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04/07

Les Philippins doivent faire de la place pour les compagnies minières et les hôtels

Quelques villages de la côte de la ville de Roxas, de Panay et de la région occidentale de Visayas qui l'année passée furent touchés par le typhon Haiyan, risquent d'être détruits. C'est une conséquence de la politique de 'zone sans logement' de l'autorité nationale des Philippines.

Cette politique prévoit que toutes les maisons qui furent détruites par le typhon Haiyan ne peuvent  pas être reconstruites si elles se situent dans ces zones. Alors que des commerces et des constructions pour le secteur touristique ont été reconstruites. Selon l'autorité publique la politique est de diminuer le risque de catastrophes sur les régions côtières. Les habitants concernés se rebellent contre cette politique qui a pour but de détruire leurs communautés et y mettre à la place une grande entreprise.

 

Bienvenue au paradis des fruits de mer

A mon arrivée à l'aéroport de la ville de Roxas, je ne pouvais m'empêcher de sourire. Je fût accueilli par une grande affiche publicitaire où il était inscrit: “Bienvenue à la capitale des poissons et fruits de mer des Philippines”. A côté de ce message les visages  grisonnants du bourgmestre, du président Benigno Aquino III et du ministre Mar Roxas (originaire cette ville). Ils semblaient scander à tous que dans la ville Roxas, le business avait repris son cours habituel.

Il y sept mois, la ville Roxas était un des lieux les plus détruits de la région de Visayas. La tempête détruisit les maisons et également les bateaux pêcheurs qui  ne survécurent pas à la menace naturelle. La ville de Roxas se situe au point le plus au nord de l'île de Panay dans la région occidentale de Visayas.

Tout près de l'aéroport se situe une place appelée Baybay, qui signifie 'la plage'. Alors que je passais dans ce secteur, je vis des gens qui vendaient les fruits de mer dans les restaurants juste reconstruits. Je vis des pancartes pour des stations balnéaires qui annonçaient leurs prochaines ouvertures. A un certain moment mon chauffeur me demanda de regarder à gauche une maison clôturée. Il me raconta que cette maison était celle de Mar Roxas et que c'était la seule construction à Baybay restée intacte pendant la tempête.

Mar Roxas est le candidat présidentiel du parti politique au pouvoir aux élections nationales en 2016. Lors des dernières élections, il perdit de justesse le combat avec Jojemar Biany pour la vice-présidence. Roxas est une des familles les plus riches du pays. La ville a été nommée Roxas du nom du grand-père, Manuel Roxas, le premier président des Philippines après l'indépendance des États-Unis en 1946.

 

Marteau de démolition sélectif

C'était une toute autre vision lorsque j'ai atteint ma destination, barangay Culasi. Culasi était une des régions de la côte qui a été fortement touchée par Haiyan. C'était  même un des rares villages qui a été visité par le président après la catastrophe. A la place de reconstruire les maisons, je vis des maisons qui avaient été démolies et qu'une partie de la côte avait été fermée par une clôture. Ceci est une 'zone sans logement'. Des soldats du pouvoir étaient stationnés tout près afin qu'aucun habitant ne revienne reconstruire son habitation. Selon les habitants, la côte est riche en magnétite et ils ont entendu des rumeurs qu'une grande société minière est intéressée d'exploiter la région.

J'ai immédiatement pensé aux visages grimaçants sur le panneau publicitaire de l'aéroport. Et je n'ai pas pu contenir un sourire. La plainte des habitants que la politique de 'zone sans logement' menée par le gouvernement Aquino a pour objectif de démolir les communautés et de faire de la place pour des grosses entreprises,  se révèle bien fondée.

Un mois après le passage de Haiyan, le président Aquino a donné des instructions au département du milieu et des réserves naturelles de désigner comme 'zone sans logement' la région de l'est de Visayas. Ces zones sont situées à 40 mètres de distance à marée haute  de la plage. La reconstruction des maisons qui ont été  dévastées par Haiyan, est dans cette région interdite. Les autorités prétendent que c'est afin d'éviter le risque de catastrophes suite à des tempêtes dans la région côtière.

En février, Panfilo Lascon, à la fois sénateur et assistant présidentiel pour la reconstruction et la réparation, adapta la politique de 'zone de non-construction' en 'zone sans logement', ainsi les commerces et les constructions touristiques peuvent être reconstruites.

 

Mécontentements croissants de la population

J'ai parlé avec Annaliza, une responsable communautaire chez Gabriela (organisation de femmes et partenaire de M3M) et je lui ai demandé ce qu'elle pensait de la démolition ininterrompue dans la communauté. « Nous ne sommes pas habitués à regarder et simplement supporter », disait-elle. « Nous allons nous battre »

Annaliza disait que plus de 50 maisons furent détruites avec l'aide de l'armée. Qu'un quart des ces maisons se trouvaient dans la 'zone sans logement'. Les maisons furent endommagées pour le typhon, mais elles étaient encore debout. Elle disait que le bourgmestre avait promis à chaque famille affectée 15.000 pesos philippins  (environ 250 euro) mais que cet argent sera versé par tranches successives. Il n'a pas été question de mise en œuvre d'un plan de logement.

Entretemps, les habitants ont commencé eux-mêmes à s'organiser et se mobiliser pour entreprendre une action contre cette politique. Les responsables des communautés, comme Annaliza, ont sensibilisé les habitants et les incitent à protester contre les 'zones sans logement'. Gabriela a organisé une formation pour différentes communautés et organisations sur la manière de mener des campagnes d'information pour soutenir la mobilisation.

Alors que je passais à nouveau sur mon chemin de retour devant la maison de Mar Roxas, j'ai réalisé que la maison était située à moins de 40 mètres de la plage. Mais qui oserait la détruire ? Elle ne le sera pas, cela est certain.

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