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08/12

Visite historique

Hier c’était vendredi, jour de repos de la semaine. Khaled Meshaal, le leader et un des fondateurs du Hamas a rendu une première visite historique à Gaza. La plupart des rues dans le centre étaient bloquées par la sécurité, des hommes masqués avec des foulards verts et des fusils, chargés ou non avec des grenades anti-char. On m’a quand même déconseillé de me promener toute seule en
ville.

Dans le hall de l’hôtel j’engage la conversation avec Samir, un Palestinien Américain à la recherche d’un nouveau collaborateur locale pour son 'Institute of Middle East Understanding', une organisation indépendante qui informent les journalistes des conflits au Moyen Orient. C’est par hasard que je me suis inscrite il y a juste un mois à leur newsletter aux réflexions profondes et objectives. En dehors d’un collaborateur Samir cherche à récolter un maximum de récits concrets pour ses lecteurs qui traduisent de façon palpable les effets néfastes de l’occupation. Notre conversation dévie vite vers la spirale descendante de déstabilisation et de radicalisation provoquée par la violence israélienne: moins de donations, moins d’investissements dans les soins de santé par   les pouvoirs publics, plus de maladie et moins d’accès aux soins de santé de qualité.

En plein conversation Oussama se joint à nous. Ce jeune scientifique biomédicale de Jérusalem-Est traduit une mine soucieuse. Il a fait un détour par l’Egypte et la Jordanie pour arriver enfin à Gaza où il doit récolter, pour la recherche génétique, des échantillons sanguins d’enfants qui ont la mucoviscidose. La muco se présente environ chez 1 enfant palestinien sur 3000, comparé à nos pays ou le taux se traduit de 1 sur 10.000 enfants. En collaboration avec l’université de Gand Oussama recherche les mutations responsables de l’apparition de la maladie chez les enfants à Gaza. Il a travaillé d’arrachepied pour terminer son travail mais maintenant il est bloqué. Hier il a envoyé ses échantillons à Erez, Nord Gaza, à la frontière d’Israël, pour pouvoir les transporter en
quelques heures à l’université de Jérusalem. On les lui a renvoyés aussi sec, sans pitié et surtout sans explications. Il peut s’estimer heureux qu’on ne les ait pas détruits. Apporter lui-même les échantillons par Erez à Jérusalem relève de l’impossible. S’il retourne par l’Egypte, Jordanie et Cisjordanie il risque d’être intercepté par la police frontalière israélienne et de jouer ainsi ‘sa carte citoyenne’ pour passer à Jérusalem, ou même pire – comme certaines personnes de sa propre famille – il risque la prison pendant quelques mois. Il pense envoyer ses échantillons à Gand et de les suivre. Je n’entends que des histoires incroyables et j’essaie de vous en présenter une sélection représentative.

Le soir je suis invitée chez Jehan pour faire connaissance avec sa famille. Sa belle-sœur et ses 5 filles ainsi que les 3 filles de son frère sont également en visite. Les adolescentes, me considérant en belge exotique, me soumettent à plein de questions. Les filles apprennent toutes l’anglais à l’école et Aya veut apprendre le français. En échange elles m’apprennent patiemment à compter jusqu’à 20 en arabe. Elles veulent devenir dentistes et institutrices. Pendant les derniers bombardements elles n’ont pas eu peur, mais elles étaient plutôt ennuyées parce que l’école était fermée. Dahlia dit être soulagée que sa tante Jehan et son oncle Ayman n’ont pas été blessés quand une bombe est tombée sur la maison des voisins. Elle me montre les dégâts aux fenêtres. Heureusement tout a été réparé. Dans le jardin se trouve un pilier en béton de la maison mitoyenne projeté au-dessus de l’habitat de Jehan lors du bombardement. A la place de la maison s’ouvre un cratère de plusieurs mètres de profondeur entouré de ferraille tordue et de béton. Heureusement personne n’y habitait, car la maison était en construction et soupçonné d’être un dépôt d’armes. En plein milieu d’un quartier résidentiel calme…

Samedi matin commence la semaine de travail. A cause de la célébration des 25 ans du Hamas beaucoup d’endroits publics sont fermés et les rues toujours partiellement barricadées. J’arrive quand même à rejoindre Beit Hanoun accompagnée du Dr Yousef Sweity, pédiatre et membre du conseil d’ UHWC. En cours de route le Dr. Yousef me raconte qu’il travaille à l’UHWC dès le début. Il a toujours décrété que la santé et le bien être des femmes étaient importants et par conséquent primordiales pour la santé de leurs enfants. La raison pour laquelle il a démarré un programme d’éducation à la santé pour les femmes. Après quelques années le diplôme 'community health aid' pour ces dames a été repris par le ministère de santé public. Dr. Yousef a entraîné littéralement des centaines de femmes à l’hygiène, premier secours, prévention chez les enfants etc…L’UHWC compte maintenant partout à Gaza sur des fidèles bénévoles prêtes à intervenir en situations de crise et à transmettre leurs connaissances à d’autres femmes. Dans quelques semaines seulement des leçons de Premier Secours sont organisées à Beit Hanoun auxquelles 90 femmes se sont déjà inscrites. Je me réjouis d’y participer !

Dans le tout nouveau centre à Beit Hanoun je fais connaissance avec l’équipe majoritairement féminine, présidé par le chaleureux Dr. Mohammed. Quand je remets les drapeaux manuscrits et les dessins de Molenbeek un moment de silence s’installe. Tout le monde essaie de lire les messages mais une infirmière, la sévère 'staff nurse' est déjà à la recherche d’un bon endroit pour pendre les trésors. Tout mon être me dit que ce sera un chouette lieu de travail.

Je dois encore patienter quelques jours avant d’obtenir l’autorisation du ministère pour travailler en tant que médecin à Gaza. Dr. Yousef me propose pour les jours à venir de visiter les autres centres UHWC et de passer une semaine à l’hôpital Al-Awda pour mieux connaître les médecins qui y travaillent et pour suivre une formation en échographie. J’apprendrais ainsi à mieux assister à la principale activité à Beit Hanoun: le suivi de grossesse. J’accepte volontiers cette proposition, une formidable chance de se perfectionner !

De retour à Gaza ville Jehan a trouvé un appartement pour moi. Elle préfère que je loge dans le quartier sécurisé des ‘ex-pats’ et son choix est tombé sur le bloc d’appartement très propre d’ Abu Ghalion. Je serais logée dans un bel appartement, trois chambres, avec vue sur mer. J’espère trouver un colocataire parce qu’à moi toute seule je ne remplis pas cet énorme espace. J’ai un grand salon pour d’éventuels invités. Soyez les bienvenus – Ahlen wa sahlen!

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