20/12/10

Jérusalem : où les droits et l’identité entrent en conflit

Interview avec Daoud, coordinateur des jeunes du Centre Nidal.

Au Centre Nidal, les jeunes palestiniens à Jérusalem reçoivent des formations sur leur identité, leur histoire et leurs droits. Ce n’est pas un hasard, car à Jérusalem, les droits et l’identité sont fortement liés. Il n’est pourtant pas facile de sensibiliser les jeunes à défendre leurs droits dans une ville où ils représentent une minorité indésirable et où la survie est une priorité.

Ville partagée

En 1980, Israël proclama Jérusalem comme sa capitale unifiée et indivisible. Et c’est exact : beaucoup de choses sont faites pour effacer professionnellement la frontière entre Jérusalem-Ouest et la partie Est de la ville, annexée en 1967 par Israël. Le traitement inégal des habitants montre clairement le moment où vous avez franchi « la frontière » entre l’Est et l’Ouest. Vous le voyez aux habitations, à la façon dont les rues sont aménagées et à la présence militaire.

« Le Centre Nidal a changé ma vie »

 Depuis un an et demi, Daoud est le coordinateur des jeunes du Centre Nidal, l’encadrement des jeunes du Health Work Committees et organisation partenaire d'intal en Palestine. Daoud a grandi à Silwan, une commune de Jérusalem-Est, qui attire les médias internationaux ces derniers temps parce que 22 maisons vont être détruites pour y construire un parc touristique. Des dizaines de familles palestiniennes vont ainsi se retrouver à la rue.

Daoud : « La première fois que j’ai entendu parler du Centre Nidal, c’était par des amis. J’étais encore à l’école secondaire et passais mon temps dans la rue avec des amis. Pour la première fois de ma vie, je participais à des activités culturelles, grâce auxquelles j’ai appris plus de choses concernant mon identité et mon histoire. Je suivais également un entraînement en leadership, pendant lequel j’ai appris comment mieux communiquer avec les autres et comment exprimer mes opinions. Le Centre Nidal a changé ma vie. »

Quel impact a l’occupation sur les jeunes palestiniens et quel rôle joue le Centre Nidal ?

Les centres culturels sont très importants pour les jeunes de Jérusalem. Le Centre Nidal est un des plus grands centres pour jeunes, mais il y a un manque énorme. Avec ce que les jeunes voient dans les médias et avec la globalisation, ils perdent le contact avec leur identité. Les confrontations quotidiennes avec l’occupation ont également un impact fort sur les jeunes Palestiniens. La situation économique de la plupart des familles palestiniennes n’est pas bonne. Les jeunes ne peuvent pas participer aux activités, parce qu’ils vont travailler pour aider leur famille.

Daoud : « À l’école, les enfants palestiniens reçoivent un piètre enseignement. J’ai moi-même suivi l’enseignement secondaire dans une école communale pour les Palestiniens, contrôlée par les autorités israéliennes. Ils ne sont pas intéressés par un bon enseignement pour les Palestiniens. Chaque classe compte en moyenne 40 élèves. Personne n’investit dans les infrastructures. Dans de pareilles conditions, il est impossible de garantir un enseignement de qualité.

La violence de l’occupation nourrit aussi une culture de violence parmi les jeunes Palestiniens. L’occupation et leur mauvaise situation sociale et économique leur retirent toutes perspectives. De plus, il n’y a pas de gouvernement à Jérusalem pour les Palestiniens. Le rôle d’un mouvement de jeunes est très important pour leur faire prendre conscience de cela et changer leur comportement. Ils sont formés en tant que leaders et plus tard, vous les verrez prendre leur responsabilité à l’université et dans la société. »

Quel est ton rêve pour le Centre Nidal ?

« Mon rêve est que le centre puisse se développer, avoir une grande liberté, plus dans le centre de Jérusalem et les villages aux alentours. Je rêve que de plus en plus de jeunes puissent s’impliquer dans nos activités. Il y a tant de jeunes qui ne savent pas où aller et qui errent sans but. »

La fermeture du Centre Nidal par l’armée israélienne a dû être un fameux coup pour le fonctionnement ?*

« C’est le premier grand problème auquel nous avons dû faire face. Le Centre Nidal n’était pas seulement un endroit où nous organisions les activités et où nous tenions des réunions. C’était également un lieu de rencontre spontané où nous pouvions partager nos problèmes ainsi que les choses joyeuses de nos vies quotidiennes. Un tel endroit est crucial pour entretenir des contacts avec les gens. Maintenant, nous devons former nos jeunes ailleurs et trouver d’autres lieux pour nos activités. Heureusement qu’il y a beaucoup d’organisations et d’ONG solidaires. Ils mettent leurs salles à disposition lorsque c’est possible. Mais malgré toutes les marques de solidarité et actions de protestation contre la fermeture, ça ne sert pas à grand-chose contre l’occupation. »

Qu’attends-tu de la solidarité internationale ?

« Il est important que les Palestiniens continuent à se battre, mais dès le départ, ce conflit n’était pas uniquement entre le monde arabe et l’occupation. C’est un conflit international. La plupart des acteurs internationaux soutiennent encore des activités de l’occupation. Les problèmes auxquels les gens en Europe, comme en Grèce, sont confrontés sont imputés à cette même globalisation et à l'impérialisme. Il est important que nous réunissions nos pouvoirs pour affronter ce problème qui menace l’humanité.
J’espère que de plus en plus de personnes vont parler de la réalité ici afin de sensibiliser et mobiliser le monde pour le sort des Palestiniens. C’est important de continuer la campagne BDS pour mettre un terme à l’occupation et la mise à mort des gens. »

* Le Centre Nidal a été fermé en juillet 2009 par l’armée israélienne, sans raison et sans possibilité de contester cette affaire. L’ordre de fermeture allait jusque septembre 2010, mais a été entre-temps prolongé d’un an.

Traduit par: 

Fiona Closset

Photo by Sebastian Wallroth, Flickr, CC BY 2.0

 

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