19/05/13

Élections aux Philippines : Une démocratie de l’argent et de la violence

Les élections aux Philippines montrent à quel point un prétendu grand jour de la démocratie peut se muer en farce. Pourtant, le mouvement progressiste populaire y a décroché un beau résultat.

Le 13 mai, les Philippins se rendaient aux urnes. Ils élisaient la moitié du Sénat, la Chambre des représentants et les conseils municipaux.

Toutefois, il n’y a pas eu un débat électoral sérieux sur les grands problèmes du pays : la pauvreté, la grande propriété terrienne, la corruption ou la domination incessante des États-Unis. Cette fois encore, il s’est agi d’un jeu de chaises musicales entre les diverses familles politiques, le tout épicé par quelques vedettes du showbiz au bagage politique douteux. La façon dont un petit groupe de familles de l’élite parviennent à utiliser la « démocratie » afin de se partager le pouvoir relève du prodige.

Stars du cinéma et anciens présidents corrompus

Les élections au Sénat ont été remportées par Grace Poe, la fille d’une étoile de cinéma décédée il y a peu. Sa campagne était bâtie sur l’image de marque de son père qui, dans ses films, jouait souvent le défenseur des déshérités. Poe n’a toutefois aucune expérience politique et, jusqu’il y a peu, elle vivait aux États-Unis.

Plus de la moitié des 24 sénateurs sont des fils et filles d’anciens sénateurs. On y trouve deux frères, et un frère et une sœur. Une autre sénatrice est l’épouse d’un ancien sénateur ; de même, le neveu de l’actuel président est parvenu à s’approprier un siège au Sénat. Et la fille du vice-président siège désormais au Sénat elle aussi…

Le nouveau maire de la capitale, Manille, n’est autre que Joseph « Erap » Estrada, l’ancien président qui, en 2001, avait été destitué pour corruption par une révolte populaire. À l’issue d’un long procès, il avait été condamné pour avoir pillé les caisses de l’État et n’avait plus le droit de faire de la politique… jusqu’en 2007, où Arroyo, qui lui avait succédé, l’avait gracié. Celle-ci, à son tour, est poursuivie pour fraude électorale, mais elle est quand même parvenue à décrocher un siège à la Chambre des députés.

Et Imelda, la veuve de l’ancien dictateur Marcos ? Elle a été réélue à la Chambre, alors que son fils conserve son poste au Sénat et sa fille le sien comme gouverneur de province.

Comment font-ils pour se faire élire chaque fois ? Un mélange d’argent et de violence. Les grandes campagnes médiatiques coûtent beaucoup d’argent, sous forme, entre autres, de petites enveloppes avec billets de banque que l’on distribue à la ronde… Et là où l’argent n’aide pas, c’est la violence qui règne. Au moins 19 membres du clan Ampatuan, responsable dans la précédente campagne électorale d’un massacre (avec 58 tués), ont remporté leurs élections locales. De plus, la suspicion de fraude n’est jamais loin. Bien que le dépouillement se fasse électroniquement, les résultats ne sont connus que très lentement, parfois même selon des schémas très bizarres.

Le peuple d’abord

Pourtant, il y a quand même une lueur d’espoir. Une partie des sièges de la Chambre philippine ne sont pas élus par district, mais sont réservés à des partis qui se présentent au niveau national et représentent des groupes sociaux. Certains d’entre eux ont même un programme. Chacun peut au maximum décrocher trois sièges. Depuis quelques années, le mouvement progressiste populaire des Philippines fait participer quelques partis. Et avec succès. Ils forment le principal bloc, dans cette partie de la Chambre, grâce à leur combinaison de la connaissance des dossiers, des débats au Parlement et des protestations dans la rue.

Le plus connu de ces partis est Bayan Muna, ce qui signifie « le peuple d’abord ». Probablement va-t-il décrocher trois sièges. Mais le parti des femmes, Gabriela, est en route lui aussi pour un bon résultat, tout comme le parti des enseignants progressistes. Et, sans doute, le parti des jeunes progressistes et le parti des ouvriers et des paysans vont eux aussi avoir un siège.

Durant cette bataille électorale, Teddy Casiño, de Bayan Muna, était candidat au Sénat. Il n’y est pas parvenu, mais a quand même obtenu plus de 4 millions de voix (sur les 31,5 millions exprimées). C’est une indication du soutien dont bénéficie le mouvement populaire progressiste parmi la population. Après les élections, il a déclaré : « Ce n’est pas la fin de notre combat pour le changement au profit des simples citoyens. Il y aura encore bien d’autres campagnes électorales et, en outre, il y a aussi bien d’autres façons de pouvoir servir le peuple. »

 

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