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10/10

Paul nous rappelle à l'ordre

En réaction à un post sur notre page Facebook, Paul Muntini commente de manière critique...

Les médias sociaux pénètrent au Congo. En réaction à un post de Delphine sur notre page Facebook annonçant l’ouverture des inscriptions pour notre cycle de formation, Paul Muntini, un membre actif de notre partenaire congolais Étoile du Sud, a commenté : « Nous proposons, si possible, que dans les prochains cycles soient invités les Acteurs du Sud qui vont mieux parler des expériences d’empowerment dans leurs communautés respectives ! Ce sera plus coûteux, mais plus vivant et plus pédagogique. » 

Du 15 au 17 novembre, nous organisons en effet un cycle de formation pour mieux comprendre comment renforcer des associations sociales, syndicats, ou mouvements populaires, au Sud. En tant qu’ONG nous voulons que les gens au Sud soient capables de s’imposer face aux multinationales et leurs complices au gouvernement. Et Paul avait raison bien entendu. On ne peut pas faire cela sans les peuples locaux. Nous aurions dû, dans notre post, mettre plus en avant les contributions du Sud. L’année passée, Obeth, de notre partenaire philippin Gabriela, était là, tandis que Paul lui-même contribuait par message vidéo. Cette année, notre partenaire palestinien UHWC enverra une représentante.  

Mais si j’ai adoré le message de Paul, c’est qu’il m’a rappelé mes débuts chez M3M. Quand j’ai commencé à travailler ici, j’ai voulu comprendre ce que l’organisation faisait exactement, quels résultats concrets elle obtenait. Wim, notre directeur, m’avait alors rapporté sa rencontre avec un consultant de développement qui revenait d’une visite de terrain dans le cadre d’un projet d’évaluation commandité par le gouvernement belge. Le consultant lui avait dit : « Vous autres, vous savez ce que cela veut dire donner du pouvoir au gens. » Flatté, mais surtout intrigué, Wim lui a demandé ce qu’il voulait dire. Le consultant s’était expliqué « Lorsque j’ai interrogé les porte-parole des agriculteurs philippins dans les zones de projet de votre partenaire, ils se sont mis debout avant de répondre à mes questions, puis ils m’ont regardé dans les yeux tout en me racontant ce qui leur tenait à cœur. » 

Je vous avoue que l’histoire de Wim ne m’avait pas frappé plus que ça. Ce n’est que cet été que j’en ai perçu toute la pertinence. Quand des jeunes Belges, participants au voyage de solidarité d’intal et M3M, sont passés dans un des Comités de Santé populaire d’un quartier pauvre de Kinshasa, Erick, représentant de notre partenaire Étoile du Sud, a rassuré les membres du comité en leur disant : « Exprimez-vous librement. N’ayez pas peur de ces Blancs, vous ne leur devez rien. » Rassurée, la population s’est exprimée, dans sa propre langue. Il ne faut donc pas aller très loin pour trouver encore aujourd’hui les conséquences du complexe colonial et de la « supériorité » supposée du Blanc ou du riche inculquée aux classes populaires pendant des décennies.

Ce qui faisait donc surtout plaisir, dans ce contexte, c’est que Paul nous rappelle à l’ordre. Qu’il sache et ose le faire. Cela ne va pas de soi. Et c’est sans doute le premier pas de ce processus d’empowerment : avoir la capacité et le courage de s’exprimer. Que les classes populaires se libèrent des complexes imposés par ceux d’en haut et prennent leur destin en main, c’est ça l’empowerment. Et, entre nous, ça fait plaisir de contribuer à cela quand-même.

 

Toutes les trois semaines, la rubrique « Quoi de neuf, docteur ? » de l'hebdomadaire Solidaire donne la parole à M3M. Nous republions cette contribution ici.

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