03/01/19

DOSSIER: Que faire avec mille milliards de dollars?

De nouvelles recherches montrent que les gouvernements laissent filer chaque année plus de mille milliards de dollars, en raison d’avantages injustifiés accordés aux entreprises et de fraudes fiscales gigantesques. Ce document signé Health Poverty Action, People’s Health Movement et Viva Salud vous fera découvrir des voies alternatives.
Mille milliards de dollars permettraient de quadrupler le budget des soins de santé pour la moitié de la population mondiale

L’enquête complète (en anglais) est à lire ici

Nous vous proposons ci-dessous un résumé en français.

“Une autre voie à suivre : priorité aux gens, pas aux entreprises”
Recherche : Mark Curtis, Curtis Research
Rédaction : Natalie Sharples, Health Poverty Action

Résumé

Quelles que soient nos différences, nous, êtres humains, souhaitons tous la même chose : un toit au-dessus de notre tête, un lit chaud, une alimentation saine et l’accès à la santé en cas de besoin. Lorsque nos besoins de base sont satisfaits, nous sommes libres de réaliser pleinement notre potentiel, de vivre et d’aimer, avec la protection de notre famille et de notre environnement.

Nous y avons tous droit, qui que nous soyons et où que nous vivions. Ce sont nos droits humains.

Mais à travers le monde, des gouvernements privent les gens de ces droits. En Afrique sub-saharienne, près de la moitié des femmes n’ont pas accès aux soins après un accouchement. Au Royaume-Uni, quatre millions de personnes ont des difficultés à nourrir leur famille et une personne sur deux cents n’a pas de logement.

Dix ans après la crise financière mondiale, qui avait mis à nu les échecs dramatiques de la politique néolibérale, les autorités continuent à faire le choix de privilégier les grandes entreprises plutôt que la population et les services publics. De nouvelles recherches dans ce dossier montrent que les gouvernements laissent filer chaque année plus de 1000 milliards de dollars. C’est un million de fois un million. Cet argent provient entre autres :

  • des sommes que les gouvernements offrent aux entreprises – subsides aux banques, aux énergies fossiles et aux industries agricoles, réductions d’impôts et baisses du précompte professionnel, permettant aux entreprises de réaliser d’énormes bénéfices
  • des sommes que les entreprises détournent en échappant à l’impôt (avec la complicité des gouvernements)

Ces mille milliards proviennent de :

  • $500 milliards : évasion fiscale des grandes entreprises
  • $122 milliards : bénéfices excessifs des grandes entreprises
  • $11 milliards (au minimum) : pêche illégale
  • $374 milliards : subsides aux énergies fossiles
  • $40 milliards : subsides à l’agriculture

Au Royaume-Uni, un ménage à bas revenu sur quatre a des difficultés à acheter de la nourriture. Mais en 2012-2013, le gouvernement britannique a offert 93 milliards de dollars aux entreprises britanniques, sous forme de prêts, de subsides et de diminutions d’impôts. Cela revient à 3.900 € par ménage britannique.

La moitié de la population mondiale n’a pas accès aux soins de santé essentiels et cela concerne en grande partie la population d’Afrique sub-saharienne. En même temps, des entreprises (souvent étrangères au continent) peuvent détourner chaque année quelque 35 milliards de dollars sur les impôts payés par les citoyens africains.

Ce détournement des moyens contribue fortement aux violations des droits humains de par le monde. Ces mille milliards de dollars pourraient financer six fois le système public de santé en Grande-Bretagne ou quadrupler le budget des soins de santé pour la moitié de la population mondiale.

Il ne s’agit pas que d’argent. La nature nous fournit la base pour une vie en bonne santé. Pour pouvoir jouir d’une bonne santé, il faut respirer un air pur, boire de l’eau potable et disposer de terres fertiles pour nourrir nos familles.

La pression des grandes entreprises est une menace pour nous tous. Les gouvernements leur permettent de polluer fleuves et océans, de perturber le climat et de se livrer à des déboisements et des pêches illégales. On permet aux entreprises de tirer profit des ressources naturelles collectives et de les détruire.

Cela se passe à l’échelle mondiale

Les violations des droits humains ne connaissent pas de frontières. Partout dans le monde, les gens sont privés de leurs droits - en Afrique et en Asie, cela se passe à plus grande échelle. Mais les gouvernements européens et nord-américains en portent la plus grande responsabilité. Ils permettent à leurs entreprises d’échapper à l’impôt dans les pays les plus pauvres de la planète, leur accordent des subsides indus et sont donc parmi les premiers responsables du changement climatique.

Au cours des quarante dernières années, de nombreux gouvernements ont choisi des politiques néolibérales, comme privatiser d’importants secteurs industriels, faire des économies dans les services publics et libéraliser le commerce. Les règles pour les entreprises ont été assouplies et la priorité a été donnée aux bénéfices, souvent avec l’argument que ces bénéfices « ruissèleraient » sur tout un chacun. Mais comme le montre l’ampleur de la misère et de l’inégalité à travers le monde – un monde où les huit personnes les plus riches possèdent autant que la moitié de la population mondiale – ce n’est pas ce qui s’est passé.

Les Alternatives

Cela ne peut plus durer. La misère et les problèmes de santé sont dus à une série de choix faits par les puissants, selon les priorités qu’ils fixent eux-mêmes.

Mille milliards de dollars permettraient de :

  • Quadrupler le budget des soins de santé pour la moitié de la population mondiale
  • Financer six fois le système de santé britannique
  • Multiplier par sept le budget mondial d’« aide » au développement
  • Fournir un filet de sécurité sociale à 700 millions de personnes dans 57 pays à bas revenu
  • Multiplier par quatre les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables
  • Ou annuler la totalité de la dette publique des pays les plus pauvres

En exigeant d’autres priorités, nous pouvons envisager d’éradiquer la misère, de protéger la nature et de permettre aux gens partout dans le monde de vivre de façon saine et prospère. Nous devons exiger de nos gouvernements et des institutions internationales qu’elles changent radicalement l’orientation de notre économie en donnant priorité aux droits humains, à l’enrichissement de la vie humaine et à la protection de notre maison commune. Les autorités doivent :

  • Redéfinir leurs priorités : se consacrer à ce qui est vraiment important – la santé et le bien-être, au lieu d’une obsession aveugle sur la croissance économique
  • Réparer les dégâts : imposer aux entreprises qui violent les droits humains d’arrêter leurs pratiques
  • Repartager les richesses : donner aux citoyens les ressources qui leur reviennent, au lieu de les détourner au profit des entreprises
  • Respecter les droits humains : réaliser ce nouveau programme aiderait à garantir les droits économiques et sociaux de tous les citoyens du monde.

La totalité de la recherche est à lire ici

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