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27/12

Deuxième semaine et en bonnes mains

Cette semaine j’ai vu mes premiers patients au centre Al-Qods à Beit Hanoun. Cela c’est très bien passé grâce à la traduction de l’infirmière en chef Rawda. Il s’agissait de quelques personnes, qui comme chez nous consultaient leur généraliste pour le syndrome grippal. Ces derniers mois le nombre de patients en consultation de médecine générale a considérablement diminué. Le team médical pense qu’à cause de la récente guerre les gens attendent longtemps avant d’avoir leur salaire et que par conséquent ne savent même plus payer les 2€ pour la consultation. Ceux qui sont dans l’impossibilité de payer sont soignés gratuitement chez UHWC mais à quelques rues de là se trouve un centre de santé UNRWA, qui offre d’office gratuitement les soins et les médicaments. Les files d’attente y sont très longues et la qualité des soins est variable. Mais que faire ?

Le centre culturel par contre tourne à plein régime. Ils ont commencé il y a à peine 2 ans avec les premières activités pour les enfants et ont formé depuis 15 jeunes bénévoles qui assistent les ateliers de bricolage, le chœur, la troupe de théâtre et de danse. Ils organisent également des sessions de ‘thérapie créative’ auxquelles participent les mères avec leurs enfants. Le premier trimestre se termine comme dans d’autres centres par une exposition et un spectacle pour les parents. Je suis happée par deux filles d’une douzaine d’année de la troupe de théâtre et catapultée à la première rangée. Même si je ne comprends que très peu de ce qui est dit et chanté sur le podium, je ne peux m’empêcher de sourire pendant tout le spectacle. Je trouve surtout la petite performance au sujet d’un agriculteur palestinien qui traverse la frontière et qui met verbalement un soldat Israélien à sa place génialement jouée. Les mères et les pères brillent de fierté et mitraillent avec leurs téléphones mobiles leur progéniture de photos.

 

Mercredi Ana, Santiago et Alejandro, trois espagnols solidaires de Cantabrie nous rendent visite. Leur organisation, qui s’occupe principalement de Cuba, désire maintenant soutenir des initiatives locales en Palestine. Ils restent en tout 4 jours à Gaza pour y explorer la situation et découvrir d’avantage les activités de l’UHWC. Mohammed et Jehan improvisent immédiatement un programme compact et vu que j’ai trois chambres à coucher ils peuvent loger chez moi. Ce qui suit sont des journées bien remplies et plein de rencontres intéressantes.

 

Nous rencontrons entre autres le Dr. Rabah, un membre active du “Popular Front for the Liberation of Palestine” (PFLP), un parti politique palestinien aux idéologies marxistes qui ont un groupe de résistance armé. Il est très intéressant d’écouter l’analyse politique de cet “éminence grise”. Quand la conversation passe au sujet de la croissante popularité du Hamas, le parti au pouvoir, le Dr Rabah montre son avant-bras. En ’88, les premières années du Hamas, certains membres ont essayé de l’assassiner en criblant de balles sa voiture quand il était en route pour travailler à l’hôpital. Une partie de la balle se trouve encore sous sa peau. Il n’était pas le seul à être menacé, quelques histoires plus récentes d’attentats sur des membres du PFLP circulent. En Israël le PFPL est considéré comme une organisation illégale. De nombreux membres dont leur leader actuel Ahmad Sa’adat sont emprisonnés depuis de longues années en Israël. Mais cette énorme contrariété ne les arrêtera pas et leur foi en une Palestine libre, séculaire et démocratique reste intacte.

 

La journée suivante nous visitons avec Souhail, le responsable de l’entrainement des bénévoles à Al-Assria, Aboud qui a 20 ans. Il est sorti d’hôpital depuis 4 jours. Au deuxième jour de la récente guerre il travaillait avec son père et ses frères à leur nouvelle maison quand brusquement une bombe explosa tout près. Les autres sont restés coucher par terre après l’explosion mais Aboud voulait aller voir ce qui se passait. Quand il ouvrit la porte une deuxième bombe explosa encore plus près. Il a reçu un éclat métallique profondément enfoncé dans l’arrière tête et s’évanouira. Quand le père a vu son fils il le croyait mort. Il a subi une longue opération à l’hôpital Shifa. Il est resté une semaine dans le coma, mais s’est réveillé contre toute attente. Au début il ne savait rien faire mais tout doucement il récupéra de la force dans ses membres. Après deux semaines d’entrainement intensif au centre de revalidation Al-Wafa il a fait des remarquables progrès étant donné ses graves lésions cérébrales. Mais Aboud est constamment fatigué et il a beaucoup de difficulté à parler. Son père, qui est professeur d’Anglais lui fait faire un maximum d’exercices dans l’espoir qu’un jour il récupéra complètement la parole. Il nous demande de poser quelques questions simples à Aboud. Je lui pose la question combien de frères il a. Il répond correctement ‘trois’ mais c’est terrible de le voir aux prises avec les noms. Puis ses frères le taquinent gentiment et tout le monde se met à rire.

 

Je ne peux qu’être inspirée par cette famille pour vous envoyer ce message de Noël : l’humour, l’amour de la vie, l’unisson sont plus fort que n’importe quel malheur. Profitez chaque jour de 2013 et surtout à cette période de Noël de tous ceux qui vous sont proches et riez autant que vous pouvez ! Joyeux Noël à tous.

 

PS: Buvez un verre à ma santé, car cette année moi, je suis à l’eau, au thé et au jus d‘orange.

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