10/05/11

Dragones, un quartier en bonne santé au cœur de La Havane

La casa comunitaria, la maison du projet de santé créée avec l'aide de M3M!

En plein cœur de la commune de Centro Habana, dans le quartier Dragones et au milieu de la rue San Rafael, se trouve une maison : la “casa comunitaria”, littéralement “maison communale”. C’est la maison du projet de santé créé ici il y a plus de dix ans avec l’aide de Médecine pour le Tiers Monde. Dans cette maison très particulière, je rencontre un homme très particulier : Gilberto Barrial Soto, “Barrial” pour les intimes. Comme beaucoup de Cubains, il se fait appeler par son nom de famille.

Barrial est le chef de quartier par excellence à Dragones. Il est âgé de 72 ans et après une mise à la retraite précoce comme fonctionnaire aux forces armées, il a été choisi comme représentant de la commune. Pendant huit ans, il a même été le président élu du conseil populaire de Dragones, autrement dit une sorte de bourgmestre. Depuis, il fait du bénévolat pour le projet de santé du quartier.

« C’est un quartier très spécial », raconte Barrial, « à très forte densité de population. Officiellement, 32.000 personnes y vivent sur 0,5 km², sans parler des quelques 10.0000 illégaux originaires surtout des provinces orientales, qui viennent tenter leur chance ici, dans toutes sortes de boulots informels. A l’origine, le quartier était prévu pour 8000 habitants. 60 à 70% des habitations sont en mauvais état, ce qui cause de nombreux problèmes d’hygiène et de santé.  Il fallait y faire quelque chose, et Mayda m’a 'attrapé avec son lasso' », raconte Barrial en riant.

Mayda, c’est le Docteur Mayda Guerra, le moteur de ce projet. Elle intervient: « Notre première tâche consistait à identifier les leaders de la communauté, ceux qui avaient des idées pour le quartier et qui voulaient les mettre en pratique, sur base de volontariat.” Il s’agissait de personnes connaissant bien le quartier, de leaders formels comme informels. Ils devaient non seulement connaître les problèmes, mais surtout détecter le potentiel humain capable de les prendre en charge.

De la collecte des poubelles à la promotion de l’art

« Le premier problème cité était celui des détritus dans la rue », se rappelle Barrial. « En accord avec les CDR (Comités de Defensa de la Revolución, c'est-à-dire les comités populaires des quartiers) et le Conseil populaire, nous avons mis sur pied un système de ‘balayeurs de rues de quartier’. Chaque balayeur de rues vit dans le quartier qu’il nettoie ; il a ainsi un meilleur contact avec les habitants et peut compter sur leur collaboration. »

Un deuxième problème était l’état lamentable de la plupart des habitations. Le projet pouvait stimuler les gens à prendre en charge la rénovation de leur maison avec de l’aide : le CDR local pouvait obtenir du matériel de construction et de rénovation bon marché pour les habitants du quartier. Maison par maison, bloc par bloc, le quartier a été rafraîchi et la Calle Perserverancia est désormais interdite aux voitures : fraîchement repeint, orné de slogans sanitaires et de peintures murales sur les maisons.

Ces peintures murales sont l’œuvre d’artistes renommés, que l’on a fait venir à Dragones pour un projet artistique spécial. “Nous avons mis sur pied nos propres atelier et galerie d’art dans le quartier”, raconte Barrial non sans fierté. “Nous avons prêté une maison abandonnée, à moitié sous eau et tout à fait en ruine à un groupe d’artistes du quartier, à condition qu’ils la remettent en état eux-mêmes et en fassent quelque chose d’utile pour le quartier. Ils y organisent à présent non seulement des expositions, mais aussi des ateliers pour les enfants des écoles du quartier. Des étudiants de différentes écoles d’art apportent leur aide, et les peintures murales en sont un des résultats.”

La maison communale comme catalyseur de l’'empowerment'

Gilberto Barrial raconte encore l’histoire de son ami Carlos, un retraité du Ministère des Affaires intérieures. « Carlos est tombé gravement malade, un cancer, il ne lui restait plus que trois mois à vivre, comme on le lui avait dit à l’hôpital spécialisé Hermanos Almeijeiras. Pour le temps qui lui restait, Carlos s’est mis a énormément lire, mais... son état s’est amélioré. Il a alors voulu faire quelque chose pour son quartier avec tous ces livres. Avec l’aide du projet, il a créé une petite bibliothèque locale, dans un vieux bâtiment qu’il avait d’abord lui-même retapé. La bibliothèque abrite désormais différents projets, notamment pour les enfants avec des difficultés d’apprentissage et les jeunes désœuvrés du quartier. ”

Mayda souligne une fois encore le rôle central que joue la 'casa comunitaria', dans toute cette dynamique de quartier : “En tant que lieu de rencontre, cette maison a permis d’identifier les leaders locaux. Le centre sert à la fois de promoteur, de facilitateur, de coordinateur. Nous réunissons à chaque fois des groupes de 10 à 15 personnes pour analyser ensemble les problèmes du quartier. Notre but n’est pas de reprendre les tâches du Conseil populaire ou des CDR, mais nous proposons des formules, des méthodes pour stimuler la participation et la mobilisation locale. Le brainstorming est suivi de la mise sur pied d’un plan d’action, qui est ensuite mis en route, contrôlé, évalué. Il s’agit en fait d’'empowerment' de la communauté , et n’est-ce pas là l’essence même d’une révolution ?”

Remerciements à Claire Obolensky pour la traduction.

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