03/03/09

Barrio adentro: Un programme de santé au profit du peuple

Au mois de novembre 2008, Sofie Blancke a séjourné au Venezuela. Dans le cadre de son travail, elle s'est familiarisée avec le programme de soins de santé "Barrio Adentro".

Au mois de novembre 2008, Sofie Blancke a séjourné au Venezuela. Dans le cadre de son travail, elle s'est familiarisée avec le programme de soins de santé "Barrio Adentro". Déployé depuis l'arrivée au pouvoir du président Hugo Chavez, ce programme permet à tous les Vénézueliens d'accèder à des soins de santé gratuits et de qualité. Il s'appuie pour ce faire sur de nombreux médecins cubains.

Avec le soutien de Médecine pour le Peuple et de Médecine pour le Tiers Monde, j’ai séjourné au Venezuela au mois de novembre 2008. Depuis l'élection de Hugo Chavez à la présidence de ce pays en 1999, des changements intéressants sont en cours au niveau social. Pour beaucoup de gens pauvres du Sud, le Venezuela représente une réelle espérance. J’étais curieuse de voir comment le peuple agissait concrètement sur le terrain.

J’ai travaillé pendant 2 semaines à Caracas et 2 semaines à Maracay, la capitale de l’état voisin. J'ai participé à un projet de recherche visant à comparer les systèmes de santé de différents pays. Mon travail consistait à interroger des membres des services de santé : des promoteurs de la santé, des infirmiers, des médecins, des représentants ministèriels, etc.

Grâce à ces entretiens, j'ai découvert 2 programmes de santé vénézueliens "Corpo Salud" et "Barrio Adentro". Le premier est ancien. Il a 30 ans. Le second est plus récent. Initié par Hugo Chavez, il s'appuie sur la collaboration de nombreux médecins cubains.

Les deux systèmes ont des objectifs quasi identiques : fournir des soins gratuits à la population. Pour en bénéficier, celle-ci se rend dans des "postes de santé" où travaillent un médecin, un infirmier et des travailleurs de la santé bénévoles.

A la fin de leurs études, les médecins qui intègrent le programme "Corpo Salud" sont obligés d'exercer un an comme généraliste avant de pouvoir se spécialiser. En général, les candidats sont peu motivés. Ils travaillent quelques demi-journées par semaine et quittent le programme au terme de leur engagement. Peu de médecins choisissent de travailler dans les "postes de santé" situés à la campagne ou dans les quartiers populaires pauvres. Une fois diplômés, nombre d'entre eux préfèrent exercer en ville.

Depuis 6 mois, les médecins de "Corpo Salud" sont en grève. Par voie de conséquence, les dossiers ne sont plus remplis et les patients ne sont pas suivis. Cette situation hypothèque encore un système qui peine à fonctionner et altère chaque jour un peu plus la confiance de la population.

Le programme "Barrio Adentro"  (littéralement "dans les quartier") a vu le jour pour répondre aux lacunes du système "Corpo Salud". Pour trouver les médecins dont il a besoin, le gouvernement vénézuélien s'est adressé aux autorités cubaines. Cuba en a beaucoup, mais manque de pétrole en raison du blocus que lui imposent les Etats-Unis. Le Venezuela lui détient de grandes réserves d'or noir.

Aujourd'hui, 20.000 travailleurs de la santé cubains travaillent au Venezuela. Ils sont présents partout, des quartiers urbains les plus pauvres aux villages les plus isolés. Avec le temps, ils sont progressivement remplacés par des médecins vénézuéliens, mais ils continuent de travailler dans le pays et forment de futurs praticiens. En 2011, le premier contingent de médecins spécialisés en médecine communautaire intégrale (Medicina Integral Comunitaria) devrait être opérationnel.

J’ai rencontré plusieurs de ces étudiants. Ce fut un des moments les plus émouvants et les plus exaltants de mon séjour. Ces jeunes sont l’espoir et l’avenir de leur peuple.

Pour le gouvernement de Hugo Chavez, chacun doit avoir accès à la nourriture, aux soins de santé, à l’enseignement, aux transports gratuits, à une habitation décente, etc. Pour ce faire, il promeut un ensemble de politiques intégrées et d'actions menées simultanément.

Des élections locales devaient avoir lieu le 23 novembre. Toutes les personnes que j'ai rencontrées savaient pour qui elles allaient voter. Les gens sont pour ou contre le gouvernement Chavez. Lors de mes interviews, j'ai remarqué que les Vénézueliens étaient conscients des enjeux, malgré la mainmise de l'opposition sur les medias. Ils ressentent quotidiennement l'impact des politiques menées, même si en raison de leur origine sociale ils en apprécient diversement les effets. Jusqu’il y a peu, 60 à 65% des votants se prononçaient en faveur de Chavez et 35 à 40-35% contre lui.

Beaucoup de chemin doit encore être parcouru. En 10 années, il est difficile d'effacer 400 ans de colonisation et des dizaines d’années de corruption. Beaucoup d’initiatives, comme la création de conseils de quartiers sont prises. Elles visent à davantage impliquer la population dans les processus décisionnels et à lui rendre la politique plus accessible.

Depuis mon retour, j'ai souvent dû répondre à la question : C'était comment?. C’était très bien! Je ne me suis jamais ennuyée. J'ai passionnant aimé partager les efforts des Vénezueliens en vue de bâtir une société plus équitable.

Pour y parvenir, permettre l'accès de tous à des soins de qualité est essentiel. Au Venezuela, vous rencontrez des enfants en bonne santé (la mortalité infantile a baissé de 50%), des aveugles qui ont recouvré la vue et des personnes handicapées qui peuvent à nouveau se mouvoir. Ce sont les résultats tangibles des politiques sociales menées par le gouvernement.

Grâce à un enseignement gratuit dispensés par les "misiones",  le million et demi d’analphabètes vénézueliens sont aujourd'hui alphabétisés. Les enfants vont toute la journée à l’école (1) et à midi, ils reçoivent un repas chaud gratuit.

Je pourrais vous en parler pendant des heures ….

Plusieurs personnes m'ont demandé quels souvenirs, quels sentiments je conserve de mon expérience au Venezuela? Malgré toutes les difficultés et tous les problèmes … DE L’OPTIMISME!

 

(1) Avant, ils n'y allaient qu'une demi-journée.

 

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