10/03/10

Bopeto ya quartier: les comités de santé en action

Défendre la santé, c’est aussi demander des comptes aux pouvoirs publics

Etoile du Sud (EDS), partenaire d’intal, est une organisation active dans les quartiers populaires de Kinshasa. Elle est issue d’organisations locales qui apportent leur concours à l’amélioration de la santé dans leur quartier. EDS est déjà active dans 17 quartiers. Il était grand temps qu’une organisation agisse d’une façon plus offensive. C’est ce qu'a fait EDS avec le lancement de sa campagne « Bopeto ya quartier ».

C’est le 5 décembre 2009 qu’EDS a lancé son action « Bopeto ya quartier » dans le quartier Matadi de la commune de Masina, un des faubourgs de la capitale, en présence de la population du quartier et des quartiers avoisinants ainsi que de certaines personnalités politiques et représentants de la commune. Cette cérémonie de lancement a connu quelques retards à cause d’une pluie battante qui a rapidement rendu les routes impraticables. Comme la qualité des routes fait partie des sujets à aborder, voilà bien une entrée en matière appropriée.

Le coordinateur d’Etoile du Sud, Martin Kibungi ,nous explique : « Cela fait 30 ans que les immondices de Kinshasa ne sont pas récoltées. Depuis 30 ans, les sacs en plastique, les immondices et les excréments sont répandus à même le sol qui, à la longue, est devenu aussi dur que du béton ne pouvant ainsi plus absorber l’eau de pluie. Notre environnement est complètement pollué.
Afin de remédier à ce fléau, nous avons créé des comités de santé de quartier qui ont comme mission de sensibiliser et de mobiliser la population ». La jeunesse y joue un rôle important. « Sans elle, nous ne pourrions atteindre la population », nous explique encore Martin. En plus, des brigades de récoltes des immondices ont été créées. Une petite contribution financière est demandée à la population pour ce service.

«  Pouvoirs publics, prenez vos responsabilités ! »

Martin Kibungi : « En tant que citoyens de Kinshasa, nous savons qu’il existe des fonds pour l’entretien des grandes avenues. Mais comme nous n’habitons pas les grandes avenues, nous n’en avons aucun bénéfice ! La ville dispense du matériel d’entretien aux bourgmestres des communes et aux chefs de quartier. Hélas, ce matériel n’est pas distribué aux organisations adéquates ce qui fait qu’il n’y a aucune amélioration de la situation chez nous ».

Avec la campagne « Bopeto ya quartier » EDS désire faire connaitre ce que les comités de santé réalisent et désire aussi interpeler les pouvoirs publics en leur demandant de prendre leurs responsabilités.

Martin Kibungi : « Nous transmettons notre message aux autorités locales, mais nous voulons également nous faire entendre auprès des autorités nationales ». A cette fin, EDS s’est ralliée au Corps de Patriotes pour le Développement du Congo, COPAC, une organisation militante nationale qui se mobilise pour la reconstruction du pays et qui soutient le programme de développement du Président, « Les cinq Chantiers ». COPAC accepte qu’EDS prenne les rennes de la lutte pour le droit à la santé à l’échelle nationale, afin que cette lutte soit entendue dans tout le pays.

Les militants ont la parole

Après avoir présenté le fonctionnement d’une entité locale d’EDS, certains militants prennent la parole.

Maman Bibiane Mwangongo, présidente du Comité de Santé Populaire de Matadi.

En tant que présidente du comité de santé, elle a rappelé les propos de l’ancien président M’zee Laurent Désiré Kabila : « Peuple, organisez-vous ! ». « Car, que pouvons-nous faire en tant qu’individu contre les inondations répétitives suite aux pluies diluviennes, contre la présence de montagnes d’immondices, contre la pénurie d’eau potable et contre nos maisons qui se délabrent dans nos quartiers ? », se demande la présidente.
Les défis sont immenses et c’est pourquoi elle a fait appel à la population du quartier à rejoindre les rangs d’EDS et à participer aux activités du comité de santé par tous les moyens.

Laurent Ibalanken, Comités des enfants de Matadi

La mission des Comités des Enfants est essentiellement préventive : « Que nos enfants ne deviennent pas des enfants des rues ! ». Les comités suivent les enfants dans leur éducation et veillent à leur situation familiale. En plus, ils se font entendre auprès de la population d’une manière créative : par des petites représentations théâtrales traitant des sujets de santé, comme celui de l’importance de l’hygiène et le danger du Sida.

Modeste Fitiene, responsable de la clinique mobile du comité de santé qui régulièrement organise des tournées dans les quartiers.

«  Un environnement pollué est la source de nombreuses maladies. La malaria est transmise par les moustiques qui se développent en grand nombre sur les immondices, en eau stagnante et entre les mauvaises herbes qui poussent derrière nos maisons. Le typhus et la diarrhée se propagent également dans les milieux insalubres et les mouches, qui se posent en grand nombre sur notre nourriture, y trouvent également un environnement propice à leur développement. »
Modeste nous a aussi fait remarquer que la population sur le territoire de son comité de santé respecte mieux les facteurs d’hygiène et il est convaincu de pouvoir ainsi enrayer les maladies.

Comment réagissent les autorités à la diffusion de ces messages ?

 

Après voir écouté ces témoignages, le modérateur a ouvert le débat et a demandé aux autorités politiques présentes de formuler leurs réactions par rapport aux messages d’EDS.

Le premier qui a pris la parole a été Monsieur Sankola qui est responsable de l’entretien de l’avenue Bumba dans le quartier Matadi. Son opinion est que le temps des belles paroles est terminé et qu’il faut passer à l’acte. C’est pourquoi il a fait un appel aux participants de se rallier à la cause d’EDS afin de modifier ensemble le comportement de la population.

Ensuite Monsieur José Nganda, notable de sa commune, a pris la parole en expliquant que dans son quartier, les habitants ne disposent pas d’équipement sanitaire et sont donc obligés de faire leurs besoins sur les bas-côtés des chemins. Il a remercié EDS pour son initiative et a confirmé que le début d’une solution consiste en un changement de mentalité. Les personnes de bonne volonté se démotivent par ceux qui ne se sentent pas concernés. C’est pourquoi José Nganga plaide pour la remise en fonction d’équipes de contrôle sanitaire qui pourraient sanctionner les pollueurs.

Enfin, il y a eu l’intervention de Monsieur Ntabwe qui était candidat aux élections parlementaires. Il n'a pas été élu, selon lui, parce que plusieurs électeurs ont vendu leurs voix à des candidats qui depuis lors n’habitent plus la commune. Et c’est ainsi, nous dit Monsieur Ntabwe, qu’aucun représentant politique ne connait la réalité du terrain. Il préconise de mandater EDS par manque de représentants élus du quartier afin qu’elle puisse défendre les intérêts de la population auprès de l’Etat.

En fin de réunion, le chef de quartier de Matadi a offert son soutien moral à EDS tout en promettant un soutien logistique.

Les résolutions

C’est à la clôture de cette réunion à laquelle ont participé de nombreux spectateurs que les résolutions suivantes ont été adoptées :

  1. Les chefs de quartier reconnaissent le besoin de s'impliquer dans les actions d’EDS : la sensibilisation de la population, prise de mesures préventives et la répression des pollueurs. Du matériel de récolte des immondices sera mis à disposition.
  2. Les acteurs des brigades de santé expriment le souhait d’une inspection sanitaire qui permettrait de sensibiliser la population aux conséquences de la pollution et le cas échéant de sanctionner les contrevenants.
  3. Les membres d’EDS se mettent d’accord sur les points à promouvoir auprès des décideurs politiques afin d’améliorer le quotidien de la population des quartiers.

Les membres qui font partie du noyau du comité de santé ont pu, pour la première fois, exprimer publiquement leur vision. Le résultat encourageant a motivé les membres des comités avoisinants présents à également organiser une action publique similaire dans leurs propres quartiers. Voilà donc une action bien menée qui fera des émules !

 

Traduit par: 

Pierre Plouvier

 

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