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30/04

Des organisations populaires se rassemblent en RD Congo

Antoine revient du Congo après trois mois de stage auprès de notre partenaire, l’Étoile du Sud. Je me souviens qu’avant son départ, il s’interrogeait sur l’existence de dynamiques locales. Le Congo n’incarnait-il pas la passivité, l’attentisme ?

Antoine revient du Congo après trois mois de stage auprès de notre partenaire, l’Étoile du Sud. Je me souviens qu’avant son départ, il s’interrogeait sur l’existence de dynamiques locales. Le Congo n’incarnait-il pas la passivité, l’attentisme ? Trois mois après, il me raconte qu’un fait l’a particulièrement interpellé. Lorsque le président national du réseau Collectif de Développement intégré au Congo (CODIC) (national) arrive dans la province du Maniema située à l’est du pays, à l’occasion d’un voyage privé, il est accueilli par une énorme foule venue le remercier. Mais le remercier de quoi ? Le CODIC ne leur avait pas donné de l’argent. En fait, le CODIC avait tout simplement encouragé une dynamique locale de la population et facilité la réalisation des projets locaux d’agriculture traditionnelle, comme l’élevage de chèvres, lapins et de cochons.

Ces projets devraient garantir une petite production à de nombreux habitants de la province, mais leur mise en place coûterait entre 4 000 et 12 000 euros. Ce qui semble évidemment bien trop élevé pour la population locale. Cependant, lors d’une réunion au CODIC, l’un de leurs jeunes explique qu’il sait où trouver l’argent nécessaire pour réaliser ces projets. « Comment ça ? » lui demandent les autres. Le jeune explique qu’en additionnant les membres de chaque organisation membre du CODIC dans la province, le chiffre s’élève à un million de membres. Et que, si chacun donne 1 euro, ils s’en sortiraient. Le CODIC a transmis la proposition à sa section provinciale, qui a ouvert un compte dans une banque coopérative locale. Ils ont alors vendu des cartes de membre à 1 euro, une cotisation bien inférieure au prix d’une bière. En quatre mois seulement, environ 440 000 euros ont ainsi été récoltés. Un formidable succès reposant entièrement sur l’action d’organisations locales.

Mais, plus important que l’argent récolté et réinvesti, cette action a permis à la population de se rendre compte de sa propre force : des organisations locales qui se mobilisent peuvent développer leur propre projet et avoir un impact positif sans devoir suivre des consignes ou des directives de bailleurs de fonds internationaux. C’est pour cette raison que cette mobilisation locale ne se limitera pas à ce projet. Ayant fait l’expérience de la puissance de l’action collective, ces organisations sont maintenant prêtes à se mobiliser dans d’autres domaines.

L’Étoile du Sud et le CODIC se sont immédiatement mis autour de la table pour imaginer comment généraliser ces acquis. C’est de cette manière que sont nés différents comités de santé qui rassemblent la population en faveur du droit à la santé. Un comité pour la paix a même vu le jour, mobilisant la population en faveur de la paix dans une région perturbée par des mouvements armés soutenus par des pays étrangers.

 

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

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