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22/04

L'UE défend-t-elle le climat ou les multinationales ?

Aujourd'hui à New-York, 160 pays se réunissent pour signer les Accords climatiques de Paris. Mais d'un autre côté, ils travaillent sur les négociations de traités commerciaux tels que le TTIP qui auront un impact négatif important sur le climat. Anne Denis, collaboratrice politique chez M3M, a écrit une carte blanche pour MO basée sur une étude de sa collègue Alexia Fouarge.

Dans un document fuité présenté au Conseil européen du 20 novembre 2015, il était écrit que l'UE était contre "toute mention explicite du commerce" dans l'accord de Paris sur le changement climatique

Quelques chiffres

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, le changement climatique fait 150 000 victimes par an à travers le monde. Mais les populations ne sont pas égales face au changement climatique. Les pays du Sud sont plus souvent frappés par des événements climatiques extrêmes que les pays du Nord. 95% des décès causés par les catastrophes naturelles ont lieu dans des pays pauvres alors que ce sont les pays du Nord qui polluent le plus.

Cette situation ne va à l'avenir pas s'améliorer. Le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'évolution du climat) prévient que si aucune réduction drastique n'a lieu en matière d'émissions de CO2, les pays de basse latitude seront davantage touchés par des événements climatiques extrêmes (cyclones, sécheresse, inondations) qui ne feront qu'augmenter en ampleur et en fréquence. Nous l'avons vu encore récemment avec les inondations et tempêtes provoquées par El Niño en Amérique latine. Des études prévoient en 2050 une augmentation de 49 millions de personnes qui souffriront de malnutrition. Entre 2030 et 2050, on s'attend à ce que le changement climatique entraîne près de 250 000 décès supplémentaires par an, dus à la malnutrition, au paludisme, à la diarrhée et au stress lié à la chaleur. D'ici 2050, on estime qu'il y aura 200 millions de réfugiés climatiques.

 

L'accord de Paris, une réelle avancée ?

Nous sommes face à une urgence climatique. C'est pour cette raison qu'un accord international visant à établir les ambitions mondiales quant à la lutte contre le changement climatique a été validé à Paris en 2015. Il sera officiellement signé par les différents Etats ce 22 avril à New-York. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré à ce sujet: «Nous sommes depuis longtemps les leaders mondiaux de la lutte contre le changement climatique et l’accord conclu à Paris reflète désormais notre ambition à l’échelle mondiale." En effet, cet accord est un point positif car il est le premier accord climatique mondial et témoigne d'une volonté internationale de limiter le réchauffement à 1,5 degré. Mais sa grande faiblesse est que l'on n'y mentionne pas les moyens à mettre en œuvre pour arriver à la réalisation de telles ambitions. Par exemple, aucune mesure spécifique ne cible le transport aérien et maritime alors que leurs émissions de CO2 pourraient représenter 40% des émissions à l’horizon 2050. Sans pression des mouvements sociaux et citoyens, le danger est manifeste : cet accord risque de se limiter seulement à des promesses qui ne seront jamais traduites en actes.

 

Pour qui travaille l'UE ?

Pour lutter contre le changement climatique et mettre en place une société juste et durable, nous avons besoin d'un modèle économique radicalement différent au sein duquel prime le respect des grands équilibres écologiques, la relocalisation des systèmes productifs et de consommation, le développement des énergies renouvelables et la coopération entre les citoyens pour partager équitablement les ressources existantes. Or, malgré ses ambitions climatiques, la politique commerciale de libre-échange qui accentue la surexploitation des ressources et des travailleurs, la surproduction et la pollution reste le moteur de l'UE.

 

Document fuité

Dans un document fuité présenté au Conseil européen du 20 novembre 2015, il était écrit que l'UE était contre "toute mention explicite du commerce" dans l'accord de Paris sur le changement climatique. L'UE fait donc via sa politique commerciale l'inverse de ce qu'elle promet au niveau climatique. En effet, les accords de libre-échange tels que le TTIP (entre l'UE et les Etats-Unis) ou le CETA (UE et Canada) mettent en place toutes sortes de mesures aidant les multinationales à accumuler encore plus de profit au détriment de la population et de la planète. Ces accords ne visent qu'à permettre aux multinationales de s'implanter sans contraintes dans les pays où elles peuvent exploiter les matières premières et la main d’œuvre bon marché. Ce qui entraîne déforestation, appauvrissement des sols, assèchement des réserves d'eau. Par exemple, lorsque Coca-Cola s'est installé dans le village de Plachimada en Inde, l'entreprise a commencé à pomper 1,5 million de litres d'eau par jour et a de la sorte asséché toute la nappe phréatique. Ou encore, en Colombie, 77000 kg de semences cultivées par de petits paysans ont été détruits suite à un accord de libre-échange avec les Etats-Unis qui oblige les paysans à cultiver des « semences certifiées », c'est-à-dire des semences produites par Monsanto ou une autre multinationale semencière.

En appliquant une politique commerciale de ce type, l'UE entraîne la destruction de l'environnement et favorise la toute puissance des multinationales. La première conséquence de tout cela est une augmentation de l'émission de CO2 et de la pollution en général, ce qui est en totale contradiction avec les ambitions de l'accord de Paris et avec les objectifs climatiques que l'UE s'est fixé.

Si l'UE n'assure pas la cohérence entre sa politique commerciale et ses ambitions climatiques, la situation s'aggravera et nous ferons face à une situation catastrophique. La signature d'accords tels que le TTIP et le CETA empireront davantage la situation.

 

Quelles solutions?

Selon l'Agence américaine océanique et atmosphérique, l'année 2015 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée. Les effets du changement climatique se ressentent de plus en plus. Il est grand temps que l'UE lutte efficacement contre le changement climatique. Nous pensons qu'il est indispensable qu'elle mette en place une tout autre politique commerciale. Comment? En promouvant le développement de l'énergie renouvelable, de l'agriculture locale, des initiatives citoyennes locales et des emplois locaux, en investissant dans le transport public plutôt qu'en subsidiant les voitures de société, et surtout, en appliquant des sanctions strictes aux multinationales qui violent les lois environnementales et climatiques.

L'UE reste sourde aux mobilisations grandissantes des mouvements sociaux et citoyens autour des accords de Paris ou du TTIP. Mais face à ces mobilisations qui ne faibliront pas, l'UE n'a plus de choix, elle doit se positionner de manière claire : être au service du bien-être de la population et de la planète ou au service des grandes multinationales et de leur élite économique.

 


La version orginale de cet article se trouve sur le site du MO (en néerlandais)

L'analyse sur l'incohérence des politiques européennes sur le site de M3M

L'étude développée par Alexia Fouarge (PDF, 12 pages)

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