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12/11

Yasuní-ITT : 600 000 signatures pour une consultation populaire (2ème partie)

Après avoir pris le temps de vous expliquer ce qu’est le Yasuní (Yasuní-ITT : 600 000 signatures pour une consultation populaire (partie 1)), son importance pour le monde et le débat sur l’exploitation pétrolière du parc, voici un petit aperçu de la campagne en cours.

Ce serait une belle leçon donnée au monde entier : les équatoriens renoncent au pétrole, mais pas à l’Amazonie, ni à ses frères du Yasuní.

Plusieurs associations s’unissent pour le Yasuní

Depuis que le gouvernement a annoncé le projet d’exploitation du « bloc 43 », situé dans le territoire national du Yasuní, les associations environnementales, sociales et indigènes se sont unies. L’objectif est de coordonner des actions concrètes visant à empêcher l’exploitation pétrolière.

                                                                                                          

Ils se sont lancés dans une campagne de sensibilisation et de protestations, en apportant le débat au centre des préoccupations des équatoriens. En septembre cependant, l’Assemblée Nationale a approuvé le projet d’exploitation. Ce qui n’est pas très étonnant, vu la proportion d’assembléistes membres du parti du président.

Les organisations sociales avaient donc prévu le coup. Ils demandent à ce que la population équatorienne puissent se prononcer directement, par une consultation populaire, et non par représentation.

 

La demande d’une consultation se fait auprès du Conseil National Electoral (CNE). Celui-ci met une condition : nous avons 5 mois pour récolter pas moins de 600 000 signatures. Si nous y arrivons, le gouvernement sera obligé de mener une consultation populaire et à s’y tenir.

La question proposée est « Êtes-vous d’accord de laisser indéfiniment le pétrole sous la terre du Yasuní-ITT ? », à laquelle la population répondra par « oui » ou par « non ».

 

La technologie au service du pouvoir

En Équateur, la technologie s’utilise partout où elle est utile au gouvernement. Ainsi, dans certaines administrations, le manque de technologie empêche un enregistrement adéquat des demandes des citoyens (déclarations de vol, banques, municipes, demandes de dérogations).

Par contre, pour une demande de consultation populaire, la technologie de pointe, on la connait. Ainsi, dans le cas des signatures pour le Yasuní, les bénévoles doivent suivre une formation de trois heures, afin de comprendre la marche et les  règles à suivre. Nous devons atteindre 600 000 signatures, il est donc question de faire reconnaitre un maximum de signatures.

Cependant, pour qu’elles soient valables, il faut :

  • Que tout un formulaire (8 signatures) soit rempli avec une même écriture, sinon, tout le formulaire est annulé.
  • Que toutes les signatures et données soient écrites en bleu, avec un même bic, sinon le formulaire ne vaut rien.
  • Que tout rentre dans les cadres, sinon le formulaire ne vaut pas (la signature doit être petite) au risque de perdre plusieurs signatures.
  • Que la feuille soit parfaite (pas de trou ni de pli, même si ils sont invisibles à l’œil nu), sinon le formulaire est rejeté.
  • Que tout soit fait avec la carte d’identité, pour vérifier la signature et les données.

Toutes ces règles (ce n’est qu’une partie bien entendu) paraissent tout à fait normales, pour éviter les fraudes. Mais dans les faits, la récolte de signatures devient très difficile.

Peu de personnes sortent de chez eux avec leur carte d’identité.  Et quand ils les ont, ils ne veulent pas la montrer. Si on veut vérifier tout par nos propres yeux, on n’a que très peu de signatures.

Les cadres pour les signatures sont très petits, ce qui fait que beaucoup, même quand on les prévient, sortent du cadre. Par cette erreur, ils annulent leur propre signature, mais également celles du dessus et du dessous.

 

La raison de ces difficultés est l’utilisation d’ordinateur pour vérifier les signatures. Je veux bien croire qu’on doit éviter les fraudes, mais les ordinateurs vont annuler des signatures tout à fait authentiques, de citoyens demandant une consultation populaire, participant par sa signature.

 

Mon travail pour la consultation

Je me suis cependant engagée à récolter, dans un premier temps, 80 signatures (10 formulaires). Dans les quatre formulaires remplis, je doute de la validité de 5 signatures, à cause de la taille de la signature. De plus, je n’ai pu vérifier personnellement que 4 ou 5 signatures avec la carte d’identité.

 

Je me suis rendue à mon travail, dans un parc, à l’Université, dans une école à Guayaquil, j’ai sensibilisé la famille. Au total, j’ai 4 formulaires remplis, mais dont certaines signatures ne valent rien.

Si beaucoup de gens sont très enthousiastes, d’autres ne veulent pas signer, parce qu’ils croient aux arguments du gouvernement (voir Yasuní-ITT : 600 000 signatures pour une consultation populaire (partie1)) ; et enfin certains ont peur. Ils ne veulent pas signer, pensant que c’est un acte contre le gouvernement, et qu’ils pourraient être punis. D’autres se froissent quand on leur demande la carte d’identité.

 

Enfin bref, ce n’est pas un travail facile !

Non, pas du tout. Mais on y croit. Les organisations et les citoyens se mobilisent partout en Equateur : j’ai ainsi accompagné la récolte de signature dans des communautés rurales,  auprès de professeurs… Nous sommes nombreux et le travail avance. Petit à petit peut-être, mais il avance.

Nous pensons à ces peuples indigènes du Yasuní, qu’il faut sauver. Nous pensons au monde qui, par des initiatives telles que celle du Yasuní, est en train de changer. Ce serait une belle leçon donnée au monde entier : les équatoriens renoncent au pétrole, mais pas à l’Amazonie, ni à ses frères du Yasuní.

Selon le gouvernement « l’Equateur aime la vie » (c’est un de ses slogans, qu’on retrouve partout) : n’est-ce pas aimer la vie, que de refuser l’argent au prix de la destruction et de la mort ?

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