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27/11

Le 5ème sommet des peuples indigènes de l’Abya Yala

Du 11 au 16 novembre, j’ai eu l’occasion de partir en Colombie, où se tenait le sommet continental des peuples indigènes. Au programme : la rencontre des jeunes indigènes, celle des femmes indigènes et celles de communicateurs indigènes. Les deux derniers jours sont consacrés aux réunions communes des hommes, femmes, anciens et jeunes indigènes de tout le continent de Abya Yala (nom ancestral du continent américain). Je n’ai malheureusement pas pu assister aux trois premières rencontres, nous sommes arrivés très tard à la Colombie. 

Il est entre autre décidé d’écrire au Vatican, pour demander le démantèlement de la croyance en la découverte du continent américain par Christophe Colomb

En effet, le voyage nous a pris plus de trente heures en cars. Nous étions 15 à partir de Cuenca de Guapondélig, mais plus de 150 équatoriens étaient déjà là-bas. Arrivés au milieu de la nuit entre mercredi et jeudi. A  ce moment-là encore, beaucoup de participants se trouvaient autour du feu sacré. Ce feu, au milieu du campement, représente les assemblées indigènes ancestrales. Toutes les décisions communautaires se faisaient autour du « Taita fuego » (grand-père feu).

Dès le lendemain, j’assiste aux différentes réunions, filmant, prenant des photos. L’objectif est de m’imprégner de l’ambiance pour ensuite écrire un petit article et aider à la création d’un petit reportage sur l’événement.

Après une réunion en plénière, toute l’assemblée se répartit autour de sept tables de travail, qui ont comme sujet l’incidence politique des peuples indigènes ; la lutte continentale ; le sommet international des peuples indigènes de l’ONU (2014) ; l’extractivisme, la criminalisation et la militarisation ; la souveraineté alimentaire ; l’Etat moderne et les peuples indigènes ; l’éducation et la santé interculturelle.

Je reste avec le groupe qui travaille à l’extractivisme, la criminalisation et la militarisation, étant donné que c’est sur ce thème que je me concentre dans le cadre de mon travail. Premièrement se définissent les concepts. L’extractivisme est entendu comme toute activité consistant à extraire des ressources de la terre, de manière intensive et sans prendre en compte les besoins de la nature : dans cette définition rentrent les monocultures, la déforestation massive, la minerie et l’exploitation pétrolière. Pourquoi ce thème est-il lié à la militarisation et la criminalisation ?

La réponse est vite donnée : le capitalisme, guidé par la recherche du profit maximal, a mené à à l’exploitation de la terre et de la nature, privatisant les territoires des peuples et ce qu’ils signifient : l’eau, l’alimentation. Bien entendu, les populations résistent aux invasions. La réponse des gouvernements, qui répondent aux intérêts des entreprises capitalistes, est ferme : militarisation des territoires, terrorisme d’État, criminalisation des revendications sociales.

La rencontre est riche en échange d’expériences et de connaissance, en idées et propositions. Ainsi, les peuples bolivien, péruvien, équatorien et guatémaltèque racontent ce qu’il se passe dans leur différent pays. Une péruvienne vivant en Suède raconte ce qu’il se passe aussi là-bas pour les peuples indigènes d’Europe. Certaines personnes racontent également comment il leur fut difficile d’arriver en Colombie, étant donné qu’ils sont condamnés dans leurs pays respectifs pour sabotage ou terrorisme.

Beaucoup d’idées sont mises sur la table, comme par exemple remplacer le jour de la « découverte de l’Amérique » du 12 octobre par une journée en l’honneur de la résistance des peuples.

Après une cérémonie pour terminer la journée, place à la culture : concerts, danses, peintures. Le dernier jour, les différents groupes font un rapport en plénière sur les résultats des discussions, et se crée la déclaration du 5ème sommet des peuples indigènes de l’Abya Yala. Il est entre autre décidé d’écrire au Vatican, pour demander le démantèlement de la croyance en la découverte du continent américain par Christophe Colomb, historiquement soutenu par l’Eglise, qui est une forme de continuité de la croyance en la supériorité du peuple européen sur les peuples indigènes.

D’autres actions sont décidées, comme l’envoi d’une carte de solidarité en Suède et aux autres peuples victimes de l’extractivisme et de la criminalisation dans le monde ; une participation directe et forte au sommet de l’ONU à New York en 2014  et un renforcement des réseaux continentaux des peuples en lutte contre l’exploitation.

 

Au cours de la réunion du vendredi, nous apprenons que les Farcs venaient d’assassiner un indigène dans un village situé à une heure et demie de là où nous nous trouvions. Nous décidons donc de sortir dans la rue, bloquer la circulation et de chanter, danser et peindre pour la paix. Les peuples indigènes de tout le continent se sont unis à la souffrance des colombiens, pour demander la fin d’une guerre dans laquelle, sans le vouloir, ils sont impliqués, coincés entre des forces extérieures.

«  Non aux crimes d’Etat » ; « Comptez sur nous pour la paix, pas pour la guerre » ; « Ils tuent un des nôtres, mais jamais ils n’arriveront à en terminer avec nous » sont quelques-uns des slogans qui sont chantés dans la rue.

L’homme tué vendredi passé était un garde indigène, chargé de veiller au territoire de sa communauté. Parmis la garde se trouvent des femmes, des enfants, des personnes âgées. Leur présence pendant toute la rencontre était forte et impressionnante, et la mort d’un de leurs frères touche tout le monde. L’idée de créer une garde indigène dans les autres pays est reprise dans la déclaration du sommet.

 

Quand tout le monde approuva la version finale de la déclaration, une cérémonie ferme la rencontre. Autour du feu, les chefs indigènes reçoivent un bâton, symbole de l’union et de la paix. Tout le monde boit la chicha (boisson à base mais) et on termine en chanson et en danse.

 

Cette rencontre fut pour moi l’occasion de remettre les luttes indigènes équatoriennes dans le contexte international, et de découvrir la joie de la lutte continentale. Tout se fait en chantant, dansant, et en couleurs. Un groupe de jeunes a, pendant tout l’événement, peint des portraits muraux des dirigeants.

 

Vendredi dans la nuit, nous repartons pour l’Equateur. Nous sommes alors 5 bus à quitter le campement de la garde indigène de María Piendamó, mais avec de nouveaux projets et rendez-vous !

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