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11/04

Gaza, perle et désordre

Je vous écris une dernière fois en direct de Gaza. Pour vous dire que le temps passe vite. Au terme de ces 4 mois passionnants et intéressants, j’aimerais encore partager avec vous quelques impressions. Je suis très contente de mon travail enrichissant et des palestiniens qui m’inspirent jour après jour. Mais je me fâche et me révolte régulièrement à cause du chaos complet qui y règne, provoqué par Israël et le reste du monde, de l’indécision des gouvernements respectifs de Gaza et Ramallah mais mon plus grand désespoir se tourne vers tous ses gens vivant dans une société asphyxiante. Je me réjouis en silence de retourner dans notre Belgique libre, où la religion et le gouvernement n’empiètent pas autant sur notre liberté d’expression et de mouvement.

A la personne qui me dira encore une fois son regret que je ne vais pas au paradis parce que je ne prie pas et que je vis dans le pêché, je répondrais avec assurance que si tout le monde pratiquait un peu plus les préceptes de sa religion, tels que le respect d’autrui et l’entraide, Dieu, si il existait, le jugerait en temps voulu.

 

Le système de santé à Gaza est malheureusement un bon exemple du chaos qui y règne. Il existe une assurance maladie mais elle ne donne droit qu’à des soins de base dans le secteur public. Pour les réfugiés, les soins de santé de première ligne ainsi que les médicaments de base sont offerts gratuitement par l’UNRWA. Quand leur stock de médicaments est vide (ce qui arrive) les gens sont obligés d’acheter leurs médicaments au prix plein à la pharmacie. Les admissions à l’hôpital et les examens plus poussés comme par exemple un IRM, sont également trop chers. Les dossiers médicaux n’existent que sur du papier illisible et gribouillé, ce qui rend le suivi des malades chroniques évidemment très difficile. Mais la vraie misère commence quand on doit quitter Gaza pour subir un examen médical ou un traitement. C’est effrayant de voir comment les malades, déjà fortement inquiétés par un diagnostic incertain, doivent d’abord attendre l’accord de leur propre ministère pour ensuite être livrés à la mauvaise volonté des garde-frontières israéliens. Ces derniers mois, 69 autorisations de renvoi vers les hôpitaux israéliens ont déjà été reportées, ce pourquoi les patients ont manqué leur rendez-vous. (http:// www.emro.who.int/pse/publications-who/monthly-referral-reports.html) L’histoire de Manar traduit entre autre l’humiliation et toute la douleur d’une telle expérience : à chaque fois qu’elle voyageait en Cisjordanie pour y subir sa chimiothérapie, elle passait à Erez-checkpoint où on l’obligeait à se déshabiller et à enlever le foulard, qui couvrait son crâne chauve.

 

Je passe en revue les innombrables rencontres intéressantes que j’ai vécues. C’est ainsi que la semaine passée, j’ai payé une visite à Mohammed Al Bakri, le directeur de l’Union of Agricultural Work Committees. Il me parle de façon enflammée du travail réalisé avec les associations agricoles, que l’organisation sociale et l’action directe sont les meilleurs outils pour améliorer la situation des fermiers. Dernièrement, il a vu au marché des fraises bizarres, plus foncées que celles de Gaza et en prime recouvertes d’une couche de sable : des fraises égyptiennes transportées par les tunnels !!! Inadmissible ! Quand on sait que les fermiers locaux se battent pour écouler leur propre stock de fruits. Sa colère était incontrôlable et il a immédiatement téléphoné au ministre de l’agriculture en insistant d’augmenter le contrôle des tunnels de façon plus soutenue. J’ai vu de mes propres yeux qu’à Gaza, le sol est fertile et que les fermiers exploitent au maximum leur terre en travaillant dur. Ce qui reste de la campagne est magnifique: les oliviers et les citronniers, les palmiers et les cerisiers, les fraises et les aubergines, même les mauvaises herbes ‘chobeza’ y sont délicieuses.

 

Le 30 mars, ‘Journée de la terre’, des centaines de palestiniens et des activistes internationaux se sont dirigés vers les frontières avec Israël pour commémorer la mort de six Arabes israéliens et de nombreux blessés, tombés en 1976 lors des manifestations contre la confiscation de terrains par Israël. A la toute dernière minute, j’ai eu l’occasion de mener un débat sur les déterminants sociaux de la santé dans un centre éducatif pour femmes et enfants. Le message, comme quoi nous pouvons nous-même faire des choix sains et travailler ensemble à améliorer l’enseignement, l’environnement, les conditions de travail et les soins de santé est passé comme une lettre à la poste. Nous continuerons à suivre et soutenir le travail d’UHWC, qui rassemble des jeunes gens pour les former en tant qu’éducateurs de santé. Je fais entièrement confiance à ce projet de jumelage en espérant que le contact étroit entre l’équipe du Renfort et de Beit Hanoun continuera, puissant des idées nouvelles de part et d’autre.

Je ne vous dis pas 'wadaa'an' (adieu), mais 'ila liqaa' (à bientôt). Ila liqaa fi Belgica!

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