07/05/13

Salvador : une réforme de la santé par le peuple, pour le peuple

La récente réforme de la santé au Salvador est une première en Amérique centrale car elle a décidé de donner priorité à la participation communautaire et à l'accès aux soins de santé. Elle voit le jour grâce au nouveau gouvernement et surtout à la Ministre de la santé, dont la tendance rompt avec celle des gouvernements conservateurs qui se sont succédés et ont tenté de privatiser le secteur de la santé, influencés par les grandes institutions financières.

Parallèlement au processus de libéralisation, sont apparus nombre de mouvements sociaux qui sont parvenus à le bloquer tout en mobilisant la population autour de la question du droit à la santé. Leur participation intégrante à la réforme témoigne aujourd'hui de leur succès.

 

La santé enfin reconnue comme un droit

Avec la réforme de la santé impulsée par le Ministère de la santé, et surtout par la Ministre de la santé, María Isabel Rodríguez, l'Etat reconnaît pour la première fois la santé comme un droit et un bien public, s'opposant ouvertement à sa commercialisation. La réforme met l'accent sur la participation citoyenne, avec la mise en place d'une “Politica Nacional de Participacion social en Salud”, qui cherche à promouvoir la participation active des acteurs sociaux dans les diagnostic, planification, exécution et contrôle des politiques de santé. L'Alliance citoyenne contre la privatisation des soins de santé, une plate-forme regroupant divers organisations et mouvements, a été chargée par le Ministère de créer et d'organiser des comités de santé locaux, composés de citoyens élus. Grâce à leur connaissance des réalités locales, ils sont plus à même de renseigner les problèmes de leur communauté et ainsi aider à planifier et améliorer les nouvelles politiques.

Les priorités de la réforme sont l'accès aux services de santé garanti pour tous et la prise en compte des déterminants de la santé. Elle vise donc à établir un réseau intégral et intégré de services de santé, en commençant par étendre les soins de santé primaires. L'approche est communautaire, avec la création d'équipes médicales se rendant dans les communautés afin d'éviter de saturer les hôpitaux et que les populations ne parcourent de longues et coûteuses distances. En plus de l'aspect curatif, ces équipes abordent l'éducation sanitaire et la prévention. Depuis la fin 2010, 450 équipes ont été créées et chacune fournit des soins de santé à 600 familles en milieu rural et jusqu'à 1800 en milieu urbain (1). Cette initiative espère parvenir d'ici 2014 à ce que 95% de la population salvadorienne ait accès aux services de santé de base. Elles garantissent le droit à la santé et l'accès aux soins des populations.

Le 4 avril 2013, malgré la réticence et les réclamations de nombreuses industries pharmaceutiques, la “loi sur les médicaments” est enfin entrée en vigueur. Cette loi fait baisser de 35 à 60% le prix des médicaments, les rendant accessibles à une plus grande part de la population. Avant cette loi, El Salvador était l'un des pays où les médicaments se vendaient le plus cher en raison du solide lobbying pharmaceutique entretenant des connections dans les plus haut rangs politiques. Aujourd'hui, un médicament pour le traitement du cholestérol qui coûtait 68 dollars coûte un maximum de 35 dollars, ce qui représente une économie de 374 dollars par an (2). Lorsque l'on sait que le salaire mensuel moyen est de 215 dollars, cela représente pour beaucoup une économie non négligeable.

 

Une marche arrière du processus de libéralisation

Si ce sont les mouvements sociaux qui ont eu à l'origine la volonté de réformer le système de santé, la réforme n'aurait pu voir le jour sans recevoir un écho favorable au sein du gouvernement. C'est donc le triomphe électoral d'une large alliance de gauche, en mars 2009, pour occuper la présidence et la vice-présidence qui va permettre cette réforme radicale de la santé. Ce triomphe est également historique car c'est la première fois dans l'histoire récente du Salvador qu'une formule de gauche accède au gouvernement national par des élections démocratiques. Ce nouveau gouvernement désire donner une place à la population dans la création des politiques publiques, c'est pourquoi il s'inscrit dans une volonté de rupture avec les politiques du FMI et de la Banque Mondiale. Cette victoire mit donc fin à un siècle de gouvernements conservateurs de droite et à 20 ans de politiques néolibérales, mettant de plus en plus en danger les secteurs sociaux et notamment celui de la santé.

En Amérique latine, lorsque les institutions financières ont lancé leurs programmes d'ajustement structurel dans les années '90, le Salvador n'a pas été épargné. Les conditions imposées en échange de prêts financiers par ces institutions consistaient en la libéralisation et la privatisation, de nombreux secteurs. Ces politiques trouvèrent un écho positif dans les gouvernements libéraux qui se sont succédés à la tête du pays. Comme le secteur de la santé était mal géré et peu efficace, ils ont vu dans sa privatisation une manière de l'améliorer tout en réduisant les dépenses publiques. Or, l'application des réformes par le gouvernement aurait supposé la perte de droits pour plus d'un million d'assurés à la sécurité sociale ainsi que l'exclusion de l'accès aux soins pour la majorité des salvadoriens qui n'ont pas les moyens de payer pour leur santé.

 

Les mouvements sociaux, présents du début à la fin

C'est grâce aux actions de la population que le processus de privatisation de la santé a pu être paralysé durant deux périodes présidentielles successives, au cours des années 2000. Depuis 2001, beaucoup de mouvements de protestation contre la privatisation des soins de santé ont en effet vu le jour. De là est née l'Alliance citoyenne contre la privatisation de la santé, l'ACCPS, une organisation regroupant des ONG, des syndicats, des organisations de santé et des mouvements sociaux. Par leurs actions de plus en plus importantes, ils ont fait prendre conscience à la population de ses droits, ce qui s'est traduit par le renversement de la tendance électorale.

Plusieurs fois, ils ont réussi à immobiliser le pays pour faire connaître leurs revendications. En 2002, le personnel de santé et les fonctionnaires de la sécurité sociale avaient entamé une grève qui allait durer neuf mois. Le but de cette grève était de stopper la privatisation tout en réactivant le mouvement social. Elle se solda par un succès puisque en juin 2003, un accord fut signé avec le gouvernement. Si les syndicalistes n'ont pu obtenir l'engagement écrit que la privatisation de la sécurité sociale ne serait plus jamais abordée, ils ont tout de même obtenu que trois projets de loi à ce sujet soient retirés. « Nous sommes conscients que nous n’avons pas obtenu tout ce que nous voulions, mais c’est un bon début car nous avons réveillé un peuple qui était endormi et qui, maintenant, s’opposera à la privatisation des secteurs de l’eau, de l’éducation et des travaux publics », a ajouté Cordero del Cid, chirurgien salvadorien (3).

Aujourd'hui, l'Alliance fait partie intégrante de la réforme du système de santé, au même titre que d'autres organisations citoyennes. Leur participation se traduit notamment par leur appartenance au Forum national de la Santé, un organisme autonome mis en place par le Ministère mais ne dépendant pas de lui. Ce forum représente une instance de contrôle social et de construction participative des politiques publiques et de l'évaluation du système. Trois membres du Movimiento para la salud de los pueblos – Latinoamerica (MSP-LA), organisation partenaire de M3M dans la lutte pour le droit à la santé en Amérique latine, ont également été nommés aux plus hauts postes du ministère de la santé.

1. http://www.medico.de/fr/themes/sante/dokuments/le-droit-a-la-sant/1214/

2. http://www.animalpolitico.com/2013/04/el-salvador-rebaja-por-ley-precio-de-medicamentos-hasta-un-60/#axzz2QXPvcmnb

3. http://www.alterinfos.org/spip.php?article1181

 

 

14/05/13
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