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12/07

Compagnie minière des Philippines perd le combat

En 2015, j’ai visité le site minier d’OceanaGold à Didipio, sur l’île de Luzon aux Philippines. L’entreprise australienne était alors en train de creuser une mine à ciel ouvert depuis déjà deux ans, juste à côté du village de Didipio. Les habitants devaient faire face à de nombreux désagréments : l’eau avait été polluée, les nuisances sonores étaient régulières et les enfants du village souffraient d’asthme en raison de la pollution de l’air. La population ne s’était cependant pas laissée abattre et avait mis sur pied le mouvement SAPAKMMI. Ils ont récemment décidé de dresser une barricade, avec succès.

La population a la loi de son côté

OceanaGold avait reçu une autorisation d’exploitation en 1994 à condition de créer 1800 emplois, un centre de santé ainsi qu’une infrastructure de loisirs dans le village. Après l’exploitation minière, la région devait être reboisée afin de créer une sorte de parc naturel. L’énorme puits dans lequel les résidus miniers sont déversés devait être rebouché. En d’autres termes, cela devait devenir un projet minier de grande ampleur et durable, duquel tout le monde devait pouvoir tirer profit. Mais au cours de ma visite l’été dernier, j’ai pu constater qu’il n'en était rien.

La loi philippine relative à l’exploitation minière prévoit que la population doit donner un « free prior informed consent ». Cela signifie que les riverains doivent recevoir suffisamment d’informations indépendantes sur les conséquences de l’exploitation minière et qu’ils doivent donner leur consentement. Ils ne peuvent en aucun cas être soumis à une quelconque pression. Or, les habitants de Didipio n’ont pas donné leur approbation. Par conséquent, OceanaGold enfreint la loi.

L’entreprise avait reçu en mars 2016 une nouvelle prolongation de leur autorisation d'exploitation pour une durée de cinq ans. Il avait alors été convenu que l’analyse du sol pouvait commencer immédiatement mais que les activités de forage ne débuteraient que dans le courant du dernier trimestre de l’année 2016. Malgré cela, les riverains ont constaté les premiers forages dès le mois de mai. Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase et les habitants ont établi une barricade à l’entrée de la mine.

Un appel lancé au président

Le nouveau gouverneur Carlos Padilla s’est rendu sur les lieux et a manifesté son soutien pour la population. Mais les habitants de Didipio rêvent ouvertement d’un allié encore plus influent : le nouveau président philippin, Rodrio Duterte.

Ils ne lui demandent pas seulement de mettre un terme aux activités d’OceanaGold à Didipio mais également de réviser la loi (la Mining Act de 1995). Cette loi a en effet favorisé l’exploitation minière intensive aux Philippines, entrainant ainsi la dégradation de l’environnement naturel.

Bien que Duterte ne soit pas entièrement opposé à l’exploitation minière intensive, il a malgré tout promis que les entreprises qui ne respectent pas la loi et qui mettent en danger l’environnement se verraient retirer leur autorisation d'exploitation. Depuis son arrivée au pouvoir fin juin 2016, cinq grandes entreprises minières se sont déjà vues retirer le droit d'exploiter les terres philippines..

Une victoire temporaire

Depuis lors, OceanaGold a temporairement arrêté les forages à Didipio. Le mouvement citoyen SAPAKMMI a réagi positivement mais avec prudence : « nous avons déjà remarqué qu’OceanaGold avait tenté de faire entrer du matériel de forage en cachette. Nous restons donc sur nos gardes. En attendant, nous fêtons cette magnifique victoire de nos citoyens – même si elle n’est sans doute que temporaire ! »

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