces politiques sur la résolution de la crise, les réformes du travail n'ont pas profité à l'emploi, et donc aux travailleurs, mais surtout à la petit élite du pays. Si les entreprises ont bien afflué, ces mesures n'ont fait qu'augmenter la précarité de l'emploi, laissant les travailleurs sans protection. La réduction des contraintes pour les patrons a entrainé une baisse des rémunérations ainsi qu'une augmentation des licenciements, laissant bon nombre d'Argentins dans la précarité financière.

Ces réformes contribuèrent à ce que plus de 3.000.000 d'Argentins se retrouvent sans emploi en 2002, soit 21,5% de la population active (2). La même année, les salaires ont eux chuté de 23,7% (en termes réels). Enfin, la proportion de personnes ayant droit à une retraite est passée de 71% en 1992 à 56% 10 ans plus tard (3). Cette baisse des revenus a bien évidemment engendré une explosion de la pauvreté, dont le taux s'élevant à 38,3% en octobre 2001 a fait un bon à 57,5% un an plus tard (4).

 

La santé des Argentins en péril

Le chômage augmentant, le système des obras sociales se trouva fortement affaibli car basé sur les contributions des salariés, de moins en moins nombreux. Une part croissante de la population dut donc se tourner vers le secteur public, parce qu'elle ne disposait plus de travail ni donc de couverture. Le montant des contributions augmenta car l'Etat contrôlait moins les obras sociales, ce qui appauvri encore plus les Argentins et beaucoup se retrouvèrent avec un revenu trop faible pour pouvoir financer les services additionnels, devenus payants.

Déjà avant la crise, le système public était sous-financé et n'était plus en état de répondre aux besoins de la population. Leur gestion confiée aux provinces et communes plutôt qu'aux autorités nationales, la capacité opérative des hôpitaux publics se trouva encore affaiblie car celles-ci disposaient de capacités financières moindres. La situation devint donc critique lorsque les nombreux exclus du système de couverture se retrouvèrent entièrement dépendants du système public gratuit.

En 2002, 60% des Argentins avaient perdu leur couverture de santé, devenant dépendants des services de santé publics. Ces services se sont alors retrouvés soumis à une forte pression, et pratiquement 23% des foyers affirment qu'au moins un de ses membres n'a pas pu bénéficier d'au moins un service de santé (5). En effet, malgré l'augmentation du nombre de patients, les budgets attribués aux hôpitaux publics furent réduits, et leur situation financière devint catastrophique. Le coût des médicaments et du matériel médical augmenta respectivement en moyenne de 290% et de 340%. Dans certains hôpitaux, le seul coût des médicaments a représenté jusqu'à 70% du budget de l'institution. La nourriture distribuée aux patients fut rationnée, et l'ont en vint jusqu'à réutiliser du matériel médical jetable.

 

1 http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/argentine/pourquoi-la-crise.shtml

2 http://www.un.org/esa/desa/ousg/articles/pdf/fiszbein.pdf

3 http://www.unicef.org/argentina/spanish/Efectos_Crisis_en_Argentina_-_Documento_de_Difusion.pdf

4 http://www.stockssite.com/en/argentina.pdf

5 http://www.un.org/esa/desa/ousg/articles/pdf/fiszbein.pdf

 

Photo by jmalievi, on Flickr, CC BY-NC 2.0

 

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