BLOG

23/07

Souffrance et combat des travailleurs de la Pentagon Steel Corporation

Lors de la « International Conference on Human Right and Peace in the Philippines », je suis partie un soir, accompagnée d'un petit groupe de 10 personnes, à la rencontre de travailleurs qui ont été mis en lock-out par leur entreprise d'acier « Pentagon Steel Corporation » parce qu'ils demandaient une amélioration de leurs conditions de travail.

Manifester est la dernière arme qui nous reste!

Sept d'entre eux, qui travaillaient entre 11 et 20 ans pour la compagnie, ont raconté les conditions dans lesquelles ils travaillent. Tout d'abord, les travailleurs ne reçoivent aucun équipement de sécurité (chaussures de sécurité, masque protégeant leur visage, uniforme, etc.). Leur santé au travail est dés lors gravement mise en péril. Ils respirent toute la journée des produits toxiques. Vu qu'ils travaillent torse-nu, en short et en tong étant donné l'extrême chaleur qu'il fait à l'intérieur du bâtiment, ils risquent d'être blessé par l'acier aux températures brûlantes. Si quelque chose leur arrive, ils subissent, de la part de leur patron, des abus physiques et verbaux. Un des travailleurs raconta : « Nous n'avons aucun mot à dire, nous devons juste nous taire et faire notre boulot ! ».

S'ils se blessent, Il n'y a aucune sécurité sociale. Ils vont à l'hôpital et doivent payer avec leur salaire du mois d'après. S'ils tombent malades, ils n'ont pas de congé de maladie. Le manager leur donne uniquement une pilule. Ils doivent alors signer un papier déclarant qu'ils ont reçu le médicament et sont obligés de l'avaler devant le manager, au cas où ils voleraient le stock de médicaments... Heureusement, les travailleurs s'aident entre eux et s'offrent mutuellement des médicaments, au besoin. Enfin, le salaire est le même pour tous. Aucune forme de droit d'ancienneté. Peu importe si l'un travaille depuis deux jours et l'autre depuis 30 ans, ils reçoivent chacun 426 pesos par jour. Salaire qui est en-dessous du salaire minimum selon la loi (456 pesos). En 2010, ils ont créé le syndicat « Pentagon workers Union ». C'est alors qu'ils ont pris connaissance de leurs droits. Cependant, le département du travail et de l'emploi ne le reconnait pas car il y a déjà un syndicat au sein de l'entreprise, le « Yellow Union ». Hélas, les membres de ce syndicat ne sont que des membres du management et agissent donc à l'encontre des intérêts des travailleurs.

Le 13 avril 2013, le management décida de mettre 134 travailleurs en lock-out parce qu'ils étaient vêtus d'habits noirs à l'intérieur de l'entreprise et manifestaient pour de meilleures conditions de travail. Quelques jours plus tard, le patron leur annonça qu'ils pouvaient revenir dans l'entreprise à condition qu'ils ne s'organisent plus. Ils ont refusé et se sont, à nouveau, fait mettre en lock-out, alors qu'il s'agit d'un acte illégal.

Le 15 avril, alors qu'ils protestaient devant l'entreprise, la sécurité a arrêté six travailleurs et les a mis en prison. Elle a également frappé certains à la tête, aux bras, etc. Le patron pensait qu'en les mettant en prison, les travailleurs allaient arrêter de protester. Le 19 juin, deux autres travailleurs ont également été arrêté mais ont été relâché, comme d'habitude, après deux jours étant donné qu'ils n'ont rien fait de mal. Ils ont juste manifesté.

Le 13 juillet, alors qu'ils manifestaient, les travailleurs ont été poursuivis par des camions transportant l'acier. Hélas, l'un d'entre eux a été écrasé et est mort sur le coup. Un autre a eu ses jambes coupées. Un troisième, tentant de sauver celui dont les jambes ont été coupées, a été blessé. Le patron a déclaré aux médias que ce sont les travailleurs qui ont poussé l'homme qui a été tué. Ce qui est évidemment faux. De plus, pendant cet incident, la police était présente et n'a rien fait. Elle s'est juste contentée de regarder et de ramasser le corps et les jambes coupées. Le conducteur du camion, quant à lui, n'a pas été arrêté. Le camion, malgré qu'il est encore plein de sang, continue à transporter l'acier.

Depuis, les ouvriers manifestent la journée et dorment devant l'entreprise. La police passe tous les jours pour leur demander de partir et les menacent de les mettre en prison s'ils ne collaborent pas. De plus, des pierres et de l'acide ont été jetés, depuis l'entreprise par dessus le mur, sur les travailleurs qui manifestaient de l'autre côté. Malgré toutes ces embuches, ils restent unis dans leur lutte. Ils font des tournantes pour manifester et dormir devant l'entreprise. L'un des travailleurs déclara : « Manifester est la dernière arme qui nous reste ! ».

 

3002 views