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19/09

Cuba: les avantages d'un système public de soins de santé

Après 50 ans d'un système intégré de soins de santé à Cuba, les experts s'accordent à dire que la majorité des Cubains ont accès à des soins de santé de qualité. Nous avons eu le plaisir de recevoir, chez M3M, Milagros Valdespino, médecin cubain mais aussi secrétaire générale du syndicat des travailleurs de santé  (SNTS) dans la province de Cienfuegos et parlementaire au parlement provincial.

Nous nous focalisons sur les soins de santé primaires car c'est là que nous avons le plus grand pouvoir de soigner les maladies

Cuba est un pays pauvre mais pourtant la mortalité infantile est plus faible (4,2 /1000 naissances en 2013) que dans d'autres pays bien plus riches que Cuba. Comment est-ce possible ? Quels sont les facteurs qui engendrent de si bons résultats ? 

Le fait que Cuba soit une île des Caraïbes avec 11 millions d'habitants, qu'elle soit un pays du Tiers Monde et qu'elle parvienne pourtant à avoir de si bons résultats en matière de santé (bien meilleurs que dans d'autres pays plus riches) est un privilège. Les six dernières années nous avons eu une mortalité infantile inférieure à 5/1000 naissances. En 2013, nous avons pu atteindre un taux de 4,2/1000 naissances. C'est quelque chose d'extraordinaire pour un si petit pays .

Ces si bons résultats sont le fruit de plusieurs facteurs. Premièrement, l'existence d'un système de santé unique et gratuit. Notre gouvernement  investit tant dans des moyens  matériels qu'humains pour atteindre de si bons résultats en matière de santé. Cela permet d'avoir un programme maternel et infantile où nous pouvons suivre la grossesse à partir du moment où la personne sait qu'elle est enceinte et continuer à la suivre tout au long de la grossesse jusqu'à l'accouchement. Le nouveau-né est suivi de près dès ses premiers souffles mais également lors de la période d'allaitement et  même après ses un an. Ce n'est que comme ca que nous pouvons atteindre de si bons résultats.

Après la révolution de 1959, les cliniques privées et les industries pharmaceutiques ont été nationalisées et intégrées dans un système pour l'ensemble du pays, qui a été géré par le ministère de la Santé (MINSAP). Pouvez-vous nous en dire plus sur le MINSAP et l'importance d'un système de santé centralisé ?

Nous avons un Ministère de la santé publique qui a trois niveau de soins. Il y a d'abord le premier niveau de soins de santé dans lequel on retrouve le médecin et l'infirmière de la famille. Il y a les cabinets et les polycliniques. C'est à ce niveau que va se résoudre la majorité des maladies dont souffre la population. Pourquoi ? Parce que nous avons une médecine qui est fortement axée sur la prévention. Elle est là pour prévenir le risque, prévenir la maladie et les guérir si besoin.

Nous avons ensuite le second niveau où l'on retrouve les hôpitaux pour soigner d'autres types de pathologie et interner le patient quand il en a besoin. C'est là que se trouvent les chirurgiens, les orthopédistes, les professionnels de l'ORL, etc. pour répondre à des maladies, plus spécialisées, qui ne peuvent pas se soigner au premier niveau, même si la majorité des maladies se soignent au niveau primaire.

Le troisième niveau représente les instituts, certains hôpitaux encore plus spécialisés avec des technologies plus avancées où l'on fait des transplantations, des chirurgies d'autres types, où  on étudie comme, par  exemple, des maladies infectieuses, des maladies tropicales, etc.  Dans tous ces trois niveaux, nous faisons au mieux pour que le patient ait la meilleure qualité de vie que nous puissions lui offrir.

Jose Luis Fabio, représentant de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) à La Havane, a rapporté dans The Lancet (25 Janvier 2014) que l'accent mis sur les soins de santé primaires était important pour atteindre de bons résultats en matière de santé. Pouvez-vous davantage expliquer ce qu'est la médecine préventive et la santé primaire?

Comme expliqué avant,  nous nous focalisons sur les soins de santé primaires car c'est là où nous avons le plus grand pouvoir de soigner les maladies. Il faut avant tout éviter que la personne ne tombe malade. C'est pourquoi, nous mettons un grande nombre de médecins à disposition de la population.

Ces médecins, ces infirmières ont beaucoup de contacts avec la population. Ils vivent dans la communauté et ont le temps d'être proches des gens. Ils connaissent chaque membre de la famille, du père au grand-père en passant par les enfants.  Ainsi, ils détectent directement s'il y a un risque de tabagisme, d'alcoolisme ou autre qui pourrait leur occasionner d'autres maladies. Ces facteurs de risque sont directement dessellés par ces médecins et infirmières qui sont si proches, presque «  collés » à ces familles.

De nombreux pays en développement connaissent actuellement une «crise de santé» avec de graves pénuries de professionnels de la santé, ce qui limitent le développement des systèmes de santé. A Cuba,  le rapport médecin/patient est de 6,7 médecins pour 1000 habitants. Ces résultats sont bien au-dessus de l'exigence minimale de l'OMS qui est de 2,28 médecins, sages-femmes et infirmières pour 1000 habitants. Quels sont les principaux facteurs qui contribuent à cela ?

Comme nous mettons l'accent sur la santé préventive, nous avons besoin d'un grand nombre de médecins. Pour ce faire, nous avons un programme de formation très bon. Nous formons les professionnels de santé et avons de très bonnes universités.

Le gouvernement est en très grande partie responsable de ces résultats. Il serait impossible d'avoir, d'un côté, autant de ressources matériels et humaines en santé et, de l'autre, d'offrir un accès gratuit aux soins de santé à l'ensemble de la population, si le gouvernement ne nous aidait pas. Il est là pour garantir que les soins de santé parviennent à l'entièreté de la population, sans faire aucune distinction entre les patients.

En terme de solidarité internationale, Cuba fait partie des meilleurs élèves de la classe. Le 13 septembre, Cuba a envoyé, en Sierra Leone, 165 secouristes dont 62 médecins pour aider la population victime de l'épidémie Ebola. Comment est-ce possible qu'un pays comme Cuba est parvenu à le faire alors que de nombreux pays riches n'ont pas pu honorer leurs promesses internationales.

Une fois de plus, nous restons un exemple de coopération en matière d'aide humanitaire et de solidarité. Nous avons beaucoup de médecins hautement qualifiés dont leur seul but est de faire du bien et d'aider les autres, ceux qui n'ont rien. C'est pour cela que nous sommes présents pour soutenir les autres pays dans des moments difficiles comme lors de l'épidémie Ebola. Il s'agit d'un geste international de solidarité.

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