28/06/13

Diego Martinez défend les droits de l'homme auprès de politiciens flamands

Le 29 et le 30 mai, nous avons reçu Diego Martinez en Belgique, avocat colombien des droits de l'homme. Au programme en Belgique : des rencontres avec des associations, des politiciens, et bien sûr des membres d'intal. Nous avons profité de sa visite pour nous rendre au Parlement flamand - après notre action d'urgence d'avril - pour demander aux parlementaires de ne pas approuver le Traité de libre-échange entre l'Europe, la Colombie et le Pérou.

Au sein du Parlement flamand, nous avons été reçus par le CD&V (le CHD flamand) pour un déjeuner de travail où la Présidente de la fraction, Sabine Poleyn, ainsi que les représentants Johan Verstreken, Paul Delva et Ward Kennes étaient présents. Tous sont membres du Comité des Affaires étrangères du Parlement flamand, et donc impliqués dans le dossier. Après une brève introduction de notre organisation et du travail réalisé dans le cadre de la campagne, (entre autre l'action d'avril, organisé par intal), la parole a été donnée à Diego.

Traité de libre-échange : une menace pour les droits de l'homme

Diego Martinez répète que cet accord de libre-échange est une menace vu les répercussions négatives sur la population : menace pour le développement local, la santé, l'environnement, les droits politiques et sociaux (cf. dans l'article 'Comprendre l'Accord de Libre-échange'). D'ailleurs, ce traité renforce les secteurs où de nombreux crimes se produisent déjà : le secteur de l'industrie de palme, le secteur minier, … Les secteurs où il y a une présence claire des paramilitaires.

L'avocat colombien souligne également que l'approbation de cet accord, au moment où se déroulent les négociations de paix, est un très mauvais signal envoyé au gouvernement colombien. A l'agenda des tables de négociations, la structure économique du pays est justement remise en question ainsi que l'utilisation des terres (le premier point de l'agenda des négociations). Une approbation à un moment si crucial serait fatal pour ce processus. Il est vrai qu'un consensus par rapport à l'utilisation des terres a été trouvé, mais Diego insiste sur la nécessité d'un accord portant sur tous les points pour que l'on puisse parler d'un véritable accord. Il est donc trop tôt pour se réjouir.

Diego poursuit son exposé en présentant la situation alarmante des droits de l'homme en Colombie. En Europe, nous avons l'impression que la situation s'est nettement améliorée depuis que le président Santos est au pouvoir. Rien n'est moins vrai.

Fuero penal militar

Les mouvements sociaux et de défense des droits de l'homme avaient obtenu que les soldats, responsables de crimes et de violation des droits de l'homme, soient jugés par un tribunal civil. En décembre de l'année dernière, la réforme du "Fuero penal militar" a été votée : des soldats impliqués dans des violations des droits de l'homme doivent, ou mieux peuvent, de nouveau être convoqués et jugés devant un tribunal militaire au lieu d'un tribunal civil. Ceci est un pas en arrière alors vers plus de impunité.  

Poursuite et intensification de la répression

Le 26 mai, 14 dirigeants locaux et des leaders d'organisations paysannes de La Uribe, El Meta, ont été arrêtés par l'armée. L'armée n'a pourtant pas le pouvoir d' arrêter des gens, et c'est clairement un x-ième exemple d'intimidation des mouvements sociaux. Les leaders communautaires ont participé activement à la résistance contre un projet d'une multinationale. Les organisations des droits de l'homme trouvent qu'il est paradoxal que les arrestations et la répression des mouvements sociaux augmentent au moment de la signature des TLC d'une part et des négociations de paix d'autre part..

Diego Martinez est également très préoccupé par l'utilisation de drones par l'armée colombienne. Auparavant, il y avait une définition claire par rapport aux cibles potentielles : des «citoyens» et «militaires», des «combattants» et «non-combattants». Maintenant, l'armée a introduit une nouvelle catégorie de «civiles hostiles» (citoyens hostiles), en provoquant une grande confusion sur qui est ciblé. De plus, ce serait l'armée qui définirait si un citoyen est considéré comme hostile ou non. Ceci est un désastre pour les mouvements sociaux et les organisations paysannes qui sont actifs dans les régions de conflit.

(Re)Action

La Chef de groupe du CD&V, Sabine Poleyn trouvait judicieux de remettre en question le « timing » du vote du TLC, au vu de notre exposé, et veillera avec son parti s'il sera possible de faire et faire voter une résolution pour demander de post-poser le vote jusqu'à ce que de plus amples informations soient disponibles au sujet des négociations de paix.

Dans l'après-midi, nous avons eu une réunion avec le dirigeant du Parti socialiste flamand (sp.a) Bart Van Malderen. Celui-ci n'est idéologiquement pas opposé au libre-échange. Son parti est au gouvernement pour le moment, donc il voit impossible de voter contre cet accord de libre-échange si celui est proposé par le gouvernement. Cette position est en contradiction avec ses collègues europarlementaires Saïd El Khadraoui et Kathleen Van Brempt qui ont voté contre l'accord le 11 décembre 2012 au Parlement Européen. Quel raisonnement étrange ou quel positionnement étonnant, n'est-ce pas ? Par contre, Bart Van Malderen a trouvé l'idée de faire voter une résolution pour post-poser le vote pertinente.

Nous avons terminé notre journée par une rencontre avec des membres d'intal.

 

Lire plus sur les négociations de paix sur intal:

Savoir plus sur la campagne ? Visitez la page de campagne 'Libre-échange, libre pour qui?'

 

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