BLOG

05/03

Les femmes, le 8 mars et les Philippines

Le 8 mars est la journée internationale des femmes. Je suis curieux de voir comment cela va se fêter aux Philippines.

Le 8 mars est la journée internationale des femmes. Je suis curieux de voir comment cela va se fêter aux Philippines. Bizarre, en fait, que la journée des femmes me fasse immédiatement penser aux Philippines. Cela a peut-être à voir avec Obeth. Obeth, c’est une des pionnières de l’organisation militante philippine Gabriela, avec laquelle M3M travaille déjà depuis des années. L’an passé, je l’ai rencontrée à deux occasions. En novembre, elle avait en effet animé ici à Bruxelles un excellent atelier de travail sur les mouvements de femmes.

Je n’en croyais d’ailleurs pas mes yeux lorsque, le jour de la Saint-Valentin, je l’ai vue à la télé. « Plus d’un milliard de femmes subissent des violences, et nous, en tant que femmes, nous ne pouvons le tolérer. C’est pour cela que nous voulons que cette journée signifie la fin de la violence envers les femmes, déclarait-elle à un journaliste de l’agence de presse britannique Reuters. Elle était interviewée dans le cadre de la campagne internationale One Billion Rising, qui invitait ce jour-là un milliard de femmes (et d’hommes) à se lever et à danser ensemble pour protester contre la violence subie par les femmes. Aux Philippines, l’événement a été un grand succès, entre autres grâce à l’investissement d’Obeth et du mouvement Gabriela.

Obeth en connaît d’ailleurs un bout sur les droits des femmes. Dans son pays, toutes les 43 minutes, une femme est battue par son conjoint ; toutes les 80 minutes, un enfant subit des violences physiques ; un demi-million de personnes, dont 100 000 enfants, sont victimes de la prostitution ; chaque jour, 11 femmes meurent de complications lors d’un accouchement.

La violence physique et les abus sexuels ne sont pas les seules formes de maltraitance envers les femmes et les enfants. L’injustice économique et les persécutions politiques touchent 60 % des femmes philippines. Par la politique économique du gouvernement, un million de femmes ne trouvent pas de travail. Pour survivre, elles sont des milliers de femmes à devoir quitter leur famille et leurs enfants pour aller travailler à l’étranger. Cette situation n’est pas un hasard, mais le fruit de choix politiques et économiques qui touchent avant tout les plus faibles. S’opposer à cette politique est en outre très dangereux. En 2010, trois femmes ont été assassinées uniquement pour leurs convictions politiques. Gabriela souligne par ailleurs une autre forme d’oppression : les viols par des « hommes en uniforme », qui sont loin d’être exceptionnels.

La résistance ne peut pas être une affaire individuelle. Pour Gabriela, le développement d’un mouvement de femmes fort, qui implique aussi les hommes dans sa lutte, est une priorité absolue. Ce n’est que comme cela qu’il sera possible d’atteindre l’indispensable changement social et économique. Ensemble, on est plus forts: c’est ce qu’affirme Gabriela, et c’est son mode d’action. Peut-être est-ce pour cela que ce mouvement m’impressionne tant.

 

 

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

8191 views