BLOG

03/12

Cosmovision andine dans la lutte contre l’extractivisme - Rencontre avec Mama Robertina

Ma rencontre avec Robertina me révèle une facette des luttes pour la défense de la Pachamama, la terre mère, dont je pouvais sentir l’importance mais ne la comprenais pas vraiment jusque là.

les femmes ont toujours été plus proches des esprits de la nature

Robertina vient de Tarqui, petit village proche de Cuenca, dont il fait politiquement partie. Les communautés du village, comme d’autres dans la région et comme Cuenca, bien que beaucoup l’ignorent, sont menacées par un méga projet minier, celui de Kimsakocha.

Kimsakocha, dans les hauteurs des Andes, est un endroit sacré, de contact privilégié avec les ancêtres et avec l’esprit de l’eau. Dans les trois lagunes de Kimsakocha se reflètent les mouvements cosmiques, que les peuples andins ont toujours observés à partir de l’eau. De cet endroit naissent les rivières qui alimentent la terre et tous les êtres vivants des alentours.

 

La cosmovision andine et l’importance de l’eau

Robertina me raconte qu’il y a 20 ans, elle est partie en “recherche de vision”, pour rentrer en contact avec les esprits de la nature, avec la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Elle s’est ainsi rapprochée de ses ancêtres et a redonné du sens à sa résistance. Avant, me dit-elle, elle gritait, elle luttait, mais maintenant elle sait pourquoi.

Selon la cosmovision andine, chaque être est un tout. Comme la terre, nous sommes fait de 75% d’eau. La religion catholique dit que nous sommes poussière et nous retournerons à la poussière. Mais la cosmovision andine dit: “Nous sommes eau, nous venons de l’eau, et nous retournerons à l’eau”, basée sur le fait que nous commencons tous notre vie par neuf mois dans l’eau, dans le ventre de notre mère, et que notre corps est fait d’eau. Le contact avec le monde cosmique et avec les esprits des ancêtres se fait par l’eau.

Les quatre éléments que sont la terre, l’eau, le feu et l’air sont des êtres d’énergie, comme chacun d’entre nous. Et sans cette énergie, il n’y a pas de vie. En fait, en protégeant la Terre Mère, nous protégeons la vie et nous nous protégeons nous même. Nous sommes un tout, et si nous agressons une partie du tout, le tout n’est plus le même. C’est pourquoi chaque être de la nature est sacré, et important pour la vie.

 

De l’importance des rituels

Nous parlons aussi des rituels, que Robertina, accompagnée d’autres “mamas” fait avant chaque évenement, avant chaque mobilisation, avant chaque assemblée, avant chaque prise de décision.

Au sol, Robertina construit une Chakana, représentant la Croix du Sud (une constellation que l'on voit de l'hémisphère sud). La croix du Sud est le symbole de la culture andine. Un ancien dirigeant dont je ne me rappelle malheureusement plus le nom a dit : "Ils peuvent tuer quelques uns d'entre nous, mais il n'arriverons jamais au bout. Pour nous faire disparaître, il faut d'abord faire disparaître la Croix du Sud, ce qui est impossibe" (en faisant référence à la volonté de venir à bout des cultures andines, ce qui a lieu depuis les colonisations incas, puis espagnole, et aujourd'hui avec la mondialisation).

Cette croix, placée au centre de l’assemblée, est comme un résumé du savoir andin. Elle représente les quatres esprits du feu, de l’eau, de la terre et de l’air, placés dans les quatres directions. Après avoir fumé un cigare de tabac, plante sacrée qui permet le contact avec les esprits, nous nous dirigeons successivement vers les quatre dirrections, pour invoquer les esprits.

Jusqu'à ma rencontre avec Mama Robertina, je suivais le mouvement, un peu émerveillée, mais me sentant comme une intruse qui profite d’un chouette spectacle floklorique, celui des indiens des Andes. Mais Robertina m’a fait sentir son importance. Robertina m’explique qu’avant chaque décision, il faut demander aux esprits et aux ancêtres de nous guider, pour suivre le droit chemin. Les ancêtres sont nos guides, et il ne vaut mieux pas s’éloigner de leur sagesse. En demandant aux esprits de guider les nôtres pour prendre les bonnes décisions, elle se réfère aux montagnes et au vent, qui sont millénaires et pleins de sagesse. Elle se réfère aux rivières, à la terre, à toute la Pachamama et à tout l’univers, au Grand Esprit, qu’est l’énergie de vie, Pachakamak.

 

Les femmes dans les luttes

Historiquement, les femmes ont toujours été plus proches des esprits de la nature, me raconte Robertina. Par le fait qu’elles portent les enfants dans leur ventre, qu’elle soient responsables du foyer. Elle ne renie pas le rôle de l’homme, mais m’explique que dans sa culture, les femmes étaient les guides spirituelles et politiques du fait qu’elle étaient plus sensibles à la sagesse des ancêtres. Porteuses de la culture, elle transmettent ces savoirs de mère en filles. Beaucoup de femmes équatoriennes ont ainsi lutté, la plus connue étant Transito Amaguaña. Mais beaucoup sont restées dans l’ombre.

Robertina me raconte un de ses souvenirs de résistance: une amie à elle était en face des policiers. Ceux-ci criaient pour qu’elles s’en aillent les traitant “d’indiennes ignorantes”, parce qu’elles bloquaient la circulation. Ils menacaient les femmes de les violer, de leur “faire des bébés”. Mais l’amie de Robertina leur a répondu qu’elles n’avaient pas peur, elles savaient ce qu’elles risquaient, qu’elles savent comment un homme peut faire des bébés aux femmes, et que justement, c’est pour leurs enfants qu’elles résistent.

Robertina me dit que les femmes savent mieux comment s’y prendre avec la police, elles savent leur mentir, elles peuvent les distraire pendant que leurs hommes passent au delà des cordons policiers.

De plus, avec la force des esprits, toutes ensembles en cercles, elles impressionnent les policiers.

 

De la modernité et des mensonges des autorités

Robertina n’est pas ignorante comme le pensent les policiers. Elle ne maîtrise pas bien la technologie mais trouve qu’il est important pour les jeunes de pouvoir l’utiliser. La télévision, me dit-elle, raconte beaucoup de mensonge. En échange, Facebook donne des informations récentes et écrites par les gens qui vivent les événements. Les jeunes des communautés sont aujourd’hui au courant de ce qu’il se passe ailleurs, et se conscientisent grâce à ces réseaux. Cela permet une meilleure mobilisation, par exemple pour le Yasuní.

Il faut se méfier de ce qui ne vient pas du peuple. Ceux qui gouvernent le monde savent bien parler, ils veulent nous avoir. Ils disent, par exemple, que ce n’est pas décent de vivre dans la misère, de mourrir de faim quand on est assis sur de l’or (Kimsakocha se trouve sur une réserve d’or). Mais Robertina n’est pas dupe. Si sa communauté “meurt de faim” comme disent les “Grands de ce Monde”, c’est parce qu’ils ne veulent pas répartir ce qu’ils ont. Selon elle, si ceux qui nous dirigent le voulaient, ils pourrait donner 3 000 dollars par personne sur toute la planète. Ils n’ont pas besoin de l’or de Kimsakocha, mais le peuple lui a besoin de l’eau. De cette eau se nourissent leurs terres et leurs cultures, leurs animaux, et toute la population de la région, et même de la ville de Cuenca. Beaucoup de rivières naissent de Kimsakocha. Le gouvernement dit que ce n’est pas vrai, et qu’ils vont distribuer de l’eau à tout le monde, mais ils ne sont même pas capable de les aider à construire les systèmes communautaires d’eau, qui sont fait par la main des habitants des communautés.

 

Cette rencontre, aussi brève fut-elle, m'a fait découvrir la source de la lutte pour la défense de l'eau et de la Pachamama. Bien que lire un texte relatant la recontre n'est pas aussi enrichissant, je voulais partager ces quelques pensées avec vous qui me lisez!

3071 views
Cosmovision andine dans la lutte contre l’extractivisme - Rencontre avec Mama Robertina | Viva Salud

Erreur

Le site Web a rencontré une erreur inattendue. Veuillez essayer de nouveau plus tard.