03/09/13

Des jeunes palestiniennes en visite chez nos partenaires philippins

Somod en Nagham (20 ans) sont des étudiantes palestiniennes vivant à Jérusalem, actives au sein du réseau des jeunes des Health Work Committees, un partenaire de M3M en Palestine. Dans le cadre d'un échange Sud-Sud que M3M a organisé, elles ont passé un mois chez nos partenaires aux Philippines.
Nous réalisons maintenant que nous sommes plus fortes que nous ne le pensions.

Le but premier de leur visite était d'échanger leurs expériences et de renforcer les liens de solidarité avec les Philippines. Les deux jeunes filles ont été frappées par les conditions de vie déplorables mais aussi par la force de la population philippine. Elles ont également pu se rendre compte des similitudes qu'il y avait dans leurs luttes.

Une visite de solidarité durant un mois aux Philippines pourrait être considérée comme trop courte pour Somod et Nagham étant donné que c’est leur premier voyage dans le pays et qu’elles n’avaient aucune connaissance du pays et de son peuple. Mais après un mois de découvertes des Philippines au travers de sa population, de la situation sur place et de ses luttes, toutes deux ont admis, « Nous avons été changées par notre expérience ici aux Philippines. Quand nous retournerons en Palestine, nous serons des femmes nouvelles. » Les Philippines sont un monde assez différent pour elles. « De nouvelles personnes, une culture et une nourriture différentes, …notre expérience ici est unique » dit Nagham. « Une chose qui est vraiment unique aux Philippines – et nous, Palestiniens, nous pourrions nous en inspirer - est que les gens ici sont toujours souriants, ils sont souriants partout, ils sont souriants au milieu d’une calamité, ils sont souriants pendant la lutte. » ajoute Somod.

Expériences bouleversantes

Le 21 août, Manille a été dévastée par les pluies de mousson apportées par un typhon causant de très grandes inondations dans certaines parties de la métropole. Les deux étudiantes ont alors rejoint les volontaires de l’organisation de femmes, Gabriela, en distribuant des biens de première nécessité aux victimes du typhon dans un centre d’évacuation à Quezon City. Toutes deux ont été profondément touchées par la vue de personnes recroquevillées sur elles-mêmes de froid et de faim, « J’étais tellement triste parce que je savais que ce que je faisais n’étais pas assez pour alléger leur souffrances » déplore Nagham.

L’expérience directe de la pauvreté aux Philippines a permis aux deux étudiantes de réellement ouvrir les yeux sur la réalité du pays. Pendant la première semaine, elles ont visité un village de la petite ville de Calatagan dans la province de Batangas où les habitants résistent contre la démolition de leurs maisons. Quelques jours après, elles ont été dans un bidonville à Tondo à Manille et ont vécu là pendant quelques jours. Tondo est une des zones de Manille où il y a une concentration de familles pauvres urbaines. La démolition fait partie intégrante de leur lutte quotidienne ici, sans parler des autres problèmes sociaux tels que le chômage, la malnutrition, la faim et la criminalité. « Nous avons appris que les Palestiniens ne sont pas les seuls à vivre dans la pauvreté, nous en avons vu beaucoup pendant notre séjour ici aux Philippines », dit Somod. Il n’était pas difficile pour elles de voir l’immense disparité sociale qui existe dans la société Philippine. La première chose qui les a frappées lorsqu’elles sont arrivées dans le pays était la vue d’une famille vivant sous un panneau publicitaire promouvant une marque de parfum de luxe.

Elles disent que le gouvernement philippin est insensible à la pauvreté de la population. L’accusation n’est pas sans fondements. Un matin, le parti Gabriela les a invitées à la délibération annuelle du budget au Parlement. Pendant la session, elles ont été choquées d’entendre un parlementaire demander un budget pour acheter une nouvelle voiture.

Le contraste entre une famille sans domicile devant vivre sous un panneau publicitaire et un politicien demandant au gouvernement un budget pour acheter une voiture leur a montré la dure réalité sociale aux Philippines où l’écart grandissant entre les riches et les pauvres a atteint un niveau des plus détestables. Il ne leur a pas échappé que pendant que la majorité des Philippins vivaient dans la pauvreté, les membres du gouvernement dépouillaient sans gêne le coffre du gouvernement.

Contestastions communes

Le 26 août, elles ont été témoins de la manière dont l’indignation des Philippins à propos de la corruption s’est transformée en une manifestation regroupant des dizaines de milliers de personnes toutes en colère par rapport au pillage systématique de l’argent des contribuables par les élus du gouvernement. Elles se sentent solidaires du peuple philippin et de sa lutte contre la corruption gouvernementale. Le peuple philippin et le peuple palestinien ont des problèmes en commun tels que les démolitions, le chômage, l’existence de prisonniers politiques, l’intervention américaine, l’insensibilité gouvernementale et la pauvreté.

Somod: « Les Palestiniens sont actuellement en train de protester contre le Plan Prawer qui cherche à expulser plus de 40.000 Bédouins et à démolir environ 50 villages pour construire de nouvelles communautés juives dans le désert du Negev. Les Palestiniens sont maintenant en train de préparer « une journée de rage » à l’encontre du Plan Prawer qui est maintenant en train d’être préparé par le gouvernement d’occupation israélien pour la troisième et dernière lecture qui le transformerait en loi. »

« Les conditions socio-économiques sont pires dans la bande de Gaza où la majorité de la population vit dans une pauvreté abjecte. Le nombre de prisonniers politiques en Palestine est choquant. En 2013, nous avons un total de 4.812 prisonniers politiques » dit Nagham.

« Et tout comme aux Philippines, l’intervention américaine est la source de tous ces problèmes en Palestine. Nous avons appris que l’armée américaine tend à utiliser les Philippines comme sa base contre la Chine. En Palestine, l’Amérique soutient et finance le gouvernement d’occupation israélien pour la suppression de la lutte du peuple palestinien, » ajoute Somod.

“Poursuivez la lutte, c'est votre droit”

« Pendant notre séjour, nous avons appris une très importante leçon aux Philippines : nous avons réalisé que nous étions plus fortes que nous ne le pensions. Chaque individu possède une force en lui et si toutes ces forces sont unifiées, cela fera une différence. Nous devons défendre notre lutte. Ne pas avoir peur de se battre.»

Elles ont déjà mis en place des plans d’actions pour leur retour en Palestine, «  Nous allons organiser des travaux de groupes à propos des Philippines, nous planifions aussi de faire un film et de publier un magazine à propos de notre expérience dans le pays. Nous allons essayer de prendre contact avec des Philippins travaillant à Jérusalem. Nous allons utiliser les réseaux sociaux pour rester solidaires avec nos partenaires aux Philippines, » promet Nagham.

Elles ont mis l’accent sur l’importance de construire des liens de solidarité avec des organisations alliées au niveau international tout en déplorant la manière dont les réseaux médiatiques internationaux transforment la réalité en Palestine : « En solidarité avec la lutte du peuple palestinien, nos organisations partenaires peuvent mobiliser des manifestations envoyant des messages forts à l’encontre de l’occupation israélienne, partager notre lutte au travers des réseaux sociaux, boycotter l’occupation et éduquer la population afin de la conscientiser. »

Leur message au peuple philippin : « Continuez de vous battre, c’est votre droit; personne ne peut enlever au peuple l’esprit de la lutte. »

Interview par Andrew Aytin, collaborateur M3M au bureau régional aux Philippines

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