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06/12

De Caire à Gaza

A 3h je devais être prête pour prendre la petite camionnette m’emmenant à Rafah. Dormir n’était
pas à l’ordre du jour. Je n’ose espérer que ce minibus arrive réellement donc je fais les cents
pas dans le hall poussiéreux de l’hôtel. Le concierge me donne toutes sortes d’informations
enthousiastes en Arabe. Nous nous arrêtons à la Place Tahrir. Ahmed, le chauffeur veut absolument
me montrer comment tous ces 'bad people' réussissent à bloquer et fermer les cafés et les magasins
depuis une semaine déjà. A cette heure-ci on ne repère plus qu’un tas de tentes branlantes et des
drapeaux et par ci et par là la fumée d’un petit feu de camp.

La petite camionnette quitte à une vitesse hallucinante le Caire avec à son bord moi, un vieux
monsieur, une vieille dame, un père palestinien avec ses deux enfants et sa belle-sœur Ukrainienne.
Le père et sa belle-sœur me prennent sous leurs ailes. Après le canal impressionnant de Suez nous
parcourons pendant des heures le désert rencontrant par ci et là des officiers à moitié en uniforme
qui fouillent curieusement mon passeport.
Et puis soudainement la frontière. J’ai l’impression que cela dure des heures avant de récupérer
mon passeport, mais finalement personne ne s’agite donc j’attends gentiment. Du côté palestinien
m’attend Mohamed, le coordinateur des projets socio-culturels de l’ UHWC's. Après un palabre
obligatoire avec le commissaire de la frontière nous pouvons enfin débarquer. Je n’y crois pas ...
Je suis à Gaza!

Mohammed est soulagé de voir que j’ai pu rentrer si vite. Dans la voiture il commence tout de
suite à m’expliquer en quoi consiste son travail auprès de l’ UHWC. Chaque centre médical a
un espace pour des activités sociales comme la danse, la musique et des ateliers créatives pour
les enfants. Dans deux semaines ils accueilleront un groupe d’artistes espagnoles pour former le
personnel en ‘thérapie créative’. Entretemps je reluque à travers la petite fenêtre de la voiture les
hauts palmiers, le grand nombre de maison à moitié finies, les champs avec une végétation denses
et les ânes qui longent la route. Après un certain temps nous roulons le long de la Méditerrannée.
La plage est vide. ‘En été’ il y a plus d’activité à la plage. Mais pour moi il fait très bon encore: 20
degré avec un soleil qui brille dans un ciel bleu azur. D’après Mohamed les bateaux israéliens se
sont retirés un peu et les pêcheurs peuvent aller jusqu’à 10 km en mer.
Juste avant Gaza-ville nous bifurquons sur une route boueuse pour éviter un tas de débris et un trou
béant dans un pont.

En ville nous rejoignons assez vite le siège principal d’ UHWC. Les gens se promènent dans la
rue en bavardant, les magasins sont ouverts. Difficile à croire qu’il y a à peine 10 jours les bombes
pleuvaient. « La situation est grave, les gens ont eu très peur et il y a encore beaucoup de gens à
l’hôpital. Les médecins travaillent très dure » me dit le Dr. Tayser, directeur d’ UHWC. Je suis
chaleureusement accueillit. Enfin je rencontre Jehan, la coordinatrice des projets médicaux qui
était aussi mon contact durant toutes les préparations de ce voyage. En faisant le tour du bureau le
chocolat que j’avais ramené a été distribué avec grand enthousiasme. Le brouillard qui s’est installé
un peu dans ma tête m’empêche de me rappeler le nom de tout un chacun, mais ma première
impression c’est que l’équipe ici adore son travail. Jehan me propose une visite de la ville demain,
et le reste de la journée je peux me reposer à l’hôtel.

Je me trouve dans le hall à moitié ouverte du Marna House, je présume un des hôtels les plus chics
de la ville. Après un coup de fil à la maison je me trouve nez à nez avec un gentil monsieur. Il me
demande dans un allemand impeccable si je viens d’Allemagne. Il y a étudié en 1988 et est retourné
vivre à Gaza. Il a 3 filles. Pendant les bombardements récents il avait plus peur que ses filles, qui
avaient déjà vécu situation pareille en 2008 quand il était en Egypte. Il trouve lui-même incroyable
que les gens à Gaza ‘s’habituent’ à ces attaques, mais il dit ne pas se plaindre, car il a une famille,
une maison et un bon travail. Même si l’entreprise bétonnière ou il travaille est complètement
détruite, il peut y continuer à travailler. C’est le plus important.

Voici le premier des nombreux récits que je vais entendre dans les 4 mois à venir.
Je ne pense pas que je vais me sentir très seule ici.

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