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14/12

De la jeunesse et la vieillesse

Comme toujours quand on est à l’étranger tout est tellement nouveau, les sens sont titillés surtout la faculté de constamment comprendre et traduire ses propos et mes journées passent donc à vive allure.

Depuis, je me suis déjà bien installée dans mon appartement et mon quartier. Je sais où se trouve le supermarché, le marchand de légumes et le meilleur bar à café. La vue sur la mer me donne cette chère sensation de grande espace. Gaza-ville par contre est extrêmement surpeuplée. Du 4 ème étage de l’hôpital Al-Awda à Jabalya je ne vois que des petits immeubles tout bas s’étalant jusqu’à l’horizon. Jabalya se trouve dans le nord-est de Gaza-ville: c’est un des multiples camps de réfugiés dans la bande de Gaza. Les réfugiés habitent ce camp déjà depuis des dizaines d’années et depuis les tentes d’origines ont été remplacées par des maisons empaillées, traversées par un réseau très dense de petites ruelles. Les conditions hygiéniques ne sont évidemment pas très bonnes. Deux tiers de la population de Gaza, soit 1 million de gens, sont depuis la Nakba (‘La Catastrophe’) en 1948 des réfugiés.

 

 

Pendant la consultation pédiatrique du Dr. Yousef à Al-Awda et en le suivant à travers tout l'hôpital, j’ai eu cette impression que les patients font énormément confiance aux médecins d’ UHWC. Le contact parmi le personnel est conviviale: les médecins, les infirmières et le reste du personnel adorent y travailler ensemble. Pendant toute la semaine j’ai été surprise par la joie de vivre et l’humour des gens à Gaza. Tout le monde souffre de la guerre et le blocus et chaque Palestinien porte sa terrible histoire, mais ici on rit constamment. Je m’attendais plutôt à un peuple affligé, surtout après les bombardements récents. Mais partout le même slogan combatif: “Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, nous restons ici à Gaza jusqu’à ce qu’on soit libre!” Sans broncher les gens parlent de leurs morts, leurs blessés, les dégâts à leurs maisons, aux hôpitaux, les écoles ...Les taxis font volontiers un détour pour me montrer les buildings dévastés.

 

 

En même temps que mes visites à tous les centres UHWC, j’étudie au bureau les statistiques concernant les soins de santé à Gaza et j’aide à la recherche de chiffres pour rédiger de nouveaux projets. Très interessant. Je m’installe à une petite table vide et j’aperçois sur le bureau de l’ordinateur des photos d’un jeune homme et une jolie petite fille de 2 ans. C’est le mari de 27 ans de la secrétaire qui est absente. Il est décédé quand sa voiture a été bombardée. Il n’avait aucun lien avec la politique ou l’armée. Au même moment le manager d’Al-Awda et son chauffeur, qui roulaient à ses côtes ont également été blessés.

 

 

En dehors de l’hôpital Al-Awda (ce qui signifie en arabe ‘le droit au retour’) l’UHWC possède également un centre culturel et de soins de santé de base (=primaires). Ce centre nommé 'Al Asria' est le plus vieux et le plus visité des 4 centres d’ UHWC. Il y règne en effet un remue-ménage agréable dans la salle d’attente quand nous y sommes rentrés pour une visite éclair. On travaille actuellement à ‘al Asria’ sur un projet pilote de dossiers électroniques, qui stockent automatiquement les résultats labo et d'autres données sur les patients. Les prescriptions sont également imprimées au grand soulagement de la pharmacienne, parce que même en arabe les médecins se lisent difficilement. J’y rencontre Dr. Soumeya, gynécologue, qui m’explique de façon très enthousiaste que 98% des femmes reçoivent ici un suivi prénatal complet. Elle est prête à m’apprendre les astuces de l’échographie prénatale.

 

 

Le Dr Youssef Mousa, ancien directeur d’UHWC est venu me chercher un après-midi après mon boulot. Maintenant il travaille pour UNRWA, organe des Nations Unis qui vient en aide aux réfugiés Palestiniens. En rigolant il sermonne Jehan pare qu’il n’a pas été avisé de mon arrivée.Nous mangeons un délicieux poisson dans un restaurant au bord de la mer. Assise dans mon somptueux fauteuil je vois de loin que quelques enfants ramassent des sacs en plastiques sur la plage. Le Dr. Youssef me racontent ses riches expériences de gynécologue et de spécialiste en santé publique; donc le conseiller par excellence pour celui qui veut avoir plus d’information sur le système des soins de santé à Gaza. Ensuite j’ai eu droit à une leçon de matérialisme dialectique et d’histoire d’Israël et de la Palestine. En 1967 son père et sa grand-mère ont eu l’autorisation de rendre une visite unique à leur village natal près de Tel Aviv. Une famille juive s’était installée dans leur maison et ont exploité leur bar à café. Sa grand-mère était tellement affectée de voir sa maison habitée par d’autres personnes, qu’elle est morte quelques semaines après en pleurant constamment. J’essaie de m’imaginer: avenue Rerum Novarum no. 2 à Beerse tombée dans les mains d’une famille étrangère.

 

 

Intimaa, une écrivaine-photographe-traductrice pour des journalistes étrangers, me raconte en sirotant un café sa collaboration au projet “Palestine remembered” (http://www.palestineremembered.com/). Des dizaines de bénévoles à Gaza, en Cisjordanie, et en Jordanie font passer des interviews à des séniors palestiniens racontant leur village natal. Ils recherchent des photos, des clés de maisons, et d’autres souvenirs de l’époque avant 1948. En résulte une banque de données comportant de la documentation sur presque chaque village. Elle rigole en pensant à tous petits vieux sourds et déments qu’elle a harcelés avec ses questions. Il existe à Gaza-ville une maison de repos de l’état, pour des pauvres vieux qui ne peuvent pas être intégrés dans leur famille. Si j’ai envie d’y passer bientôt? Biensûr!

 

C’est un privilège d’être ici et de rencontrer tous ces personnes intéressantes et passionnées. A ma question comment contribuer à leur combat pour la liberté on me répond le plus souvent: “Raconte au monde extérieur qui et comment nous sommes réellement et ramène nous d’avantage d’étrangers qui découvriront Gaza de leurs propres yeux.” Vous m’avez entendu. A bientôt!

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