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11/06

La Palestine et l'OMS, une relation difficile – un rapport du PHM

Le Mouvement populaire pour la santé était à la 71ème Assemblée générale de l'OMS à Genève. Dans le cadre de son programme ‘observateurs de l’OMS’ (WHO Watch program), ils ont fait état d'une discussion très intéressante sur la situation sanitaire dans les territoires palestiniens occupés, qui montre comment l'OMS est parfois malmenée par les grandes puissances telles que les Etats-Unis pour bloquer les interventions sanitaires.

Un certain nombre de pays prennent des initiatives pour condamner activement les conséquences de l'action israélienne dans la bande de Gaza et autres territoires occupés.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rassemble les pays dits développés et en développement pour traiter des aspects clés de la santé comme la couverture santé universelle, l'accès aux médicaments, la réaction face aux épidémies, ... C'est un lieu de diplomatie, de lobbying et de prise décisions importantes. C'est avant tout un lieu où le «pouvoir» est exhibé: à la fois politique, via les états membres, et financier, via les groupes de pression d’entreprises.

A travers ‘WHO watch’, une équipe de militants du Mouvement Populaire pour la Santé (MPS) assiste aux réunions du comité de l'OMS pour contribuer aux délibérations avec les représentants des pays. L'équipe élabore des notes de politique générale (policy brief), suit les principaux débats sur la santé, plaide auprès des délégués et fait des déclarations. La présence de cette équipe est essentielle pour faire entendre une voix critique. M3M soutient ce programme et y a participé à plusieurs reprises.

Le rapport ci-dessous a été rédigé par l'équipe des ‘observateurs de l’OMS’ (‘WHO watch’) de mai 2018.

Ce n’est pas la première fois qu’on y discute l'occupation

La 71ème Assemblée mondiale de la Santé, tenue à Genève du 21 au 26 mai, a examiné le rapport du Directeur général sur les conditions de santé dans les territoires palestiniens occupés et le Golan syrien occupé ainsi qu’un projet de décision présenté par 28 pays, demandant au Secrétariat de l'OMS de continuer à fournir un appui technique en matière de santé en Palestine. Ce rapport résulte d’observations sur le terrain et de la coopération entre l'OMS et les autorités sanitaires palestiniennes, visant à renforcer le système de santé en Palestine.

La question de l'occupation israélienne de la Palestine est un sujet récurrent à l'ordre du jour de l’Assemblée mondiale de la Santé, où un certain nombre de pays prennent des initiatives pour condamner activement les conséquences de l'action israélienne dans la bande de Gaza et autres territoires occupés.

La situation sanitaire dans les territoires palestiniens occupés

À cette occasion, le rapport a été accueilli favorablement par un certain nombre de pays, qui ont exprimé leur profonde préoccupation pour les conséquences sanitaires de l'occupation de la Palestine. La Bolivie, Cuba, l'Iran, l'Afrique du Sud et d'autres ont souligné que la présence de forces militaires et les interventions violentes des forces israéliennes non seulement mettaient sous pression le système de santé palestinien, mais qu'elles avaient aussi des conséquences graves sur la santé mentale de la population. De plus, ils ont condamné les récents événements où plus de 60 civils non armés ont été tués dans une action violente par les forces israéliennes, comme précédemment décrit dans la déclaration du MPS. Les délégués des pays ont déclaré que des cas de violence sont également visibles avec l'emprisonnement d'un grand nombre de mineurs et de femmes. Le délégué palestinien a mentionné l’exemple d'un enfant de trois ans récemment arrêté par l'armée, laissant sans doute des séquelles à long terme sur sa santé mentale. Cet exemple est corrélé aux données dans le rapport indiquant que plus de 300.000 enfants de la bande de Gaza ont besoin d'un soutien psychosocial.

D'autres préoccupations ont été soulevées lorsque le sujet de la mobilité et de la sécurité des patients et des travailleurs de la santé a été abordé. Comme l'ont noté les délégués, les checkpoints et les barrières physiques entravent la possibilité pour les patients d'accéder aux établissements de soins de santé étant donné qu’ils sont généralement obligés de parcourir de longues distances et d'être soumis à une inspection de leurs documents. Les patients résidant dans la bande de Gaza doivent en plus avoir un permis de sécurité pour accéder aux soins de santé en Israël, dont 12% ont été refusés en 2017. La même année, selon le rapport, “l'OMS a enregistré 54 patients décédés en attente de l'approbation de sécurité par les autorités israéliennes pour une consultation hors de la bande de Gaza. Trois décès sont survenus chez des enfants de moins de 18 ans.” Les pays qui ont marqué leur soutien ont averti que de telles limitations à l'accès aux soins de santé essentiels constituent une violation directe des droits de l'homme et devraient être immédiatement arrêtées.

Le soutien à la cause palestinienne a été unanime jusqu'à ce que ...

Le soutien des délégués à la cause palestinienne fut unanime jusqu'à ce que les Etats-Unis prennent la parole et accusent toute tentative de politisation du travail de l'OMS, considérant la discussion sur la santé en Palestine comme une tentative de ce genre. L'intervention des États-Unis s'inscrivait dans la lignée d'une intervention du délégué israélien, qui a qualifié la situation à Gaza d'urgence sanitaire, affirmant que le rapport du Directeur Général est biaisé. Les États-Unis ont accusé les représentants des pays d'hypocrisie en fermant les yeux sur la Syrie qui attaque ses propres citoyens. Les États-Unis ont furtivement rappelé à l'AMS qu'ils étaient le plus grand bailleur de fonds pour la Palestine, poussant ainsi les représentants des pays à voter contre la résolution. Il est intéressant de noter que, hormis les États-Unis, il n'y a pas eu d'intervention d'intervenants d’autres pays d’Europe ou d’Amérique du nord, qui sont généralement très actifs dans l’enceinte.

L'Inde tourne le dos aux Palestiniens

Les Etats-Unis ont appelé à un vote public sur le projet de décision. Cela a conduit à un changement de direction, la plupart des pays s’étant abstenus de voter ou ayant quitté la salle. Indépendamment de cela, le projet a été adopté par 90 voix pour et 6 voix contre, à savoir l'Australie, le Canada, le Guatemala, Israël, le Royaume-Uni et les États-Unis. Parmi les pays qui se sont abstenus lors du vote, il est intéressant de s'attarder sur le cas de l'Inde. L'Inde était un fervent partisan de la cause palestinienne dans toutes les réunions des Nations Unies, y compris à l'OMS. Traditionnellement, l'Inde votait en faveur des résolutions sur la Palestine jusqu'en 2016. 2017 a été la première fois où l'Inde s'est abstenue lors d’un vote sur une résolution sur la Palestine, clairement à cause des ordres reçus de New Delhi entretenant des relations économiques et stratégiques croissantes avec Israël.

Le résultat de la discussion signifie que l'OMS continuera à fournir un appui technique pour renforcer le système de santé dans les territoires palestiniens occupés, mais le résultat général du vote montre qu'un nombre important de pays ne sont toujours pas disposés à faire face à la situation en Palestine.

Notre partenaire à Gaza, the Union of Health Work Committees, a beaucoup de mal à payer ses factures en raison de la crise de l'électricité et du grand nombre de personnes blessées par des tireurs d'élite israéliens. Vous pouvez les aider en envoyant un don à BE15 0010 4517 8030 en indiquant «Don Nakba Day» dans la communication de votre virement.

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