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19/03

La lutte contre des politiques perverses aux Philippines

Une des problématiques les plus importantes aux Philippines concerne le droit à l'accès aux soins de santé de la population, principalement les Philippins qui habitent dans les milieux ruraux où la majorité d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. La politique de privatisation de la part du gouvernement philippin n'arrange pas les choses et compromet ce droit à la santé.

Les sages-femmes aux Philippines sont sans défense face à cette politique.

En 2012, plus de 26 des principaux hôpitaux régionaux ont été privatisés aux Philippines. Aujourd'hui, ce sont 72 hôpitaux dirigés par le gouvernement qui ont été privatisés. Le gouvernement Aquino justifie la mise en place de ce « partenariat public-privé » sur base d'un objectif d'accroissement de la population philippine et la satisfaction de répondre aux besoins de santé des Philippins. La création d'emploi, la croissance économique grâce aux dépenses du gouvernement auront un impact positif en matière de santé publique, selon le gouvernement actuel. Pourtant, la situation aux Philippines est tout autre.

La politique du "no home birthing"

Prenons un exemple concret qui reflète la réalité sur le terrain : la politique du « no home birthing » (ou l'interdiction d'accoucher à domicile) qui a été mise en place par le Ministère de la Santé en 2009. Celle-ci consiste à réformer le secteur de la santé et à diminuer le taux de mortalité maternelle de 221 pour 100 000 naissances (2009) à 52 en 2015, date butoir des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) instaurés par les Nations Unies (desquels les Philippines sont signataires et dont un des objectifs est de diminuer la mortalité maternelle aux Philippines). « En 2009, quand on était arrivé à la moitié du parcours des OMD pour 2015, le gouvernement philippin a commencé à paniquer », rétorque Marites Bacuñata, Présidente de l'organisation partenaire de M3M aux Philippines Advocates for Community Health, « la date butoir se rapprochait petit à petit et le taux de mortalité maternelle était très élevé, c'est alors que le gouvernement a décidé de créer cette politique du « no home birthing » ». Selon le gouvernement philippin, celle-ci représente la cause principale de la mortalité maternelle.
Mais quelles sont réellement les mesures prises par cette politique ?

Avant la mise en oeuvre de celle-ci, les sages-femmes pouvaient assister les femmes qui accouchaient à domicile, il n'était donc pas interdit de donner naissance chez soi. A partir de 2009, date à laquelle l'arrêté du « no home birthing » est entré en vigueur, plus aucune sage-femme ne pouvait s'approcher des femmes lors de l'accouchement à domicile. Dans le cas contraire, la sage-femme ainsi que la mère seraient passibles de sanctions pour violation de l'arrêté, avec des sommes pouvant atteindre jusqu'à « 5000 pesos, équivalant à plus de 100 euros ! » nous confie Marites. « Les dirigeants philippins ne se préoccupent pas des autres aspects qui portent atteinte à la mortalité maternelle », rajoute Marites, « comme la malnutrition, ou l'anémie qui est une des principales causes de la mortalité maternelle, car plus la femme perd du sang, plus les risques de décès sont élevés. Or le gouvernement accuse les sages-femmes de faire leur métier et de promouvoir la culture traditionnelle philippinne d'accoucher à domicile sans faire attention aux causes réelles ». De plus, selon des experts de la santé, il n'y a aucun lien entre la diminution du taux de mortalité maternelle et la diminution des décès prématurés. Dans certaines régions des Philippines, le taux a même augmenté en raison de la politique de privatisation des hôpitaux.
Marites met également l'accent sur la responsabilité du gouvernement de ne pas prendre aux sérieux la réalisation des OMD : « les Philippines ont fait leur entrée dans la communauté internationale sans faire leur travail et sans assumer leur responsabilité. Tout est une question d'argent pour le gouvernement ».

Par la suite, plusieurs organisations dont Advocates for Community Health se sont associées et ont protesté pour faire entendre leur voix contre cette politique de « no home birthing ». En effet, dès lors que les femmes ne peuvent accoucher à domicile, elles sont dans l'obligation de se rendre à l'hôpital le plus proche, souvent situé dans une ville. Or la majorité de la population philippine vit très loin des villes et n'a pas accès aux soins de santé minimum. Être hospitalisé coûte très cher pour ces habitants, payer un médecin ou une sage-femme est au-dessus de leurs moyens (depuis la mise en oeuvre de la politique de privatisation des hôpitaux, une consultation coûte désormais 1500 pesos, ce qui équivaut à environ 30 euros.). Cette situation diminue l'accès aux soins de santé pour tous, et augmente les inégalités entre citoyens.

La politique de rationalisation des cliniques

A la suite de ces événements, les médecins et les sages-femmes n'ont pas eu d'autres choix que de trouver des solutions au plus vite (puisque leur travail est aussi mis en péril). Ils ont donc décidé de mettre en place des cliniques spéciales pour la maternité autour des villes et proches des milieux ruraux, ainsi ils ne se verront pas pénalisés pour avoir exercé leur métier au domicile de la future mère. Pourtant, en 2012, le gouvernement a réagi, mais négativement, en mettant en oeuvre une politique de rationalisation des cliniques. Cette politique consiste à obliger les cliniques à établir des standards de qualité, car selon le gouvernement elles sont contraire au règlement. De plus, si le personnel médical ne répond pas aux obligations de cette loi d'ici février 2015, il sera amené à fermer de force les cliniques de manière définitive.

La situation actuelle est telle que les sages-femmes aux Philippines sont exclues d'exercer leur métier au domicile de la mère, et sont contraintes de fermer leur cliniques pour cause de non-respect des standards de la politique. « Les sages-femmes aux Philippines sont sans défense face à cette politique » nous fait savoir Marites.

Advocates for Community Health et UPLIPP

Mais le combat ne s'arrête pas là pour autant. Des organisations comme celle de Advocates for Community Health mettent toute en oeuvre pour aider la population philippine à surmonter ces « trois politiques qui se complètent entre elles », comme le dit si bien Marites, « la politique de privatisation, la politique du « no home birthing » et celle de la rationalisation, toutes les trois sont très liées et interconnectées. Au final, la population n'a pas d'autre choix que de se rendre dans les hôpitaux privatisés ». L'organisation est aussi partenaires avec des ONG pour dénoncer ces trois politiques. Ensemble, ils organisent des campagnes, des réunions, et sensibilisent la population et le gouvernement à travers les média. « Nous avons aussi entamé une série de discussions avec les sages-femmes, car elles sont nos amies, et nous supportent dans notre travail quotidien. De ce fait, lorsqu'elles sont confrontées à un problème, nous avons l'obligation morale de leur venir en aide. ».

Après ces nombreuses discussions, Advocates for Community Health et des représentants du corps médical ont eu l'idée de créer une organisation, UPLIPP (« United Private Lying-In Practitioners and Proprietresses »), établie en décembre 2012 et composé de sages-femmes, de docteurs, qui se trouvent bloqués par ces politiques. L'organisation essaee d'informer les personnes sur les législations en vigueur et d'apporter ensemble des solutions.

Un problème majeur qui se pose en ce moment pour l'organisation est le non-remboursement des services de naissances pré-et postmaturées par PhilHealth (entreprise d'assurance national de santé). Les patients les plus démunis ne peuvent être remboursés de leurs soins effectués auprès des hôpitaux privatisés ! L'organisation UPLIPP aide ces patients à résoudre ce genre de problème. De plus, elle organise des campagnes mais aussi des formations à destination des membres de l'organisation, toujours dans l'optique de passer outre les mesures prises par le gouvernement philippin et de répondre aux besoins de base sur la problématique de l'accès au droit à la santé et aux soins de santés des Philippins.

Le droit à la santé et l'accès aux soins de santé restent encore et toujours une problématique majeure aux Philippines. M3M et ses organisations partenaires mettent tout en oeuvre pour établir une politique en faveur du droit à la santé.

Ci-contre, une vidéo qui donne un aperçu général de ce que fait le partenaire de M3M Advocates for Community Health sur le terrain.

                         

(article rédigé sur base de l'interview de la Présidente d'Advocates for Community Health, Marites Bacuñata, lors de sa visite chez M3M en décembre 2014)

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