BLOG

07/11

Yasuní-ITT: 600 000 signatures pour une consultation populaire (partie 1)

Il y a trois ou quatre semaines environ, je me suis inscrite sur internet pour participer à la récolte de signatures pour le Yasuní.
Fin octobre, je suis donc invitée à Guayaquil pour une formation d’une demi journée afin de commencer ce travail.
Dans cette première partie, j’essaye de résumer la situation du Yasuní: de quoi parle-t-on, et quel est le débat actuel autour de ce parc qui ébranle l’Équateur? (le texte s'inspire largement du "Manual Yasunizador" de l'organisation YASUNIDOS, qui organise les formations pour la ´récolte de signatures)
La deuxième partie parlera de ma récolte de signatures: pourquoi faire et comment? Ce texte parlera des difficultés de ce travail.

Il est prouvé que l’exploitation pétrolière ne sort aucun pays de la pauvreté, bien au contraire: où il y a extraction, il y a augmentation de la pauvreté et de la précarité!

Yasuní-ITT: 600 000 signatures pour une consultation populaire (partie 1)

Il y a trois ou quatre semaines environ, je me suis inscrite sur internet pour participer à la récolte de signatures pour le Yasuní.
Fin octobre, je suis donc invitée à Guayaquil pour une formation d’une demi journée afin de commencer ce travail. Mais qu’est-ce que le Yasuní? Quelle est cette récolte de signature??
Dans cette première partie, j’essaye de résumer la situation du Yasuní: qu’est ce que c’est, et quel est le débat actuel autour de ce parc qui ébranle l’Équateur?

 

Le Yasuní, parc national équatorien et patrimoine de l’UNESCO

C’est en 1979 qu’est créé le parc national du Yasuní, dans la jungle amazonienne. Ce parc, de 982 000 hectares se trouve dans les provinces du Pastaza et de Orellana. En 1989, il est déclaré réserve de la Biosphère par l’UNESCO.

En effet, la diversité du Yasuní est impressionante. Selon certaines estimations, il y aurait dans le parc:

  • Plus de 100 000 espèces d’insectes par hectare
  • 94 espèces de fourmis se partageant un seul arbre du parc
  • 10  espèces de singes
  • 1130 espèces d’arbres (plus que le Canada et les États-Unis réunis)
  • 81 espèces de chauves-souris
  • 540 espèces de poissons si l’on prend un segment de 5 km sur n’importe quelle rivière
  • 165 espèces de mammifères
  • 130 espèces d’amphibiens
  • 72 espeèces de reptiles
  • environ 630 espèces d’oiseaux

En harmonie avec cette impressionante nature, plusieurs peuples vivent dans le territoire du Yasuní.

Entre autres, des communautés Waoranis, Kichwas, Shuar et métisses. Il est également important de préciser que l’on connait l’existence de communautés Tagaeri et Taromenane, peuples “isolés”, sans contact avec le reste du pays et du monde.

Ces peuples sont par conséquent protégés par l’article 57 de la Constitution de l’Équateur, selon lequel les territoires où vivent des peuples en isolement volontaires ne pourront être utilisés pour une quelconque exploitation; l’Etat devant préserver leur vie, leurs droits et leur territoire. La violation de cet article est défini par la Constitution comme un ethnocide (défini par une action consciente qui puisse faire disparaître totalement ou partiellement la population des communautés locales, ou toute action consciente qui va modifier le milieu de vie et la culture de ces populations).

Le Yasuní, symbole du changement de société

En 2008, l’Equateur a déclaré que le Yasuní ITT ne serait pas menacé par l’exploitation pétrolière. Le président, Rafael Correa, s’est alors lancé dans une campagne internationale pour demander des fonds financiers qui remplaceraient les bénéfices d’une exploitation du Yasuní.
Certaines parties du Yasuní étaient exploitées en réalité (voir carte), par manque de normes: les droits d’exploitations étaient hérité. Ce qui avait changé, c’était l’impossibilité d’acquérir de nouveaux droits.
Cependant, pour l’Equateur et pour le monde, c’était déjà radical, et faisait espérer un changement dans le modèle de développement.

 

Plan B, arguments de l’Etat et contres-arguments

Depuis plusieurs mois cependant, le Plan B a été révélé. L’Equateur n’ayant pas les ressources financière pour sa “Révolution Citoyenne”, il serait absolument nécessaire, selon le gouvernement, de lancer à nouveau l’exploitation sur ce territoire protégé. Il y a peu, l’Assemblée Nationale a approuvé ce plan, ouvrant un nouveau territoire à l’exploitation pétrolière.

Pour les défenseurs de la natures et des droits humains, c’est une catastrophe. On s’y attendait cependant. Plusieurs organizations se sont alors lancées dans une campagne pour demander une consultation populaire.

Cette campagne se base sur des arguments environnementaux et humains: les dégâts causés par l’exploitation sont connus, et irrémédiables. Le Président de l’Équateur cependant, réfute ces arguments par la technologie de pointe qui permettrait une exploitation “verte” et “propre”, ce à quoi les militants ne croient pas du tout.

Selon eux, les expériences d’exploitation dans le monde entier prouve le contraire, et la technologie de pointe ne permet pas d’éviter les catastrophe comme il y a peu à Fukushima, ou dans le golfe du Mexique en 2010, où la compagnie BP utilisait les dernières technologies en matière d’extraction.

 

Impacts connus de l’exploitation pétrolière

Les impacts environnementaux sont énormes: contamination des eaux et des sols, et donc des plantes et de toute la biodiversité du territoire exploité, déforestation.
Pour la santé, on note dans tous les territoires exploité une nette augmentation du nombre de cancers, de malformations, intoxications alimentaires et maladies tropicales dues à la reforestation.
A cela s’ajoute les impacts sociaux, comme l’alcoolisme, la prostitution, la division des communautés. 

 

Les bénéfices économiques et ses alternatives

L’Etat exagère les bénéfices de l’exploitation du Yasuní (les études révèlent que ce ne sont pas 18 millions de dollars qui seront gagnés, sinon au máximum 14 millions).
De plus, il ne voit que cette possibilité là pour sortir le pays de l’impasse économique dans lequel il se trouve après 7 années de Révolution Citoyenne. Selon le gouvernement, grâce à cet argent, l’Equateur sortira enfin de la pauvreté.
Or l’Equateur, qui est un pays pétrolier depuis les années 70, n’a pas amélioré ses indices de pauvreté de manière significative depuis lors, et le Yasuní ne rapportera pas plus, au contraire, de ce qui a déjà été exploité.
De plus, il est mondialement prouvé que l’exploitation pétrolière ne sort aucun pays de la pauvreté, bien au contraire: où il y a extraction, il y a augmentation de la pauvreté et de la précarité! Les militants défenseurs du Yasuní ont donc fait les calculs. Si on augment les taxes des 10 plus grandes entreprises du pays de 1.5%, on gagne plus qu’avec le Yasuní!

 

 

 

 

3962 views