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03/08

La capacité d'adaptation au changement climatique des populations indigènes

Ce savoir indigène, selon de nombreux scientifiques, sera appelé à jouer un rôle central dans l'évaluation et les efforts d'adaptation au changement climatique

Donner aux populations indigènes des droits sur la terre est une solution prouvée contre le changement climatique alors que leur dénier les droits à la terre et à l'auto-détermination constitue une menace pour les forêts restantes et la biodiversité

Il est évident que les populations indigènes sont parmi les premières touchées par le changement climatique, ceci en raison de leur dépendance vis-à-vis de leur milieu naturel et de leur relation intime avec celui-ci. Aux Philippines, l'impact du changement climatique sur les populations indigènes est encore exacerbé par leur marginalisation et l'échec du gouvernement à prendre en compte leur situation de misère et à y remédier.

Dans les zones reculées le long de la chaîne de la Sierra Madre sur l'île principale de Luzon vit un des groupes des populations indigènes des Philippines, les Dumagat.

En août, notre partenaire Réseau du Changement Climatique pour les Initiatives portées par les Communautés (Climate Change Network for Community-Based Initiatives - CCNCI) a visité un village Dumagat à Rodriguez, dans la province de Rizal, dans le cadre de son étude en cours et des dialogues sectoriels sur les impacts du changement climatique, sur la vulnérabilité spécifique et sur l'évaluation des besoins du secteur.

Les Dumagat ont raconté comment le changement climatique a drastiquement modifié leur production de nourriture et leur mode de vie en général.

 

Impact du changement climatique

Vanessa, 32 ans, une Dumagat mère de quatre enfants, a expliqué que son village a déjà constaté des signes de changements majeurs au sein de leur environnement, dus à la modification du climat.

Suite au manque de pluie, le sol est devenu tellement dur qu'ils ont du mal à planter leurs cultures traditionnelles. Les animaux domestiques ont souffert d'une série de maladies en raison de la longueur de la saison sèche. Leurs cultures ont été endommagées comme jamais auparavant par des nuisibles, avec pour conséquence des récoltes fortement diminuées. Les schémas des périodes de pluie ont tellement changé qu'il est à présent devenu difficile de décider quand travailler la terre et planter les cultures. Des précipitations extrêmes causent des pluies violentes qui provoquent des glissements de terrain et une érosion du sol.

Pour survivre en cette période difficile, certains d'entre eux se sont tournés vers la production de charbon comme source de revenu additionnel. Malheureusement, la production de charbon ( kaingin) est considérée par beaucoup, et ce erronément, comme l'une des causes majeures de la dégradation des forêts, passant ainsi sous silence la réalité, qui est que les véritables responsables des dégâts sur l'environnement, le pays et la vie des populations indigènes sont les industries d'extraction telles que l'exploitation commerciale du bois, les carrières d'extraction et les mines à grande échelle.

Plusieurs études ont montré que la technique indigène du kaingin n'est pas une méthode agricole destructive mais plutôt une pratique d'agriculture durable bénéfique à la biodiversité et la productivité du pays.

Pourquoi les autorités veulent-elles nous arrêter parce que nous pratiquons le kaingin et que nous voulons vendre cinq sacs de charbon, tout en permettant la poursuite de l'exploitation forestière et de l'extraction minière ?, demande Vanessa.

 

Opérations minières versus terres ancestrales

De vastes opérations d'extraction ont déjà largement empiété sur les terres ancestrales des Dumagat et menacent de déplacer certains de leurs villages. Ces opérations ont détruit leurs forêts, leurs sources d'eau et les montagnes, ont endommagé la biodiversité dans la région et laissé de grandes quantités de déchets, ce qui amplifie encore les effets du changement climatique.

“Donner aux populations indigènes des droits sur la terre est une solution prouvée contre le changement climatique alors que leur dénier les droits à la terre et à l'auto-détermination constitue une menace pour les forêts restantes et la biodiversité. C'est aussi la cause première de la pauvreté. De nombreuses communautés indigènes sont confrontées à une pauvreté irrémédiable alors qu'ils vivent sur des terres riches en ressources, ceci parce que leurs droits ne sont pas respectés et leur développement en auto-détermination ne reçoit pas de soutien”, affirme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteur spécial de l'ONU sur les Droits des Peuples Indigènes.

 

Les femmes sont les plus vulnérables face au changement climatique

Mais ce sont les femmes pauvres, comme Vanessa, qui sont les plus fortement affectées par les impacts du changement climatique : en première ligne pour s'occuper des besoins de base des leurs, elles dépendent directement du milieu naturel pour leurs activités de subsistance. En outre, leur rôle est limité dans les processus de prise de décision, ce qui limite leur capacité d'adaptation au changement climatique.

Les recherches du CCNCI ont montré qu'en raison des changements de température, les femmes Dumagat ont dû subir les conditions suivantes :

  1. réduction des heures de travail dans leurs fermes en raison de la chaleur excessive en journée
  2. réduction de leurs revenus suite à des récoltes insuffisantes, ce qui les oblige à aller en ville chercher des jobs informels pour pourvoir aux besoins de la famille
  3. augmentation de leurs charges avec l'assèchement des sources d'eau
  4. augmentation des problèmes de santé
  5. augmentation des tensions au sein de la famille.

Cette étude, menée en partenariat avec la Fédération Nationale Amihan des Femmes paysannes (Amihan National Federation of Peasant Women), a été présentée par le CCNCI dans le cadre d'un forum sur “Les femmes et le changement climatique : une évaluation des capacités d'adaptation des secteurs vulnérables au climat” (Women in Climate Change: An Assessment of the Adaptation Capacities of Climate Vulnerable Sectors).

 

Les femmes, clé de l'adaptation au changement climatique

L'étude a également mis en évidence le fait que les femmes, bien que particulièrement vulnérables face au changement climatique, sont aussi les plus efficaces pour ce qui est de l'adaptation face à celui-ci, y compris lors de désastres.

“Il est particulièrement important de protéger les droits des femmes indigènes, qui sont souvent responsables à la fois de la sécurité alimentaire de leur communauté et de la gestion de leurs forêts”, estime Tauli-Corpuz.

Dans le village de Vanessa, les habitants mettent à présent en pratique des mesures d'adaptation, en particulier dans leur production de nourriture, comme le montrent les stratégies suivantes :

  • cultures mélangées et multiples comme méthode contre les nuisibles
  • plantation de variétés de bananes moins vulnérables face aux nuisibles
  • plantation de bambou, de citronnelle et d'arbres fruitiers pour prévenir l'érosion du sol
  • agriculture de contour
  • plantation et propagation d'herbes
  • plantation de cultures résistantes telles que pois d'angole, manioc et patate douce
  • enterrer les racines des cultures récoltées pour agir contre le desséchement du sol
  • encourager des actions collectives et organisées lors de la production de nourriture et lors de calamités

Ces stratégies d'adaptation font partie du savoir environnemental des populations indigènes, savoir nourri par leur relation étroite avec la nature. Ce savoir indigène, comme l'affirment de plus en plus de climatologues, sera appelé à jouer un rôle central dans l'évaluation du changement climatique et les efforts d'adaptation. Et ceci devrait être mis en évidence par rapport aux femmes indigènes, qui jouent un rôle vital en tant que gardiennes de ce savoir ancestral et des ressources naturelles.

 

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