BLOG

29/01

La génération montante

Le beau temps est revenu depuis la terrible tempête, qui a heureusement causé moins d’inondations chez nous qu'en Cisjordanie. La mer se repose calmement et des petits nuages s'accrochent dans un ciel bleu azur. La lumière du soleil est très éblouissant ici. Déjà l'année passée lors de mon mini voyage à Jérusalem cela m’avait interpellé lorsque je me trouvais à Tel Aviv. Je croyais que c'était à cause de la réverbération dans la mer des énormes immeubles blancs, mais 80 km plus au sud à Gaza le soleil éblouit tout autant. La région est fait pour être un petit paradis au bord de la méditerranée, avec ses collines fertiles à l'intérieur des terres. En se promenant dans le camp de Jabayla surpeuplé, cela devient presque ironique de voir les rayons clairs du soleil illuminer l'énorme saleté dans les ruelles étroites.

L'humeur des gens dépend, comme d’ailleurs la mienne, du temps qu'il fait. Pendant la tempête l'atmosphère n'était pas très joyeuse. Les coupures de courant étaient plus longues que d'habitude et le tonnerre rappelait aux enfants les bombes. Maintenant que le soleil brille de nouveau, les hommes s'installent dehors sur leurs chaises en plastique pour la papote traditionnelle et les nouveaux mariés se promènent main dans la main dans le petit parc et en bord de mer. Je vois beaucoup de femmes en niqab dans la rue, environ 1 sur 4. C’est un phénomène culturel, mais depuis que le Hamas est au pouvoir cela s’est amplifié. Ne vous méprenez pas : j'ai du respect pour la conviction de tout un chacun. Néansmoins je n'y peux rien, à chaque fois que je vois une femme complètement voilée cela me met mal à l’aise. Est-ce qu’elle aurait porté le niqab si elle avait pu aller à l’université, comme son frère ? Ou si les écoles étaient mixtes ici ? Aussi bien les hommes que les femmes expliquent que le port du niqab est un choix libre pour chaque femme. Est-ce que ce choix est vraiment libre si toute la famille, le quartier et le gouvernement vous observent ?

 

C’était une semaine très chargée au bureau de L’Union. J’y vais moins souvent depuis que je fais des consultations quatre jours par semaine à Beit Hanoun et que les deux jours restants, je fais des échographies à Jabalaya. J’essaie de retourner un peu plus tôt à Gaza pour faire un rapport sur mes activités à Jehan et Dr Youssef ainsi que pour m'informer sur le planning de UHWC. Lundi, ils étaient très occupés à interviewer des candidats pour le nouveau poste de coordinateur du « popular achievement program ». Ce programme existe depuis quelques années dans les centres culturels. Les jeunes de 14 à 17 ans y suivent un entrainement pour cerner les problèmes dans leurs quartiers en menant des enquêtes auprès de la population. Ensuite ils apprennent comment présenter les résultats aux comités de quartier et comment collaborer avec eux pour trouver des solutions. A Nusseirat par exemple des cours de rattrapage ont été donné gratuitement aux élèves en difficulté scolaire. Ce programme est désormais très populaire. Les parents sont convaincus qu’en participant à ce programme, leurs enfants auront de meilleures chances sur le marché du travail ou à l’université. Pour les centres culturels c’est une source idéale pour recruter de nouveaux bénévoles.

 

Mercredi il y avait une exposition organisée en collaboration avec Creart, une ONG espagnole qui depuis des années soutient financièrement les bénévoles d’UHWC et les entraine en thérapie créative pour les enfants. C’était un travail très ardu que de mettre sur pied cette exposition à temps. Même Mohammed, qui par ailleurs contrôle tout, était un peu stressé cette semaine, mais le résultat est époustouflant. (Voir vidéo: http://www.facebook.com/photo.phpv=326289224147012&set=vb.15440945464538...) Le monde colorié des enfants est représenté de façon originale et artistique (voir les photos). Les mères et leurs enfants venaient en bus de tous les coins de Gaza, chaque centre était représenté par une délégation. Une remise de prix avaient également été organisé pour les bénévoles, et les enfants couraient enthousiaste parmi leurs œuvres d’art et la table de réception pleine de gâteaux. Quelques journalistes de radio et télé locale étaient aussi au rendez-vous. Ces initiatives montrent une autre face de Gaza, où le talent est développé et apprécié avec un regard prometteur vers l’avenir.

 

C’était une semaine pleine de joie pour les enfants. Après les examens de janvier, les enfants scolarisés avaient deux semaines de vacances. Dans les centres culturels, le camp’d’hiver’ouvrait ses portes pendant 10 jours. Chaque jour de 8h30 à 13h00, 75 enfants de 6 à 12 ans participent à de multiples activités avec en prime une grande fête à la fin du camp. C’est avec plaisir que la semaine passée j’ai été jeté un coup d’œil à l’étage supérieur avant ma consultation, où les animateurs se débattaient avec une bande de joyeux enfants. Les souvenirs de mes années de scout me reviennent en mémoire. Le thème du camp était “ hygiëne pour la santé”. Les enfants travaillaient ensemble à des pièces de théâtre, des poèmes et des chansons sur le thème du lavage des mains, brossage des dents, alimentation saine, et un environnement propre. Quand on voit à la fête, les garçons et filles s’adresser aux parents d’une voix forte et fière, l’espoir d’un avenir meilleur pour la Palestine me revient soudainement. La jeunesse est prête à se battre pour un état libre plein d’égalité, de santé et de culture. Leur énergie commune est le plus précieux des antidotes contre la division et l’indifférence aux troubles qui sont constamment semés ici. Ce virus doit se propager abondamment, malgré le ‘lavage des mains’ ...

 

Pour finir, la réponse à une question fréquemment posée: “Comment les Gazaouis percoivent t'ils les élections israéliennes?”. Eh bien, ces élections sont le plus grand non-évènement à Gaza. Personne n’en parle, la plus part des gens n’étaient même pas au courant de la date des élections de leur voisins. Les Gazaouis adorent discuter avec passion de politique interne, mais ils ne s’intéressent pas de savoir qui est au pouvoir en Israël. Je ne m’attendais pas non plus à cette réaction, mais je peux comprendre. Cela ne change rien pour Gaza. Ce n’est pas demain la veille que l’occupation s’arrêtera. Pourquoi donc s’attarder sur le remue-ménage politique à Tel Aviv ?

2044 views