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19/01

Dr. Hanne, family doctor

Mes consultations cette semaine à Beit Hanoun sont bien remplies. Nous avons collé une affiche dans tous les pharmacies du village pour ébruiter qu’une ‘family doctor’ consultait gratuitement à Al-Qods et apparemment le bruit court vite. Un médecin généraliste, comme nous avons chez nous n’existe pas vraiment à Gaza. Quand je me présentais au départ en tant que “general practicioner” on me regardait douteusement. Un généraliste ne s’occupe ici que du triage pour les spécialistes et ne traite presque rien lui-même. Donc je me suis rebaptisée “family doctor”, un spécialiste en soins intégrés pour tous les membres de la famille. Cela inspire plus de confiance aux collègues. Par ailleurs je ne mens pas quand je leurs raconte qu’en Belgique je soigne et suis aussi bien les femmes enceintes, les enfants et que les personnes âgées.

Un “suèdi” est un médecin d’UNRWA, appelé ainsi parce que les cliniques sont en grandes parties sponsorisée avec de l’argent venant de la Suède. Les Suèdis sont envahis de patients et utilisent un nombre de diagnostiques restreints et des médicaments de base. Une laryngite est d’office une infection bactérienne des amygdales, soignée par antibiotiques. Si le traitement ne guérit pas le problème, le patient doit se tourner tout seul vers le spécialiste compétent à l’hôpital public. Les analyses, demandés par le spécialiste sont souvent très chères et on reçoit aucune explication quant au diagnostic. C’est alors les Gazaouis commencent de rêver d’être transféré vers un hôpital en dehors de Gaza, en Egypte, Israël ou en Cisjordanie. UHWC essaie de combler ce manque de soins de santé de qualité et payable. Leurs consultations et analyses laboratoire coutent environ la moitié de ce que payent les gens sans assurance maladie dans la santé public. Leurs activités sociales ainsi que leur programme d’éducation à la santé pour les enfants et les parents sont également très importants.

 

Le système de soins de santé boiteux à Gaza suscite des fausses attentes chez les patients. La conviction que les médicaments et la technologie soulageront tous les problèmes est impressionnante. Il y a surconsommation des médicaments d’UNRWA alors que la plus part des traitements plus spécialisés sont trop chers ou introuvables. A cause de la menace permanente de l’occupation et les traumatismes des guerres successives beaucoup d’enfants et d’adultes souffrent de peur et de dépressions. En même temps les problèmes psychologiques sont un tabou culturel. Des affections psychiques sont considérées comme des mauvais esprits envoyés par un ennemi. Un ‘Cheikh’ peut, moyennant une forte somme d’argent, chasser les mauvais esprits en priant intensément et en leurs lisant à haute voix des versets du Coran. Essaie dans de telles circonstances d’expliquer aux gens qu’ils n’ont pas besoin d’examens médicaux ni de médicaments…que leur mal à l’estomac est psychosomatique et qu’ils se sentiraient mieux en bougeant d’avantage et en mangeant plus sainement. Comment faire? Il n’y a ni de la place ni le temps pour le sport. « Donnez-moi s’il vous plait une pilule pour me sentir mieux »

 

Certain(e)s m’attribuent des capacités exceptionnelles parce que je viens de l’Europe’ magique’ et lointaine. Ainsi me consulte un vieux monsieur avec une sonde urinaire ventrale. Il avait déjà subi trois opérations de la prostate et le meilleur urologue de Gaza l’avait condamné à vivre pour le restant de sa vie avec cette sonde. Il n’accepte pas la situation parce que il est gêné et il a peur que ses amis découvrent le sac avec de l’urine. Il me demande si je ne connais pas un remède qui lui permet d’uriner de nouveau normalement. Il veut même venir en Belgique pour se faire soigner, s’il faut.

 

J’ai une visite à domicile chez Samaira qui a 19 ans. Elle vient de quitter l’hôpital de Beit Hanoun. Il y a deux mois elle y était admise pour une appendicite, après quoi elle a eu une perforation intestinale et sera transférée en Cisjordanie pour y subir une intervention. Après trois semaines elle rentre à Gaza affaiblie avec une ileostomie et passe encore quelques semaines à l’hôpital. Maintenant elle est finalement à la maison. Samaira peut faire une croix sur sa première année universitaire. Elle est alitée dans le grand appartement familial où elle vit avec sa mère, son père, 5 sœurs et 3 frères. Elle ne va pas trop mal. Mais Samaira ne se sent pas chez elle. Cet appartement au centre de Beit Hanoun n’est pas leur maison. On a concédé ce logement après le bombardement de leur maison par les Israéliens. Elle se rappelle bien comment en novembre 2008, quelques semaines après que son frère fut abattu à la frontière, les chars et les bulldozers ont frappé leur maison. Ils ont eu un quart d’heure pour évacuer la maison avant d’être rasée. Neuf enfants, parents, grand-parents dans la rue sans explication. Et encore à ce jour, des années après ils ne savent toujours pas pourquoi. Le père de Samaira a perdu ses terres agricoles et est devenu pécheur. Elle rigole: “Mon père est le pire pêcheur de Gaza. Tu ne deviens pas pêcheur, tu nais pêcheur. Le jour où il nous ramènera un gros poisson n’est pas encore demain la veille.” Cependant les membres de cette famille ne détestent personne, tout le monde est bienvenu pour le thé. Ils aimeraient vivre plus en sécurité et que leurs enfants trouvent un travail décent.

 

Regardez à travers la fenêtre de votre maison douillette et imaginez-vous qu’un char blindé se trouve dans votre rue. Des soldats hurlent dans leurs mégaphones de quitter immédiatement votre maison. Vous êtes témoin de la démolition de ce qui vous est cher en une fraction de seconde…à jamais. Le char et les bulldozers disparaissent. Personne ne montre son visage. Bon débarras.

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