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12/06

L'Amérique latine entre culture et répression

Une franche rigolade au bureau, Alexia et Vivian s’entendent bien, c’est clair. Le sujet de la discussion est pourtant très sérieux...

C’est une franche rigolade qui me souhaite la bienvenue quand je rentre au bureau. Ma collègue Alexia et la médecin bolivienne Vivian Camacho s’entendent bien, c’est clair. Pourtant, le sujet de leur discussion n’en est pas moins sérieux. Vivian est active au sein de notre organisation partenaire en Amérique latine (le Mouvement pour la Santé des Peuples MSP-LA). 

Vivian parle de l’aspect culturel de la domination occidentale sur son continent : « Ils nous font croire que notre culture est en retard, que nos savoirs ne sont pas suffisants, c’est comme nier l’être humain. Il ne s’agit pas que de l’Amérique latine, mais bien du monde entier. » Et qu’est-ce que l’Occident offre en échange ? « Ils prennent les terres pour les mines, ils vendent l’eau, ils imposent des cultures d’OGM et mettent d’autres produits chimiques dans la nourriture. C’est dans leur intérêt. Si on a des remèdes qui coûtent moins chers que leurs médicaments, ça ne leur convient pas. Si on a de la nourriture saine, ça ne va pas non plus car on ne va pas tomber malade. »

En entendant Vivian dire ce que l’Occident impose à leurs communautés, je pense immédiatement à Ruben Herrera, militant pour la défense des villages de Huehuetenango au Guatemala. Ruben Herrera a été emprisonné pour son opposition à un projet de barrage dirigé par l’entreprise espagnole Hidralia Energy dans la communauté Maya Q’anjob’al à Barillas. La police l’accusait d’avoir participé à des émeutes qui ont éclaté dans la ville de Santa Cruz de Barillas, mais aucune preuve ne confirmait cette accusation. Au contraire, son opposition au barrage s’est toujours faite de manière pacifique. 

Pour ce militant des droits de l’Homme, sa détention faisait partie de la stratégie de persécution et de terreur menée par la compagnie espagnole, le gouvernement guatémaltèque, les investisseurs et les autorités espagnoles afin de garantir qu’il n’y ait pas d’opposition publique lors de la construction du projet hydroélectrique.

Mais Ruben a eu de la chance. Une mobilisation de solidarité, à laquelle M3M a adhéré, a exigé sa libération immédiate et préparé un communiqué à envoyer aux ambassades guatémaltèque et espagnole à Bruxelles, aux ambassades belges et espagnoles au Guatemala, à Hidralia Energía ainsi qu’à des journalistes, des parlementaires et des responsables politiques belges. En conséquence, Ruben a été libéré suite à son audience, le 30 mai. Un bel exemple de l’efficacité de la solidarité internationale.

Vivian confirme : « Il faut s’organiser. Peu importe nos différences, nous avons un but commun : prendre soin de la vie. C’est comme cela que le mouvement est solidaire. Nous sommes des millions de personnes qui veulent changer les choses. On ne se conforme pas à l’État corrompu, aux industries de la mort, de la guerre, au fait qu’on doive bombarder quelqu’un à l’autre bout de la Terre. Nous avons notre façon de faire. Grâce à cette solidarité, nous avons beaucoup de pouvoir et nous pouvons changer les choses et faire en sorte que la vie continue pour chacun. »

 

 

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

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