04/05/17

L'identité nationale palestienne censurée au nom de la neutralité

Les manuels scolaires à destination des élèves ont toujours été sujets à contestation car utilisés par les différentes parties au conflit pour dicter, orienter ou tout simplement superviser le contenu de l'enseignement de la future génération palestinienne. Chaque camp accusent régulièrement l'autre de propagande nationaliste, de racisme et de déformation de l'histoire.
C'est un affront au peuple palestinien, à son histoire et à ses luttes!

Mi-avril 2017, c'était au tour de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (l'UNRWA) de lancer la polémique sur ce sujet sensible: Au nom du principe de “neutralité”, l'organisation onusienne s'est permise de retirer ce qu'elle appelle “des passages controversés” des manuels scolaires. A savoir toute référence explicite au conflit, aux colonies, aux soldats israéliens, aux violences exercées sur la population palestinienne, à Jérusalem comme capitale de la Palestine. Plus encore, cette censure va jusqu'à effacer une allusion au mur de séparation construit par Israël et jugé pourtant illégal par la Cour Internationale de Justice (CIJ)

Or, dans le cas palestinien, c’est l’Autorité palestinienne (AP) qui “dicte le contenu de l’enseignement, des manuels scolaires et des livres du maître, utilisés dans toutes les écoles palestiniennes”, qu’elles soient publiques, privées ou qu’elles relèvent de l'UNRWA. Ainsi, l'agence onusienne ne peut “que” transmettre des consignes aux enseignants déployés dans ses centaines d’établissements pour assurer le respect des valeurs et des principes des Nations unies. L’Autorité Palestinienne a vivement réagi en dénonçant “un affront au peuple palestinien, à son histoire et à ses luttes”.

La culture de normalisation avec Israël ne peut qu'éloigner la future génération palestinienne de la résistance à l'occupation. Cette stratégie est clairement supportée par l'Etat israélien dans son traitement de l'histoire dans les manuels scolaire des élèves palestiniens vivant sur son territoire – et notamment à Jérusalem, annexée depuis 1967. En supportant cette stratégie au nom de la neutralité, l'UNRWA ne fait que soutenir la stratégie israélienne d'affaiblissement du sentiment d'identité nationale de la jeunesse palestinienne.

Les jeunes en quête de leur identité nationale 

M3M et ses partenaires palestiniens considèrent que la perte d'un sentiment d'appartenance à sa communauté affecte la santé et le bien-être de la jeunesse palestinienne. Ensemble, nous avons donc décidé de nous pencher sur ce déterminant social de la santé et d'en faire l'une de nos priorités. Les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est, de Bethléem, Hébron mais aussi de la bande de Gaza se réapproprient leur culture à travers des manifestations culturelles multiples: visites de la vieille ville de Jérusalem, participation à des représentations de Dabkah (danse palestinienne), cours d'histoire de la Palestine, activités de volontariat pour renforcer la cohésion avec leur communauté, etc.

Le témoignage de Muna, 19 ans (Jérusalem-Est) montre combien sa participation au réseau Tawasul (réseau de jeunes de notre partenaire Palestinien) l'aide à reconstruire son sentiment d'appartenance identitaire palestinien: “Le réseau m'a permis de mieux comprendre et orienter mon identité nationale palestinienne et jérusalémite et cela grâce à ma participation aux visites touristiques en Palestine – et notamment dans la vieille ville de Jérusalem. J'ai pu parler de la véritable histoire de la Palestine et de Jérusalem-Est. J'ai été heureuse de participer à promouvoir l'identité culturelle palestinienne et de contribuer à la résistance contre l'occupation israélienne”. Plusieurs initiatives ont également été menées de manière commune entre les jeunes de Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Cela a permis aux jeunes de montrer leur engagement pour un mouvement social palestinien uni mais aussi de lutter contre la fragmentation géographique imposée par l'occupation.

En conclusion, la controverse liée à la décision de l'UNRWA d'adapter ses manuels scolaires pour les jeunes Palestiniens s'inscrit dans une volonté plus large de normalisation de l'occupation. Cette normalisation est combattue par le mouvement social palestinien dont nos partenaires font partie. Il est crucial de préserver l'identité palestinienne et de la transmettre aux futures générations. Pour que l'anormal ne devienne pas normal. Pour que l'impunité ne puisse pas triompher. Jamais.

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