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23/07

Le micro crédit pousse encore plus dans la pauvreté les victimes philippins du typhon Hayan

Fin 2013, après le typhon dans les Philippines, beaucoup de victimes désespérées ont conclu des emprunts à des institutions de micro crédit. Huit mois après le typhon, le gouvernement national n'a encore rien fait de son programme de réhabilitation. Entretemps beaucoup d'institutions commerciales de micro crédit ont rendu la vie des emprunteurs encore plus difficile. Ils sont beaucoup plus soucieux d'être remboursé que d'aider les victimes à la reconstruction.

Je reste éveillée la nuit car je ne sais pas ce que mes enfants auront à manger le jour suivant. Mes enfants vont souvent à l'école sans nourriture et argent. J'ai payé leurs fournitures scolaires avec un emprunt.

Pour Perla c'est la période la plus difficile de sa vie. Sa maison de bambou et de fer galvanisé tombe en ruine. Huit mois après le typhon elle et son mari doivent encore toujours chercher après le matériel approprié afin de remettre en état sa maison, car l'aide du gouvernement n'arrive pas. Mais cela est à vrai dire le problème le moins important.

Ce qui la préoccupe le plus est comment va t'elle trouver l'argent pour rembourser son emprunt à l'institution commerciale de micro crédit. En absence de soutien des autorités, les institutions de micro crédit ont poussé comme des champignons dans le territoire touché par Hayan. Ils  proposent des prêts aux survivants, en prétendant les aider pour remettre tout en état,  après la catastrophe.

Ainsi que la plupart des ses voisins à Barangay Culajao, Roxas city (Roxas city est situé au point le plus au nord de l'île de Pany dans l'ouest  du Visayas), Perla a conclu un micro crédit. Elle et ses voisins retirent leur revenu principalement de la capture d'huîtres et des moules. Lorque Hayan a rasé leur village, l'infrastructure pour la capture a été complètement détruite. Parce qu'il y a un total manque de soutien des autorités, la plupart des habitants doivent faire appel au micro crédit pour satisfaire à leurs besoins journaliers.

 

Travailler pour payer les dettes

Pour Perla il est clair qu'elle ne pourra pas rembourser son prêt, mais le micro crédit poursuit son action et la met sous pression. «Je ne sais pas d'où je peux trouver l'argent. Les rentrées de mon mari de la vente de crèmes glacées, ne sont pas suffisantes pour acheter à manger », dit Perla. « Je reste éveillée la nuit car je ne sais pas ce que  mes enfants auront à manger le jour suivant. Mes enfants vont souvent à l'école sans nourriture et argent; J'ai payé leurs fournitures scolaires avec un emprunt. »

La plupart des femmes du village font la même chose. « nous vivons toutes avec des dettes. La plus grande partie de ce que nous gagnons chaque jour sert à payer le micro crédit », dit Mary Krisia, une amie à Perla.

Ce n'est pas exagéré de dire que nous travaillons pour payer nos dettes. Les problèmes de santé sont encore devenus plus importants car nous n'avons pas d'argent pour les médicaments ni pour une  visite chez le médecin lorsqu'on est malade.

 

La promesse du micro crédit

Les institutions de micro crédit fournissent des petits prêts aux personnes qui normalement ne rentrent pas dans les conditions pour pouvoir emprunter à une banque. Ils reçoivent ces prêts en vue de soutenir l'esprit d'entreprise. La plupart des bénéficiaires sont des femmes, 95% des emprunteurs sont des femmes. Il est considéré comme un instrument financier innovant qui combat la pauvreté, principalement en zone rurale.

Beaucoup d'institutions de micro crédit suivent le principe de la banque Grameen, institution de micro crédit qui a reçu le prix Nobel de la paix. Elle donne des petits prêts aux pauvres sans demander de garantie. La plupart des institutions utilisent l'emprunt de groupe et elles utilisent la pression à l'intérieur du groupe pour être certain que les emprunteurs restent disciplinés à payer leurs prêts. Ainsi ils construisent une bonne qualité de crédit. Mais de plus en plus, les gens commencent à se demander  si le micro crédit est efficace à sortir les gens de la pauvreté. 

 

Voilà comment vont les choses à Culajao

Un médiateur vient  dans un village et parle du micro crédit (la plupart du temps à des femmes), de son but et des résultats qu'il veut atteindre, et demande, à ceux qui décident de faire un emprunt de faire des groupes de 5-10 membres. Un emprunt moyen à Culujao est de 5000 peso philippins (85 euro) par individu avec un intérêt de 20% pour une période de six mois. La durée normale d'un emprunt est de 6 mois et pendant cette période chaque emprunteur paye 250 peso philippins (4.3 euro) par semaine. Se rajoute à cela, 50 peso pour le plan d'épargne obligatoire, l'argent qui sera utilisé par l'institution financière pour trouver d'autres emprunteurs. Avant que le prêt soit accordé, chaque emprunteur doit donner 230 peso pour le plan d'épargne et pour les autres frais. L'argent du plan d'épargne obligatoire sera rendu au moment ou la dette dans son entièreté sera payée.

Durant la période de l'emprunt l'institution organise différentes formations comme la préparation de la nourriture, l'élevage, la fabrication de savon,...Ces formations ne sont clairement pas basées sur les besoins des membres ni non plus sur les possibilités et les besoins du marché local. Un emprunteur qui  ne peut pas suivre une formation doit payer une amende de 200 peso (3.4 euro).

Si un emprunteur ne peut pas payer  son remboursement, le groupe est là pour le payer. Dans beaucoup de cas les gens qui n'ont pas l'argent pour payer leur emprunt, font souvent un emprunt à une autre institution de micro crédit pour pouvoir payer. Il n'est pas  exceptionnel qu'un emprunteur à plusieurs emprunts en même temps auprès de différentes institutions de micro crédit, ce que les critiques nomment 'le piège de l'endettement'.

 

Du non profit au but lucratif

Durant ces dernières années l'objectif des institutions de micro crédit s'est déplacé d'une  tentative d'aider les pauvres  à sortir de la pauvreté vers une branche d'activité qui a pour but de faire du profit. Cela a entrainer des frais incontrôlés de taux d'intérêts massifs. Cela a eu comme conséquence que beaucoup d'institutions seront axées plus tôt sur le remboursement  que d'assister les emprunteurs au déploiement de leur propre entreprise.

Dans le cas de Perla il est clair qu'avec le micro crédit  les conditions de vie de sa famille se sont aggravées après le  passage de Haiyan.

Récemment un établissement de micro crédit a accordé à ses emprunteurs qui étaient tous des victimes du typhon, un prêt de 10 000 peso (170 euro). La firme n'accorde pas d'argent, mais du matériel de construction, comme des toitures en fer,  du bois, des clous et autre matériel. Le remboursement durera 5 ans et après ces 5 ans les emprunteurs devront avoir remboursé la somme totale plus un intérêt de    15 000 peso (257 euro), qui est un intérêt de 10% l'an. Certains emprunteurs ont remarqué que le matériel était  trop cher,  mais désespérés ils ont dû accepter l'emprunt.

 

Le danger du piège du micro crédit

Différentes études ont montré que le micro crédit ne diminuait pas la pauvreté, mais au contraire, certaines communautés sont tombées dans le piège du micro crédit. Les problèmes de remboursement conduisent à d'extrêmes humiliations et dans les cas les plus graves à des suicides, comme dans  une province  indienne où 200 cas de suicide ont été lié au non remboursement d'emprunt de micro crédit. Les détracteurs soutiennent que le micro crédit n'aide pas à sortir de la pauvreté, car il ne change rien aux causes de la pauvreté.

Feiner en Drucila Baker montraient dans leur recherche « A Critique of Microcredit : Microfinance of Women's Poverty », micro créditititcrocrédit confirme le néolibéralisme : « les institutions néolibérales telles que Grameen Bank einstitutionsinstituitions du même genre n'ont aucune influence, car les insmicro crédite microcrédit ne changent pas la situation structurelle de la globalisation, comme la perte du pays, la privatisation des services publics essentiels, ou les économies sur les soins de santé et l'enseignement. Ceux-ci sont précisément les facteurs qui causent la pauvreté des femmes dans les pays en voie de développement. Pourquoi les gouvernements nationaux et les institutions internationales promeuvent alors le microcéphale , alors qu'ils encouragent le travail des femmes dans les secteurs informels?

 

Vers une alternative

Le micro crédit passe, comme le plan de lutte contre la pauvreté parfaitement dans une idéologie qui considère la pauvreté comme un problème individuel et donc, dont la responsabilité n'est pas celle des gouvernements, des responsables politiques, des directeurs des banques, mais bien celle des femmes pauvres elles-mêmes.

Les programmes de micro crédit n'ont rien à voir avec les problèmes structurels qui sont la cause de la pauvreté.

Ils prétendent  aussi que le micro crédit remplace les coopératives que les gens ne peuvent pas mettre en place. Ces coopératives sont mises en place avec l'idée que les gens  savent ce qui est le mieux pour eux, et ils prétendent travailler ensemble avec eux pour atteindre leurs buts. Ces coopératives veulent renforcer la participation des gens et ainsi créer des communautés plus solides.

 

Le succès des coopératives à Talang-An

Un bon exemple est la coopérative qui s'est créée juste après le typhon Haiyan par une association de pêcheurs dans le petit village de la côte Talang-An, dans la ville de Panay (une ville située tout près de Roxas City). La coopérative lutte  actuellement contre la spoliation des terres par un propriétaire foncier  local qui prétend être le propriétaire de la bande côtière et tente de les chasser en ayant recours à la violence. Ce propriétaire foncier voudrait transformer la bande côtière en un parc de vacances et un centre commercial. Les habitants décidèrent de créer une coopérative  afin de combattre ensemble  et lutter contre la spoliation de la terre. Grâce à l'aide de différentes organisations comme Gabriela, le partenaire de M3M, et Pamalakaya (une organisation nationale de pêcheurs) ont pu acheter 6 bâteaux et différents espaces de stockage pour la pêche.

Grâce à la coopérative les membres peuvent directement vendre leurs poissons  au marché sans être obligé de passer d'abord par des personnes intermédiaires qui achètent le poisson à un prix très bas. Une grande partie de leur  recette est utilisée dans leur lutte contre la spoliation de la terre. Un de leur plan est de créer  une barricade au cas où le propriétaire foncier déciderait de détruire leurs maisons avec
des bulldozers.

« Pendant que nous nous munissons d'une barricade, les autres iront pêcher et vendre le poisson et ainsi   subvenir à notre subsistance pendant la lutte,» dit Jona Begalan, un membre de Gabriela et un des dirigeants de l'organisation. Une autre partie de la recette pourra être utilisée pour la reconstruction des maisons qui ont été complètement détruites par le typhon Yolanda. « nous voulons montrer à ceux qui ont volé le pays que nous ne voulons pas quitter la région, « Ajoute t'elle. »

La coopérative donne aux gens ainsi les moyens de s'organiser eux-mêmes et de faire confiance dans  leurs propres forces pour devenir économiquement autonome et de commencer des actions politiques qui feront progresser leurs affaires et leur permettra de se battre pour leur droits.

 

Une solution possible dans le combat contre les inégalités

Les coopératives prévoient également des formations, non pas pour augmenter les rentrées de ses membres mais afin de leur faire prendre conscience de leur responsabilité, ainsi que de l'utilisation durable des matières premières et de la présence des problèmes environnementaux. Les coopératives donnent à leurs membres une voix par la prise de décisions et les incitent à entreprendre des actions quant aux problèmes de leurs droits et de leur subsistance. Il n'est donc pas inhabituel que les gens protestent contre des affaires comme l'exploitation  à grande échelle de la spoliation des terres pour un usage commercial.

Les coopératives comme celle de Talang-an veille donc non seulement à une croissance économique durable, mais aussi à des changements sociaux. A l'opposé du micro crédit les coopératives incitent leurs membres de prendre en charge eux-mêmes leur propres développement. Les membres pensent aussi non seulement à leur propre prospérité mais aussi à celle des autres.
Les coopératives sont donc une arme importante pour combattre les inégalités.

Pendant que s'écrit cet article, Gabriela a commencé également à mettre en place un programme dans le village de Perla et le projet comme le rétablissement de la pêche des huîtres et des moules, comme le soutien financier à la population afin qu'ils puissent redémarrer. Comme dans la coopérative à Talang-an l'organisation gérera le programme et, par le travail en commun et par l'assistance mutuelle entre les membres on veillera au succès du programme. Avec ce programme Perla et ses voisins ont un espoir de sortir du piège du micro crédit.

 

Sources:
1. http://www.bbc.com/news/business-11664632
2. http://noorimages.com/feature/philippines/
3. http://en.wikipedia.org/wiki/Grameen_Bank
4. http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052970203918304577242602296683134
5. http://www.imow.org/economica/stories/viewStory?storyId=3693
6. http://www.ifad.org/media/events/2014/cooperatives.htm

 

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