30/08/17

Israël exerce un régime d'Apartheid - Interview avec Richard Falk

Le professeur américain Richard Falk a récemment publié un rapport indiquant qu'Israël est un état d'apartheid. Sous pression, son rapport a été immédiatement retiré. Le 16 septembre, nous l'invitons à un débat durant le festival solidaire de ManiFiesta. Véronique et Aneta de Intal lui ont posé des questions.
Il est devenu terriblement trompeur de continuer à défendre une « solution à deux États » et il n’est absolument pas suffisant d’exiger « la fin de l’occupation »

Richard Falk est professeur de droit international aux États-Unis. Il fut envoyé spécial des Nations Unies pour les territoires occupés palestiniens pendant de nombreuses années.

En mars, vous aviez publié un rapport où vous constatiez qu’Israël est un État d’apartheid. Ce rapport a fait beaucoup de bruit. Que s’est-il passé ?

Richard Falk. La Commission économique et sociale pour l’Asie de l’Ouest (Escwa) des Nations unies nous avait mandatés pour enquêter afin de savoir si Israël se rend coupable envers la population palestinienne d’apartheid, telle que cette notion est définie par le droit international dans la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid de 1973. C’était un travail d’enquête politiquement indépendant que j’ai effectué avec Virginia Tilley, une chercheuse en sciences politiques renommée et experte mondiale de l’apartheid. Notre enquête a conclu qu’Israël exerce de manière structurelle une domination et une discrimination raciste sur la population palestinienne, qu’il divise celle-ci en groupes et l’opprime pour tenter de maintenir un État juif en l’état.

Des diplomates des États-Unis et d’Israël ont exigé le retrait immédiat de notre rapport et la distanciation de l’ONU par rapport à celui-ci pour « bashing anti-Israël », et ce sans même l’avoir examiné. Le directeur exécutif de la Commission Rima Khalaf était abasourdi et a présenté sa démission. Les 18 ministres qui font partie de la Commission ont tous signé notre rapport avec la demande que l’on tienne compte de nos recommandations pour les futures actions de l’ONU concernant Israël et la Palestine. Finalement, ça a donné à notre rapport dix fois plus d’attention internationale qu’il n’aurait obtenu sans cela.

[Lisez le rapport complet ici]

Avez-vous aussi rencontré cette sorte d’opposition à l’époque où vous étiez rapporteur spécial des Nations unies, jusqu’il y a trois ans ?

"Absolument. J’ai été continuellement taxé d’antisémite et même de « juif détestant les juifs » – je suis en effet né dans une famille juive américaine. J’ai été l’objet de ces accusations parce que j’ai tenté de constater de la manière la plus objective possible les violations par Israël du droit humanitaire international dans son occupation de la rive ouest, Jérusalem et Gaza, ce pour quoi j’étais mandaté par les Nations unies."

Quel est exactement le problème ?

"Cela fait 70 ans que l’Assemblée générale des Nations unies a proposé un partage et 50 ans qu’Israël a pris le contrôle des territoires palestiniens de la rive ouest du Jourdain, de Jérusalem-Est et de Gaza. La diplomatie d’Oslo, qui avait été présentée comme la voie d’une solution pacifique par laquelle les deux peuples pourraient vivre dans une paix durable, s’est avérée une illusion, surtout en défaveur des Palestiniens. Israël continue à s’emparer du territoire qui est destiné à un État palestinien en développant continuellement son archipel de colonies illégales sur la rive occidentale du Jourdain et à Jérusalem-Est, et en construisant un réseau de routes « seulement pour Israéliens » et un mur de séparation, également illégal, qui crée toute une série d’enclaves. Ces dernières décennies, les Palestiniens ont dû subir quotidiennement une succession de mauvais traitements, qu’ils vivent sous occupation, comme les habitants de Jérusalem-Est, dans des camps de réfugiés, en étant la cible d’attaques régulières à grande échelle à Gaza, ou en tant que minorité discriminée en Israël. L’observation principale de notre rapport est que l’ensemble de ces circonstances correspond au plan légal à de l’apartheid, tel que ce crime international est défini dans la convention de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid et dans l’article 7 du Statut de Rome qui fixe le cadre légal de la Cour internationale de justice.

Avec notre rapport, nous réagissions à la situation actuelle dans laquelle la diplomatie semble gelée et qu’il semble ne plus y avoir le moindre espoir de mettre fin à aux souffrances des Palestiniens sans nouvelles formes de résistance active de ceux-ci et du mouvement mondial de solidarité qui se renforce de jour en jour. En fait nous disons, en nous basant sur le droit international, qu’il est devenu terriblement trompeur de continuer à défendre une « solution à deux États » et qu’il n’est absolument pas suffisant d’exiger « la fin de l’occupation ». Nous pensons que la position politique correcte au sein des Nations unies, des associations de la société civile et partout chez les personnes de bonne volonté, est d’exiger « la fin de l’apartheid »."

Vous évoquez de nouvelles formes de résistance active. C’est-à-dire ?

"Une des recommandations de notre rapport est de soutenir le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions à l’encontre d’Israël). C’est une initiative pacifique qui a été lancée par 171 organisations palestiniennes et qui lutte pour des droits égaux pour les Palestiniens. La campagne appelle à différentes formes de boycott à l’encontre d’Israël tant que cet État ne respecte pas ses obligations suivant le droit international. La campagne existe depuis 12 ans et gagne de plus en plus de soutien dans le monde entier. Cette campagne marche bien, donc Israël veut coûte que coûte briser ce mouvement en s’en prenant à ses activistes. Israël qualifie les sympathisants de BDS de « nouveaux antisémites », qu’il faut empêcher d’agir pour éviter des crimes nazis comme en 1930. Ce sont des accusations graves. C’est une lutte pour l’opinion publique qu’Israël est en train de perdre. En Afrique du Sud, c’est un boycott qui a mené de manière inattendue à la fin du régime raciste d’apartheid. Cela donne de l’espoir aux Palestiniens et fait peur à Israël et à ses partisans dans le monde."

Le gouvernement belge a récemment voté une résolution pour boycotter les produits des territoires occupés. Est-ce une bonne initiative ?

"C’est une initiative que je peux encourager, mais c’est une sorte de compromis libéral. C’est aussi la position favorite des groupes sionistes libéraux comme Peace Now, donc des groupes qui veulent un propre État juif. La mesure vise une solution à deux États sans porter beaucoup d’attention aux Palestiniens : que fait-on des réfugiés palestiniens, que fait-on des Palestiniens qui habitent en Israël et qui sont tous les jours discriminés en tant que citoyens de second rang ? On peut se réjouir de cette sorte d’initiatives tant qu’elles s’inscrivent dans un cadre plus large et dans la compréhension de l’injustice qui est faite tous les jours à la population palestinienne. Étendre cette sorte de mesures à un boycott général des exportations vers Israël serait préférable."

Voulez-vous être présent pour la rencontre avec Richard Falk et Alain Gresh? Venez  à ManiFiesta le samedi 16 septembre à 11 heures dans l'auditorium! Notre collègue de M3M, Fiona, modérera le débat.

 

Merci à Véronique et Anetha d'Intal pour cette interview.

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