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20/09

Philippines : la lutte pour le droit à la terre coûte la vie de 4 fermiers

Notre partenaire Philippin Advocates for Community Health et le représentant de M3M aux Philippines ont rejoint une mission d'enquête organisée par l'organisation nationale paysanne (KMP) afin d'enquêter sur les meurtres brutaux de quatre agriculteurs à l'intérieur d'une réserve militaire dans la ville de Laur à Nuevo Écija (Luzon Central) le 3 septembre dernier.

Une survivante, âgée de 59 ans, Patricia Suwang, témoigne «Je plantais des semis de plantes de poivre avec mes parents quand nous avons entendu le bruit d'un hélicoptère approché. Soudain, après environ une heure, nous avons entendu des coups de feu. J'ai lâché mes outils et rampé afin de me cacher dans les buissons. La fusillade a duré environ une demi-heure. Par peur et par épuisement, je me suis évanouie. Ce sont mes parents qui m'ont sortie de là et ramenée au village ».

Assassinats et militarisation

Selon les rapports, cinq hommes armés non identifiés ont tiré au hasard sur un groupe d'agriculteurs propriétaires d'une partie du terrain de 3,100 hectares réparti à l'intérieur de la zone militaire du Fort Magsaysay. Le Fort Magsaysay est la plus grande zone militaire aux Philippines et l'un des domaines clés de la formation de l'armée philippine. Il couvre 73.000 hectares tentaculaires entre les deux villes de Laur et Palayan. Il a été l'une des cinq bases militaires ou le gouvernement précédent avait autorisé le stationnement de troupes américaines par le très controversé Accord de Coopération de Défense renforcé (EDCA).

Quatre paysans ont été tués dans la fusillade, tous étaient membres de l'association des paysans unis (Alliance of Unite Farmers). Ils étaient, au moment de la fusillade, en route pour se joindre à une action d'une organisation partenaire pour les agriculteurs de la ville voisine qui ont perdu leurs maisons en raison de glissements de terrain successifs causés par les typhons Lando et Nona l'an dernier.

Lutte pour le droit à la terre

Les enquêteurs avancent qu'un litige sur l'appartenance de la terre aurait pu être le mobile du meurtre. En effet, en 1991, le président philippin accordait aux paysans 3,100 hectares appartenant initialement à la zone militaire. Ces hectares devaient servir au relogement des familles évacuées suite à l'éruption d'un volcan. Il y a toujours eu des conflits dans la région quant à l'attribution de la terre aux paysans.

Interrogés par les membres de la mission d'enquête sur les possibles responsables des meurtres intervenus le 3 septembre dernier, les agriculteurs pointaient du doigt les fréquentes menaces de la part des militaires du fort et des riches industriels locaux.

Pas un incident isolé

Cet incident n'est pas un cas isolé aux Philippines. Depuis longtemps, les problèmes liés à l'accaparement des terres sont monnaie courante. Ils engendrent corruptions, assassinats et intimidations. Pour stopper cela, M3M et ses organisations partenaires mobilisent la population dans des campagnes telles que « Stop the killings » qui rassemblent des milliers de personnes afin de protester contre les meurtres d'activistes . M3M vise également le renforcement des organisations paysannes locales une réelle intervention du gouvernement.

Vous pouvez soutenir le travail de M3M et ses partenaires en faisant un don sur le compte n° BE15 0010 4517 8030  de M3M avec en communication "don philippines" ou vous pouvez faire un don en ligne. Des dons à partir de 40 euros donnent droit à une attestation fiscale. Merci!

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