09/09/15

De retour à l'école? Assurez-vous d'abord qu'elle existe encore!

Le 1er septembre, beaucoup d'enfants sont attendus pour leur premier jour d'école. Evident, pensez-vous, mais pas pour un demi-million d'enfants palestiniens. Le début de leur année scolaire a presque dû être reporté par manque de moyens. Même maintenant que des moyens complémentaires ont été dégagés, la situation est pire que jamais pour les enfants.
Tout le monde sait que d'ici quelques mois ou un an, une nouvelle crise frappera à la porte

“Avec 101 millions de déficit, nous sommes submergés.” alertait l'UNRWA juste avant l'été dans un communiqué de presse par lequelle elle annonçait devoir réduire ses effectifs. Déjà en janvier, elle avait dû interrompre son programme d'aide aux habitants de Gaza dont la maison avait été détruite, par manque de moyens. A présent, 500 000 enfants de réfugiés palestiniens risquent d'être délaissés.

L'UNRWA est l'agence des Nations Unies en charge de l'accompagnement des réfugiés palestiniens. À l'origine, son but était de fournir un accueil temporaire, jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée pour des milliers de réfugiés palestiniens qui avaient dû fuir après la création de l'Etat d'Israël. L'ONU avait voté une résolution qui octroyait à ces réfugiés le droit de retourner dans leur région d'origine et l'UNRWA devait y contribuer.
Cependant, nous voilà 67 ans plus tard et la situation des réfugiés palestiniens est plus grave que jamais. Ils vivent dans des camps dans des pays voisins et bien sûr ils représentent la plupart des habitants de Gaza.

Une crise annoncée

L'UNRWA dénonce depuis longtemps déjà qu'elle se voit confier toujours plus de responsabilités humanitaires et des moyens insuffisants pour les réaliser. Mais jamais, cependant, l'activité principale de l'UNRWA – pourvoir à l'enseignement des enfants – n'a été aussi menacée. Même Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies, a émis un appel émouvant à épauler les Palestiniens. Entretemps, 80 millions de dollars ont été récoltés et l'école a pu faire sa rentrée. Mais tout le monde sait que ce n'est qu'une question de mois pour qu'une nouvelle crise vienne frapper à leur porte.

Pierre Krahenbuhl, Commissaire général de l'UNRWA, identifie deux causes spécifiques aux problèmes actuels: 560 000 réfugiés palestiniens vivaient en Syrie et seulement une petite partie d'entre eux faisait appel à l'aide de l'UNRWA. En Syrie, les réfugiés palestiniens étaient bien accueillis et la plupart avaient du travail et pouvaient pourvoir à leur propre entretien. Aujourd'hui, 95% des réfugiés palestiniens en Syrie font appel à l'aide de l'UNRWA. Les Palestiniens sont à nouveau les premières victimes de la crise car ils n'ont nulle part où aller.

C'est aussi comme cela à Gaza. Krahenbuhl: “J'ai rencontré tellement de gens à Gaza qui avaient un travail, qui pouvaient même employer 10 à 50 personnes dans leur entreprise et qui assuraient leur propre subsistance. Aujourd'hui, ils sont tributaires de la distribution de nourriture par l'UNRWA. Et cela à cause du blocus de Gaza qui perdure.”

Une situation qui devient encore plus grave

Les écoles réouvrent leurs portes début septembre. Mais et si votre école n'existe plus? A Gaza, 327 écoles ont été détruites partiellement ou entièrement l'an dernier. Aucune école n'a été reconstruite depuis.
Beaucoup d'écoles à Gaza servent encore à fournir un toit à des milliers de familles dont la maison a été détruite. Où peuvent-elles aller? Où en est la reconstruction? Nulle part.

Une tâche impossible attend les enseignants: des classes surpeuplées et un manque total d'infastructures et de moyens.
Mais également une situation de siège permanent et d'agression rend leur travail impossible. Les familles vivent dans la pauvreté, la situation est sans issue. Dans ces conditions, pourquoi encore aller à l'école?

Le journal britannique The Telegraph a réalisé un reportage poignant sur les enfants de Gaza. Des centaines de milliers d'enfants sont encore en état de choc, ont peur en permanence, font des cauchemars et ne sont pas en état d'aller à l'école normalement. Y a-t-il des moyens pour les soutenir? Non, au contraire.
Ban Ki Moon a évoqué la dignité du peuple palestinien, compromise par la crise de l'UNRWA. Mais quelle dignité peut-on offrir aux Palestiniens si on ne leur donne pas le droit élémentaire de bâtir un avenir? The Telegraph a interviewé une adolescente de 15 ans, Diana, qui a été blessée à la jambe. Diana a toujours voulu devenir médecin, mais désormais elle ne va plus à l'école et ne peut plus quitter la maison à cause de ses blessures. Sa mère est morte pendant les bombardements. Sa maison a été partiellement détruite.

Pas de mains innocentes

L'Union européenne se targue d'avoir pu éviter la crise grâce à ses efforts. Mais est-ce une raison d'être fiers de nos politiciens?
L'Europe offre quelques millions d'euros à l'UNRWA mais, dans le même temps, elle ne fait rien pour rappeler à l'ordre Israël, qui provoque cette crise humanitaire à Gaza. Pire encore, des sociétés militaires israéliennes, comme Elbit, reçoivent de généreux subsides européens pour la Recherche & Développement. Le cours des actions d'Elbit a augmenté de 6 % pendant le conflit à Gaza.
Des entreprises européennes font du profit grâce à la livraison d'armes à Israël: les drones qui surveillent et bombardent les habitants de Gaza viennent entre autres de Birmingham, les avions sont produits en Italie, les sous-marins qui gardent les eaux côtières de Gaza sont livrés par l'Allemagne. La Belgique produit des munitions et des composants de systèmes de surveillance.

 

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